LÎTTe n, chapii. uu
HOMfiRE. 50
irait notre ère. Les traditions relatives à Lycurgue no^s B0ntrent,coipmeierai déjà remarqué, le législateur de Sp^f te recueillant et copiant les poèmes homériques , fameux d^ns tsite TAsie Mineure. Et, quand ces poèmes ont été composés, ks rojautés étaient florissantes ; la Grèce était encore goi|lo&ée ps^r 4^^ li^pparques héréditaires, descendants des aaeofi héros. C'est pour charnier l^s loisirs de ces rois qvie dUDtait Hoinère« cofpme Thamyris, Pbémius et Déniodocus iraient chanté pouf charmer {es loisirs de leurs ancêtres. Si ms faites ?ivfe flomèr^ ^ une époque plus rapprocl]ée, il j a mille choses dans ses poèmes que yous pe pouye^ pliis opliquer. « Le com^i^ndemept de plusieurs n*es^ pas bon : fa'il D*y ait qu'un seul chef, qu*up seul roi^ » Ce n*est pas a pleine démocratie qu'un poète e^t par}^ aipsi , i^&iji^ par la |K>uche d'Ulysse.
Sepi Tilles se sent disputé l'honneur d'avoir donné la paiçsiBce k Homère. Voici l'ordre où elles soni énumérées dans BQvers fameux : Srnyrne, Chios, Golophon, Salamine, |o6, Argo«, Athènes. Mais il faut dire que la plupart de ces vill^ D'ipportaient, à l'appui de leur prétention, que des titras ^e ittoode main, ou mémo plus que suspects. Ainsi Athènes ne ^endiquait Homère pour sien, que parce qu'elle était la aéiropole de Smyrne- Ainsi les Colophoniens prétendaient fD'Homëre leur avait été donné par les Smyméens : c'est oiémedelàque venait, selon eux, le nom d'Honière/OfATipoç, fui signifie, en effet, otuge. Le débal vfaiq^ent sérieux n'es^ {Q^eotre Smyme et Chios. C'est à Chios que florissaif l'école des rhapsodes qu'on non^mail les Homérides , et qui se disant les descendants d'Homère. Simopide appelle Hoipère ^hofmne de Chios. he poète qui parle dans YHymne ^ Apollon Iklien dit aux (ill^^ de Qélos q^'il est l'homme aveugle qui lufaitedans la montagn^u^ Chios; et Thucydide lui-même i^rde cet hymne comipe ('(p^vrQ d'Homère. Quoi qH*il on
«. UioéU, chan^ II, ▼«I îO*.
soit de l'authenticité de l'hymne, rien n'empêche de supposer que, si Homère n'est pas né à Chios, il a passé k Chios une partie de sa vie, qu'il est devenu un citoyen de Chios, et que, quelle que fût sa vraie patrie, il a pu prendre ou se laisser donner le nom d'homme de Chios. Cela sufût aussi pour expliquer l'existence, à Chios, de la grande école des Homérides, et la croyance bien ou mal fondée que ces rhapsodes étaient les descendants d'Homère. Smyrne, de son côté, montrait le temple qu'elle avait élevé à la mémoire du poète, et où elle Thonorait comme un héros; elle rappelait ce nom deMéonide qu'on lui donnait, c'est-à-dire d'homme du pays de Smyrne, et surtout celui de Mélésigène, appellation plus significative encore : Mélésigène, c'est le fils de Smynie même, le fils de la ville baignée par le Mélès. La tradition des Smyrnéens a de plus Tavantage de concorder avec celle des Athéniens, et même avec celle de Colophon. Au reste, il nous importe médiocrement qu*Homère soit né à Smyrne ou à Chios : ce qui est manifeste, même à la simple lecture de ses poèmes, c'est qu'il appartient h la Grèce d'Asie, à ce monde fortuné oii se développèrent, avec une énergie si puissante, les éléments féconds apportés par toutes les familles de la race hellénique. Homère était Ionien de naissance, à en juger par mille traits significatifs. On sait, par exemple» quel rôle considérable joue dans les poèmes homériques Minerve, ou Pallas Athéné, la grande déesse des Ioniens. Il n'y a, chez Homère, aucune trace de certaines coutumes, de certains usages introduits dans la Grèce parles Doriens, tandis qu'il en a enregistré d*autres, particuliers aux cités ioniennes : ainsi la division en phratries et l'existence de la classe, des thètes. Un Spartiate remarque, dans les Lois de Platon, qu'Homère a peint une société ionienne , Sien plus que la manière de vivre des Lacédémoniens. Voyez d'ailleurs avec quelle exactitude géographique le poète parle, même en passant, de lieux situés dans l'ionie du nord et dans la Méouie voisine, c'est-à-dire dans les contrées où la tradition des Smyrnéens assignait sa naissance, c Les Méoniens avaient pour chefs Mesthlès et Antiphus, tous deux fils de TaléménèSy tous deux enfantés par le lac Gygée, et qui menaient
HOMÈRE. Gl
tesliéoniens, nés au pied de Tmolus*. » El ailleurs ; « Ta nccesl près du lac de Gygée, là où se trouve Ion domaine psleniel, non loin de l'Hyllus poissonneux et de THerniiis aux lois tournoyants*. » Et encore : « Maintenant, quelque part iB milieu des rochers, dans les montagnes désertes, sur le Sipyle, làoù sont« dit-on, les retraites des nymphes divines pi dansent le long des rives de rAchéioûs; là, toute pierre fo'elleest, Niobé ressent les douleurs dont Tailligèrent les dieax*. « Tous ces noms, tous ces détails qui s'accumukot comme d'eux-mêmes, toutes ces images qui servent à caractériser les objets, témoignent qu'Homère connaissait ces contrées autrement qu'en voyageur. Je sens là comme me sorte de retour involontaire vers les scènes du pays na- Ul,et comme un souvenir des impressions du jeune âge. On pourrait justifier par une foule d'exemples le mot heureux (Tiriâtarque : « C'est un cœur ionien qui bat dans la poi-* trine d'Homère. »
Tiadltlomi Tolsalrefl de la yle d'Honière.
La vie d'Homère est inconnue. Je veux dire qu'il n'existe pas un seul écrit ancien sur lequel on puisse faire le moindre fends pour enétablirlesdétails. Les prétendues Vies d* Homère qoe nous possédons sont des compilations de fables plus ou moins ingénieuses, ramassées par des auteurs sans critique dans le fatras des grammairiens et des commentateurs des temps de la décadence. Ces récits, quelquefois agréables, souvent ridicules, ne supposent pas l'examen ; et ils n'ont rien, absolument rien d'historique ni d'authentique. 11 faut les laisser aux amateurs de romans et de contes. Tout ce qu'il est permis d'accorder, c'est que le véritable Homère, comme celui de la légende, avait beaucoup voyagé et beautoup vu, et qu'il avait éprouvé les caprices du sort et l'injastice des hommes. Les traditions, si l'on s'en tient à ces iermeSy n'ont rien que de naturel et de vraisemblable. La vie
I. nimJe chant II, ▼•^" ««♦ et luiTanU. l Jtid cbaot XX, ▼«" 3»0 et suivanls.
a ihid ebaol XXIV, yen été et BuiranU.
n2 C9AFITRB IT.
d*Hoinère a dû ressembler à celle des aèdes dont il nous peint lui-même les traits. On dit qu'il devint aveugle dans sa vieillesse, et que, comme Démodocus, il ne cessa point de chanter, jusqu'à son dernier jour. Les sculpteurs et les peintres grecs le représentaient ordinairement sous la figure d'un vieillard vénérable, les yeux éteints, mais le front rayonnant de pensée. Ce n'est point là, saps doute, le fougueux poète de Vlliade^ le peintre d'Achille et d'Ajax; mais qui empêche de reconnaître, dans cette noble image, le merveilleux conteur qui filait, au déclin de sa vie, la trame savante des aventures d'Ulysse? Nous ne connaissons guère que l'Homère aveugle, et c'est celui-là seul que nos artistes aiment à reproduire. Il reste pourtant des monuments antiques où Homère est figuré voyant et jeune, ou du moins dans la force de l'âge : ainsi les monnaies des Smyrnéens, ainsi certaines médailles contorniates, ainsi plusieurs des bas-reliefs et des peintures reproduites par Millin dans sa Galerie mythologique. Une surtout de ces représentations m'a frappé : le poète, les yeux fixés vers le ciel, est emporté loin de la terre par un aigle; Y Iliade et Y Odyssée assistent à son apothéose : l'une, coiffée du casque et tenant en main sa lance, symboles guerriers qui caractérisent bien l'épopée des batailles; l'autre, tenant une rame et coiffée du piléus ou bonnet des marins, symboles non moins caractéristiques de l'épopée des voyages. Au reste, presque toutes les images d'Homère son^ des apothéoses : presque toutes, même celles qui ne sont que de simples têtes, nous le montrent avec le slrophium, ce diadème ou cette bandelette qui était le signe de la divinité. Quant aux deux poèmes , on les figurait comme je viens de le dire , ou même par deux symboles hiéroglyphiques , le glaive pour Ylliadej le piléus pour YOdyssée.
Caractère defl ëienx d'Homère.
Je n'ai plus à revenir sur ce que j'ai dit des sources de la poésie d'Homère. Le poète n'a créé ni ses dieu)^, ni ses héros, ni les événements qui remplissent ses poèmes. Parler
• BOMtRfe. ii2
[y eè n*est ^int r&yaler soii divin génie. Écoutez eeci, et i si nous manquonB de respect au plus grand des poètes, piter était adoré, en Grèce, bien avant la naissance d*Ho-' i; mais, depuis qu'Homère eut chanté, Jupiter ne 8*ofrrit à rimagination des hommes que sous les traits dont le î aTait dépeint sa figure. «Ayant dit, le fils de Saturne e ses noirs sourcils, le signe du consentement. Les chedu monarque, parfumés d'ambroisie, s'agitent sur sa immortelle; et il a fait trembler le vaste Olympe '. «• à bien le mattre des dieux et des hommes; voilà bien le 1er que consacra, dans le sanctuaire d'Olympie , un te digne d'Homère. Au prix de ce dieu vivant, de cette té terrible, qu'est-ce, par exemple, que le Jupiter des iiques, cette abstraction vague, ce nom qui est tout, et lemeure abîmé dans le néant de son absolue existence^ parvenir à être rien qu*uu nom?
i que je dis de Jupiter s'applique, plus ou moins, à tous lieux qui jouent un rôle actif dans les épopées homéri- . Homère a été longtemps pour la Grèce le théologien par Uence : sa gloire religieuse n'a commencé à pâlir que int le vrai dieu, celui que les philosophes ont trouvé au . de la conscience humaine, celui d'Anaxagorei de ate et de Platon ; elle ne 8*est éclipsée qu'à la lumière christianisme.
lant aux héros, Homère les peut revendiquer comme s à plus juste titré encore que ses dieux.
i caractère d'Achille est lé trioinphe du génie d'Homère* lie est à la fois un héros et un homme; et c'est là ce qui l'intérêt profond de V Iliade. La passion l'aveugle; il voue Grecs une haine impitoyable ; son désespoir, à la mort atrocle^ la fufeur de vengeance qui le saisit, son acharmt contre Hector, toutes ces faiblesses d'une âme imlite, nous en sentons le germe en nous; et les accents
tùiJéf cliant I, T«n sas et ttiintiU.
64 CHAPITRE lY.
du poète qui les raconte vibrent jusqu*au fond de nos en-* ^-^ trailles. Mais, d*un bout à Tautre du poëme, Pâme d*Achille ^ va se purifiant, et grandit d'un progrès continu : la partie di- * vine de cette puissante nature se dégage peu à peu des nuages >: de la passion et de la colère, et brille à la fin de tout son natif ^ éclat. L'homme 8*est évanoui, et c'est le héros seul qui reste.
Achille s'écrie, le premier jour de la querelle, en regar- ; dant face à face le roi des rois : «• Ivrogne aux yeux de chien, au cœur de cerf, jamais tu n'as eu le courage de t'ar- ^ mer pour la guerre en môme temps que le peuple, ni d'aller en embuscade avec les plus braves des Achéens : cela te ^ semble la mort même. Certes, il vaut bien mieux aller, par ■ la vaste armée des Achéens, enlever le butin de ceux qui ont :, pu te contredire. Roi qui dévores le peuple; mais c*est que , tu commandes à des hommes de rien : sinon, Alride, ton outrage d'aujourd'hui eût été le dernier*. » Rappelé plus tard à lui-môme par l'excès de la douleur, Achille reconnaîtra loyalement ses torts : « Atridc, ce que nous faisons en ce mo- : ment, il nous eût été plus utile, à toi et à moi, de le faire alors que tous deux,* le cœur plein d'amertume, nous nous livrâmes, pour une jeune fi le, aux querelles dévorantes et à la colère*.» Et plus loin : «Très-glorieux Atridc, Agamemnon, chef des guerriers, tu peux, à ton gré, m'offrir ces présents, comme le veut l'équité, ou bien les retenir. Mais, pour aujourd'hui, ne songeons qu'à combattre le plus tôt possible; car il ne faut pas que nous perdions ici notre temps à parler ou à ne i^en faire : il nous reste de grands travaux à accomplir. Que l'on revoie Achille parmi les premiers combattants, détruisant, de sa lance d'airain, les phalanges troyennes. Et vous tous, comme lui, songez à vaillamment combattre '. »
Dans l'ivresse de la victoire, quand il vient de venger Patrocle, et qu'Hector est étendu à ses pieds, sa pensée se trouble; ses instincts farouches éclatent dans toute leur sau-
4. lUnde^ chant I, yen 225 et suiTants. a. Ibid^ chant XIX, Ters 66 el luivanla.