UymMe à Cérès, Tert 385 et luiTanls
il 8 CHAPITRE VI.
de la gQ«rre de Troie avaient fourni le sujet, et dont les iutears s'étaient évidemment proposé de compléter TœuTre d*Homère. Une chose assurément fort remarquable, c'est que pas un de ces poètes n'avait empiété sur les domaines de Y Iliade et de Y Odyssée. Ils avaient donc entre leurs mains Ylhade et YOdyssée elles-mêmes, et non pas seulement ce fatraft épique d'où Wolf et ses adhérents rôvent qu'on les a tirées. S'ils se sont bornés aux reliefs des festins d'Homère, c'est qn'ils savaient, apparemment, ce qu'Homère avait pris pour lui : on ne respecte pas ce qu'on ignore. Ces poètes mé^ ritaicnt d'avoir du talent, car ils prisaient dignement le génie. Mais les critiques anciens, qui avaient sous les yeux leurs ouvrages, aujourd'hui perdus, sont bien loin de leur prodiguer les éloges. Les Alexandrins ne les cotnptèrent jamais au nombre dés classiques ; et l'on se souvient que C'est à un des poètes cycliques Qu'Horace a emprunté le vers qu'il cite comme exemple d'un début ambitieux et de mauvais gèûfi, et en regard duquel il place les deux premielrs vers dé YOdyssée.
Uimuînuà,
Stasinus dé Gypre avait reçu d'Hothère, suivant la tradition, un poème qui fut connu souâ le notn de Chants cypriens. Il n'est ^èrè douteux que Stasinus lui-même n'en fât l'auteur. Ce poème, dont le litre n'indique point le sujet, n'était autre chose qu'un long prologue à Ylliade. Il embras* sait tous les événements principaux qui avaient précédé la querelle d'Achille et d'Agamemnon. Le poète expliquait en détail les causes de la guerre de Troie, et remontait jusqu'à la naissance d'Hélène. C'est peut-être à ce poème que faisait allusion Horace , quand il remarquait qu'Homère , pour raconter la guerre de Troie, ne remonte point jusqu'aux œufs de Léda. Toutefois l'épouse de Ménélas n'était point, suivant l'auteur des Chants cypriens, la fille de Jupiter et de Léda : Jupiter l'avait eue de Némésis, et Léda l'avait élevée avec les Dioscures. La guerre de Troie apparaissait à Stasinus sous de sombres couleurs. Ce qui le frappe, ce ne sont point les exploits des héros, ni la gloire dont ils se couvrent;
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c'est raterïninaiicm à laquelle les a voués Jupiter : « H fm in tenps où d'innombrables races d'hommes se répandaient nr Coûte l'étendue de la terre au vaste sein.... Jupiter, qui bfit, eut pitié de la terre, qui nourrit tous les hommes, et, èoa sa sagesse « il résolut de la soulager. Il alluma la fr&nde querelle de la guerre d*Ilion, afin de faire dispanitre par la mort le fardeau pesant; et les héros étaierit toés dans les plaines de Troie, et le dessein de Jupiter s'accomplissait. » Ce passage des Chants cypriens suffirait à lui seul pour me convaincre que le poëme n*était pas d*Homère. Stasinus était une sorte de mythologue systématique; mais opiiquer, ce n'est pas toujours peindre; et, à être parfaiteneat raisonnable, on court risque trop souvent de rester %h deçà de la poésie.
AreCiniiB.
Arctinus de Hilet avait continué Ylliade dans une épopée de pins de neuf mille vers, intitulée Èthiopide. Gomme Sta- BOUS, ce poète appartient à une époque très-i^eculée, car il passe pour avoir été le disciple d'Homère« UÈlhiopide comaençait à Tai^rivée des Amazones devant Troie, c'est-à-dire iamédiatement après les funérailles d'Heetor. Les événe- Bents principaux du poème étaient la mort de Memnon, fîl5; de l'Aarore et roi des Ethiopiens, sous les coups d'Achille; la mort d'Achille lui-même, soùs les coups de Paris; le jugement des armes ; le stratagème du cheval de bois, et la prise d'Ilion. On reprochait à ce poème de manquer d'unité, et d'em^ brasser on trop grand nombre d'événements, qui se suivaient mas être subordonnés les uns aux autres. L'épopée de Stasinus méritait le même reproche; ce qui ne justifie point Arctinus. il ne reste de VÉthiopide qu'uti petit nombre de vers, notamment èeux par lesquels elle se i^attachait à YIHade, et dont le premier est presque tout entier d'Homère : • Ainsi ils s'occupaient de» funérailles d'Hector, quand arriva l'Amazone [Penthésilée], fille de Mars, le dieu vaillant et meurtrier. » Le passage le plus important concei'ne Machaon et Podalire, fils d'Esculape. « Neptune lui-même leur donna k tous les deux des talents, et les rendit plus
iSUl CHAPITRE VI.
illustre Tun, plus illustre Tautre. L*un avait, gr&ce à lui, les mains plus légères, afin qu*il tranchât et taillât dans le corps, et qu*il guérit les blessures. L'intelligence de Tautre savait discerner, avec une parfaite exactitude, les symptômes invisibles, et remédier aux maux inguérissables : il s'aperçut le premier du courroux d'Ajax, à ses yeux étincelants, au trouble de sa pensée. » Le scoliaste d'Homère, qui nous a conservé ce morceau, cite le poème d'Arctinus sous le titre de Sac d'Ilion.
Un poëte de l'île de Lesbos, contemporain d'Archiloque, Leschès , ou Leschéus , entreprit à son tour de compléter Vniade^ et de la conduire jusqu'à la fin de la guerre. « Je chante Ilion , disait-il , et la Dardanie fameuse par ses coursiers , qui fit endurer mille maux aux fils de Danaûs, serviteurs de Mars. » Mais il ne remontait pas jusqu'aux funérailles d'Hector. Il laissa de côté ce qui concernait les Amazones et Memnon; et, dans le reste, il ne suivit pas toujours les traces de son devancier. Son poëme , qu'il intitula la Petite Iliade , est connu aussi, comme celui d'Arctinus, sous le titre de Sac d'Jlion. Leschès s'était soucié aussi peu que Slasinus, ou que l'auteur de YÈthiopide , de l'unité de composition. Aristote comptait, dans la Petite Iliade ^ plus de huit sujets différents, qui eussent pu former autant de tragédies indépendantes : le jugement des armes, Philoctète, Néoptolème , Eurypyle, les mendiants, les Lacédémoniennes, le sac d'Ilion, le départ. Sinon, les Troyennes. Ainsi , il est probable que la Petite Iliade ne commençait qu'après la mort d'Achille , à la contestation entre Ulysse et Ajax. Puis venaient les exploits des héros récemment arrivés au siége^, et l'illustration nouvelle d'un des héros d'Homère; puis l'entrée d'Ulysse à Troie sous un déguisement, ses aventures dans la ville, et tout ce qui suivit jusqu'au dernier jour d'Ilion. Il reste un certain nombre de fragments de ce poème. Il faudrait accuser Leschès d'indigence poétique et de froideur, si on pouvait juger de son talent d'après ces tristes reliques. Voyez , par exemple , avec quelle sécheresse