‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 56 sur 137 · LYRIQUES DORIENS · texte numérisé non relu

LYRIQUES DORIENS

chut lui-même, et dont chaque partie, strophe ou antistrophe, eorrespondait aux diverses coupures du chant. Stésichore imagina une troisième sorte de chœur, ou plutôt il introduisit dans la seconde une modification considérable. D rompit la monotone alternance de la strophe et de l'antistn^he, par l'introduction de Tëpode après chaque retour. Ujpode, qui différait de mesure avec la strophe et l'antistrophe, se chantait au repos ; puis après, le chœur reprenait soD mouvement de strophe, pour revenir en antistrophe et s'arrêter de nouveau en ëpode ; et ainsi de suite jusqu'à la in du poème. Cette innovation fit fortune, et devint la règle habituelle des poètes lyriques, comme on le peut voir et dans les odes de Pindare et dans la partie lyrique des tragédies. G* est même à l'invention de Tépode que Stésichore dut son nom, qui signifie arrite^hcsw. Il se nommait auparannt Tisias. Cependant le nom de Stésichore peut signifier, simplement celui qui tient ou dirige un chœur , et avoir été dcmiié à Tisias dès ses débuts dans la poésie lyrique, et avant qu'il eût imaginé Fépode.

Les strophes de Stésichore étaient d'une grande étendue, formées de vers de toute sorte et dont la mesure est souvent impossible à trouver : c'est déjà tout le système de Pindare. Ce qui parait propre à Stésichore, c'est une prédilection marqué pour le mètre dactylique : il y a, dans les fragments de ses poèmes, de nombreux morceaux écrits en vers dactyliques de dimensions diverses, depuis le dimètre jusqu'à rheptamètre, le plus long des vers connus, car il dépasse d'une mesure le long vers épique lui-même. Stésichore a souvent usé aussi du mètre anapestique, ou dactyle retourné, et du choriambe, qui tient à la fois de la nature du dactyle et de celle de l'anapeste. Quant à sa musique, tout ce qu'on en sait, c'est qu*il n'admettait dans ses chœurs que la cithare ou la lyre, et qu'il choisissait soigneusement, parmi les modes alors en usage, et parmi les nomes qu'avaient inventés ses prédécesseurs, les tons le plus en harmonie avec les sentiments et les pensées exprimés dans ses vers. On ne le cite pas comme un inventeur en musique, comme un émule des Terpandre et des Tbalétas.

îm cflAmu; xi.

La ïfte amt éti, entre les msiti^ d'Alcée, tin insminrêM de latte et de tombât; Sappho s'en était serne poinr etltii^r sttreUe-iBfême la sympallM det âmetf tiendrez; Alen^m mê^ lait ses sentiments propres^ en nteie ten^s qne ta Toix, daa^ les choeurs dont il dirigeait les moaTementi. Stëaiehora, atf contramif ae dëftntireeaa toofou» dans tontes ne» oenpoei» tiona : il n'éerivit jtuMÛa ni peitr peînAm lea mcMi?ement^ de son ftme, ni pour raconter les érénements de sa vie ; et if préférait les thèmes anciens aux sujets poétiques qu'il eftt troutés dans le présent. Ses épithalames inêmes n'étaient poiot des ebants en l'honneur de quelques nouveaux éfOiBOL de sa coonaissanee : c'étaient des poèmes de fantaisie iur qudques-ttns> des hymens fameux dans les traditions de lar mythologie ou de l'histoire. Le poëme de Catulle sur le» noces de Thétis et de Pâée peut donner une idée du gmre* La dix-huitième idylle de Théocrite, où l'oil voit les riei^ge» laconiennes chanter l'épithalame devant la chambre nup^e de Ménélas et d'Hélène, était imitée en partie d'un dee poèmes de Stésichore. Les chants d'amour qu'on attribuait à Stésichore, tels que Caiycé et RhadUia^ étsleat des histof^ res de jeunes fille» mortes depuis longues années, Tietimes de quelque violent ravisseur on de quelque tyran jaleni.

Les grands poèmes lyriques de Stésichore, ceux qui avaient fait sa réputation, avaient un caractère analogue. C'étaient des légendes héroïques ou mythologiques, empruntées aux poètes des anciens âges, et dévdoppéM sous une forme noi^ velle> dans un autre langage, et avec un appweil musical plus savant et plus compliqué que ranAqw rhapsodie^ Le long et magnifique récit de Fexpédition des Argmiaulss, dans la quatrième PyiMqœ de Pindare,peut finre comprefr* dre la manière de Stésichore, et montrer que les sofets de l'épopée se sont prêtés sans trop d'eflbrts a«x eiigenees de la composition lyrique. Nous avons les âtn» d'an certai« nombre des grands ouvrages de Stéstohoret : la fîéryofiMfy c'est-à-dire le combat d'Hercule cents» le géant aux trois

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i, et dWers autres morceaux dont lea aneienAca J7ér»* !5 avaient problablemeat fourni la matière, lela qntt UyC^bèrty Scylla ; la Destruction dRUm^ les RéUmrs^des. V XOreUie^ sujets pris dans le cycle troyea; les Jeux mu newr de Péliets^ légende qui se rattache à celle de Jason ; )^^ ; e*eat Thistoire d'Amphiaraûs et de soa ëpeuse ; Ikasseurs de sanglier: c'est celle probablement de Hélëaf* et àe aa mère Âlthëe ; Y^Eitropie^ que remplissaient ea^ ie, sans nul doute, les voyages et les aventures de Gad^- L Quelques-uns de ces poèmes étaient d'une grande çuaiT : VOrestiôf par exemple, était divisé en devx ttvces; »hûearsdea scènes représentées sur la Table iEaqae saai pninléeSy comme le marque rinsctiptiûn mâme, à la UrucHon <fi2ion.de Stésicbore.

foici comment Quintilien apprécie le génie de Stésiehore, :herc^ à iaîre comprendre la nature de ses ouvrages,, rs mérites et aussi leurs défauts : « La puissance d'eq^t da ssi^re se montre jusque dans le choix des sujets qu'il a ités. n chante les plus grandes guerres, les che£i d'armée plus illustres, et soutient sur la lyre le fardeau deFé*- 3ée. Chaque personnage a chez lui la dignité d*aeti<Mi et de igageqai lui est due; et, si ce poète avait su garder la juste sure, nul autre, ce semble, n'eût approché plus près d'Bole; mais son style est redondant et diffus. » Cette diffusioat cet excès d'abondance que Quintilien remarque dana sichore est un défaut commun k la plupart des fyriquea tous les temps et de tous les pays, mais qu'on n'avait pu rocher ni aux Éoliens ni aux Dociens qui s'étaient fait, tntStësichore, oa en mime temps que lui, «a nom. danala ^ture.

▼iea«

Uésiehore était contemporain d'Alcman ;.mais il avail véea is d'autres contrées. Il était né k Himère, en Sicile, vers i 640 ou 630 avant J. C. Sa famille était originaire de aure ou Mataure, ville de l'Italie méridionale, fondée par Locriens- Himère était demi-dorienne et demi-ionienne, Qt reçu ses habitants de Syracuse et de Zancle. Le lan-

gage qu'on y parlait devait se sentir d'un tel mélange; et ce seul fait suffirait, indépendamment de la tournure toute épique de l'esprit de Stésichore, pour expliquer comment la diction du poète ressemble si fort, malgré les terminaisons doriennes, à celle des poètes de Técole d*Homère. La famille de Stésichore, d'après certaines traditions, était adonnée de temps immémorial à la culture de la musique et de la poésie; et, plusieurs gnéréations après l'homme qui l'avait illustrée, elle produisit encore deux poètes de mérite : du moins on conjecture que les deux Stésichore d'Himère qui florissaient, Tun au commencement du cinquième siècle avant J. -G., l'autre une centaine d'années plus tard, étaient les descendants de Tisias Stésichore ou de quelqu'un de ses proches. Quant & l'ancien Stésichore, il passa sa vie dans la Sicile et dans la Grande-Grèce, et il parvint jusqu'à une extrême vieillesse. Dans le temps où Phalaris réussissait à étabUr sa domination sur Agrigente et d'autres villes, c'est-à-dire vers l'an 565 environ, il vivait encore, et il habitait Himère. Il essaya, selon ses moyens, de prémunir ses compatriotes contre l'ambition de Phalaris, qui leur offrait sa protection et son alliance. Il leur récita, dit-on, l'apologue du cheval qui voulut se venger du cerf, et qui demeura esclave de l'homme. Platon raconte, dans le Phèdre^ que Stésichore devint aveugle, pour avoir composé un poème où la vertu d'Hélène n'était pas assez respectée. « Il reconnut sa faute, dit le philosophe, et il fit aussitôt ces vers : Non^ ce rèdt n'est pas vrai; non^ tu n'es pamt monté sur les vaisseaux au solide tUlac^ et tu n'es point arrivée à Troie. Après avoir composé le poème qu'on appelle Palinodie^ il recouvra la vue sur-le-champ ^ » Il est fort possible que Stésichore ait perdu, puis recouvré la vue; mais tout ce que je veux conclure de l'histoire dont Platon a égayé son dialogue , c'est que le poète aimait à se jouer quelquefois de son art, et qu'il ne restait pas toujours sur les hauteurs de l'épopée.

*. Platon, Phèdre, page 243.

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ÏÏhjtm».

Ibycos de Rhégium est surtout connu par la légende dont sa mort a fourni le texte. Les enfants mêmes ont entendu cxmter comment il fut assassiné par des brigands sur une grande route , et comment il prit à témoin , contre ses meurtriers y une troupe de grues qui passait dans les airs. Quelle temps après , les brigands étaient k Gorinthe, sur la ^ace publique. Un d*eux s'écria, dit-on, en voyant passer des grues : « Voilà les témoins d*Ibycus. » Les Corinthiens attendaient Ibycus , et Ibycus ne paraissait point. Le propos du brigand parut suspect : on dénonça aux magistrats l'homme qui Tavait tenu, et ceux qui l'accompagnaient. Les meurtriers sont saisis , mis à la torture : ils confessent leur forfait, et en subissent le châtiment. Quoi qu'on puisse penser d'an tel récit , il reste toujours avéré qu'Ibycus n'est point mort dans sa contrée natale , et qu'il poussait ses voyages plus loin que la Grande-Grèce et la Sicile. Il avait même fécu quelque temps à la cour de Polycrate , tyran de Samos. Par conséquent, l'époque où florissait Ibycus se place autour de Tan 530 avant J. G. , c'est-à-dire assez longtemps après la mort du poète d'Himère.

Ibycus semble avoir été d'abord un émule , sinon un imitateur de Stésichore. Même système de composition , même prédilection pour les sujets épiques, même mode de versification, même dialecte, ionien au fond avec une teinture dorienne. Rhégium en Italie, comme Himère en Sicile, avait one population mêlée : parmi ses habitants , les uns descendaient d'Ioniens de Chalcis, les autres de Doriens duPé- Iqwnnèse. Ibycus n'eut donc guère qu'à se servir de la langue ({u'on parlait dans sa ville , pour ressembler par le dialecte à son devancier. Il n'est pas douteux d'ailleurs que l'étude des ouvrages de Stésichore n'ait exercé une puissante influence sur la tournure de l'esprit d'Ibycus. L'extrême ressemblance des deux poètes a permis plus d'une fois aux auteurs anciens d'attribuer à l'un ce qui était de l'autre , et réciproquement ; et le hasard à lui seul ne produit pas de tels

leO CHAPITRE %l.

phénomènes. Quintilien eût pu dire aussi d*Ibycus qu'il i soutenait sur la lyre le fardeau de Fépopée. Il a traité les 2 mêmes sujets que Stésichore , Argonauiiques , épisodes de -x la guerre de Troie, vies de héros, et avec le même amour ti du merveilleux mythologique. C'est ce q^ofn voit encore a dans oes paroles, qu'il faisait prononcer quelque part à Her- ti cule : « Et je tuai les jeunes hommes aux blancs coursiers, (3 ks fils de Moliona , deux jumeaux de mérae taille , n'ayant 1 qu'un corps unique , nés tous les deux dans un oeuf d'ar- ^ gent. » a

€e n'était pas là sans doute le genre de poésie que pri- r Baient le plus Polycrate et ses courtisans. Polycrate, qui ^ tenut sous sa domination les principales îles de la mer ± Egée , ressemblait beaucoup plus à un roi d'Orient qu'^ ces | tyrans populaires, souvent simples et rudes dans leurs 1^ mœurs , qui gouvernaient alors quelques-unes des villes de la Grèce. Il possédait des trésors considérables ; il avait fait construire dans Samos de magnifiques palais ; il traitait d'égal 11 égal avec les plus puissants souverains , et il riva- - Hsait avec «ux de luxe, d'élégance, et aussi de mollesse «t de •vices. A supposer qu'Ibycus, avant son départ pour Samos, ne se fût encore exercé que dans le genre héroïque, il ne tarda point à baisser le ton de sa lyre à l'unisson des poètes gracieux qui'Chantaient à la cour de Polycrate. C'est à Samos probablement qu'il composa ses poésies erotiques, plus vantées encore des anciens que ses grands ouvrages. Homme de passions vives et fougueuses , ses chœurs amoureux étaient tout pleins du feu qui embrasait son âme. Gomme autrefois Akman, mais avec plus de force et de verve encore, il mimait à y prendre personnellement la parole, et à exprimer «es propres sentiments. Ainsi dans ce morceau admiraUe, que cous a conservé Athénée : « Au printemps, les cognassiers fleurissent , arrosés par des filets d'eau que versent les livières dans ie jardin sacré des Vierges ; les grappes de h vigne poussent et grossissent, abritées par les pampres mar breux. Quant à moi, l'Amour en aucune saison ne me donne repos. Comme la tempête de Thraoe brftla&te d'édairs , il s^àanoe d'auprès de Cypris ; saisi d'un transport fiarouche.

LTBIfiISi MMUfiNS. CSV

ùm'a&saille k Timproviste ; il s'acharne à m'arracher le

cœur du fond de mes en^uiUm^. > Ainsi^encore dans cet

autre passage , que nous devons à Proclus : « L'Amour de

Maveau me lanee, de dessous les noirs cils de ses pau-

jitees, des ceigafds q«i me «oosument; il use de charmes

^topte sorte, pour me jeter dans l'immense filet de Gypris.

Mil îe tTesible à sm approche, comme un courmr déjà

mx, attelé pour disputer le prix, descend maigre lui dans

la carrière ok il doit faHer a^ec les chars rapide. »

f aurmi mis sous les yeuK du lecteur tout ce qui peut Fintirssaer dans ce qui reste dlbyeus , quand j'aurai transcrit le passage où le poète trace le portrait d'im jeune homme : « EarfUus, rejeton des douces Gr&ces, soHâ des jeunes fillei k la belle -chevelure , Gypris et la Persuasiot «ux aitioWee regards 4'ont nourri parmi les roses. >

Avec Lasus d'Hermione et Corinne, nous touchons k Pindare. Lasus fut le maître du poète thébain, et Corinne fut sa svrale phis d'une ibis heureuse. Lasus instroduisit , dit-on , le ppemîer dans Athènes la poésie dithyrambique. Quelques* «ns même Ui attribuent ^invention du dittiyrambe ; mais eede opinion n'est pas souteniA)le. Il excella dans ee genre , il le perfectionna sans doute : 'voilà tout ce qu'en peut affir- *. Mous n'avons que deux vers de Lasus , mais qui ne pas sans importance , car ils nous apprennent que le poète se servait quelquefois , dans ses dhants dorions , de rhannonîe ou de la musique ^lienne. Malgré l'estime que ItîsaisBt de lui ses eontemperains , il ne parait pas que ce HêL un iHHBme fd'un goAt parfaitement irréprochaUe : du moins il se pAaisait aux «hoses extraordinaires , aux tours de force, fl avait composé des odes dans lesquelles il était parvenu & se passer de la lettre sigma , dont le sifflement fan semMuft trop désagréable.

1. 7e Us TCf^BtVf aaHen de noLitiBtv, ^e donnent Jjt pinpart des édi-

Quant k Corinne , elle était de Tanagre en Bëotie. Cinq fois, dit-on, elle l'emporta, dans les luttes poétiques, sur Pindare lui-même. Mais quelques-uns prétendaient qu'elle avait dû ses succès k l'ignorance de ses juges ou à l'effet de sa beauté , bien plus qu'au mérite de ses chants. Les fragments de ses poésies ne sont remarquables que par la mention du nom de My.rtis, autre poétesse béotienne, qui osait aussi descendre dans la lutte contre Pindare. Mais il y a un mot fort connu, qui peut donner une idée de la façon dont Corinne entendait l'emploi des ornements mythologiques dans la poésie. Pindare lui lisant un hymne dont les six premiers vers, qui existent encore, contenaient presque toute la mythologie thébaine : c II faut , dit-elle , ensemencer avec la main, et non à plein sac. •

Tliii«eré«ii.

Un autre contemporain de Pindare, que nous ne devons pas oublier non plus, c'est Timocréon de Rhodes. Il était à la fois athlète et poète lyrique. Il passa une grande partie de sa vie à Athènes , mais il écrivit toujours dans le dialecte dorien. Il était l'ennemi acharné de Simonide , et Simonide lui rendait amour pour amour. Il poursuivait Thémistocle des plus violentes invectives ; mais il faut dire à son honneur qu'il exaltait la vertu d'Aristide. Voici comment Plutarque, dans la Vie de Thémistocle y nous renseigne sur la personne de Timocréon : « Thimocréon le Rhodien , poète lyrique , fait, dans un de ses chants, un reproche bien mordant k Thémistocle : il l'accuse d'avoir rappelé les bannis pour de l'argent, tandis que, pour de l'argent, il l'avait abandonné , lui , son ami et son hôte. Je vais citer les paroles de Timocréon : « Loue, si tu veux, Pausanias; loue

< Xanthippe, loue Léotychide; moi, c'est Aristide que je

< loue , l'homme le plus vertueux qui vint jamais d' Athènes « la grande. Pour Thémistocle, ce menteur, cet homme in-

LTRIQUES D0RIEN6. 189

c juste , ce traître , Latone le déteste. Lui , Thftte de Timo- • eréon, il s'est laissé corrompre par un vil argent, et il a c refusé de ramener Timocréon dans lalysus sa patrie. Oui, c pour le prix de trois talents d'argent, il a mis à la voile , c l'infâme ! ramenant injustement ceux-ci d'exil , bannisc sant ceux-là, mettant les autres à mort; du reste, repu c d'argent. Et , à l'isthme, il tenait table ouverte ; avec quelle > lésinerie ! il servait des viandes froides ; et l'on mangeait ,

< en souhaitant que Thémistocle n'allftt pas jusqu'au prin-

< temps. > Mais Timocréon lance contre Thémistocle des traits plus piquants encore, et il le ménage moins que ja-* mais , dans un chant qu'rl fit après le bannissement de Thémistocle , et qui commence ainsi : « Muse, donne à ces vers,

< parmi les Grecs , le renom qu'ils méritent et que tu leur c dois. > On dit que Timocréon fut banni pour avoir embrassé le parti des Hèdes , et que Thémistocle opina pour la condamnation. Aussi, lorsque Thémistocle subit la même accusation , Timocréon l'attaqua-t-il en ces termes : « Timoc créon n'est pas le seul qui ait traité avec les Mèdes. H y a c bien d'autres pervers, et je ne suis pas le seul boiteux ; il

< y a d'autres renards encore. »

On voit que la poésie du Rhodien , un peu rude et brutale > ne manquait ni de verve ni d'esprit.

RaCUKIL DES POÉSIES AKaCHÔONTIQUES. — VIE D*ANACRÉOW. — ODES AUTHENTIQUES d'aWACRÉOW. — SIMOlODE DE CiOS. — GéNIE LTKIQITE m BIMOIin». — ÉLÂOIBS DE SIlTOinDE. — ÉPIGRAVMKS DE SIKORXDE. ^AOCBSUDE.— aCOLIBS, — CALLlSTRAirB. — HTBRUB.

« Lb poète , ffit Platon , csft chose légère, ailée et sacrfe. » Ces paroles qrri s'appliquaient, dans la pensée du philosophe , % tous ceux que pénètre et échauffe Tinspiration de la llfuse , semblent avoir été écrites après quelque lecture nou- TeHe des poésies d'Anacréon, bien plus encore qu'an sou- -venir de YIHade et de ViMyssêe, ou du péan [ie Tynnichus, tant iranté dans le dialogue de Platon. Rien de plhis léger, de jAus aérien , de plus sacré, c'est-à-dire de pilus inspiré et de plus divin que ces chants qui ont résonné jadis sur la lyre du poète de Téos. Il en reste peu d'entière; mais ceux qui ont échappé sains et saufs à la destruction , et même les membres mutilés des autres, sont un trésor inappréciable, et expliquent l'enthousiasme des contemporains d'Anacréon et de toute l'antiquité lettrée.

C'est un travail de retrouver, dans le recueil si souvent imprimé sous le nom du poète, ce qui appartient en propre à l'ami de Polycrate, et ce qui est l'œuvre de ses imitateurs, en un mot de l'école anacréontique. Tous les petits poëmes qui le composent se recommandent par des mérites divers ; à aucun la grâce ne fait défaut, et c'est par là qu'ils ne sont pas indignes de la place qu'ils ont usurpée. Mais plusieurs ont trop d'esprit, et sentent déjà l'affectation et la manière ; plusieurs ont une tournure quelque peu épigrammatique et visant à la pointe : tous signes auxquels se reconnaît une époque plus sophistique et plus raffinée que le siècle où vivait Anacréon. La vraie poésie d'Anacréon est simple , naïve, savante dans la forme , mais sans pédanterie, forte et

LYRIQUES ttlENSu — SCOLIES. iM

ti^Dimuae «paeiquefok, doucenent pathétique, graeieuae, et, comme rhéroîne d'Homère, mêlastune larme à son jsou-

fl y a à'mtXtm rakons encore ipii infirm^at Vauthenticité et la piofi grande partie des odes du recueil. Les auleiurs «ciens ont mabites fois cité Anaoréon; et, sur ceat cinfoaMe paaragee et plus , q^f ils ^lùi transcrits , c'>e8t à peine àmt aeui appadriîeat à un des poèmes que nous cosmaissoos. Les peraonnages sa«t bien , par le nom , de ceux qu*AAaoéon «¥ait eél&iés dans ses vers; mais œs personnaffes ÈBmàierA avoir peFèa fear redite individuelle, et n'ébre que des types sur lesquels se sont exercés ^ leitr tour, et par vn pase-lemps puranenit iittéraire, les poètes anacréontiqnes. Taot a le même vague, le rukae air de lieu commun. C'est lODJovra réloge de l'amour ou dn vin, la puissance du fils deCypoâa, et d'aairas sujets plus om moins généraux, sans qui rappelle aucun événement particulier, et qui soit la propre du ilenps oii vivait Anacapéoau Or, le géele SinÉM» dît pesitivenient, à propos de Sfunos, que laa peéaaes d'teiacréon sont pleins d'aUusionsûu tyran Po- Ijirata. fi ti'^st pas jusqu'à rAmour l«Mnéme , dont les «Baoréofnfîques n'aient tracé des images asseE peu eonforaMs aux traits que lui donne le véritable Anacréon. «L'Amour, disait quelque part le poate^ «a'a fioiippé, comme eût fait un forgeron, de sa grande cognée, et il m'a fait prendre un bmt dans k lorreol glacé. » On voit que le maître devant idquKi tfienUût Aaaca^éon était un peu phis redoutable qm le petift /dieu nuAin des anaciféontiques. Enfin, des critiques àabiles ont renaivqué, dans la plupart des tsàits de la coUecûm 9 des imperfections de toute socle : ici^ la diction eat pmalqiie etprescpe barbare; là, les lais de la vensifictttion V«iit pas ièié seapeelées ; plus loin, il y a autre cbose. Mais m ^m frappe an premier coup d'oeil, c'est, daas les (rag- (pn. suivent les pièces entières, c'iest-è-dîire dans ce inoontwtablemeixt d'Anacréon, une infinie variété fie nAtres , et dm» les odes , au contraire, fa monotone rëpélitioB àa pelit «vers lambique dimètve «ataieotique , le plus wnide, te p»liifi fiacile, et on peut àim le plus yulgaiœ de

492 CHAPITRE XU.

tous les mètres connus : presque toutes les odes en sont uniquement composées.

Je n'entreprends paô de déterminer, comme le font quelques-uns, répoque respective de telle ou telle des odes anacréon tiques. Il me suffit d'avoir montré qu'en général elles ne sont point ou ne sauraient être d' Anacréon , et qu'elles appartiennent aux siècles de décadence. Je répète aussi que ces bluettes ne sont presque jamais sans charme, et que les plus insignifiantes ont encore leur valeur. Voyez , par exemple, la petite pièce qui ouvre le recueil. La pensée n'est rien, et pourtant il y a , dans ce chant si simple et si peu rempli, je ne sais quelle gracieuse naïveté .qui plaît ii l'âme. « Je veux dire les At rides, je veux chanter Gadmus; mais mon luth , sur ses cordes , ne fait retentir que l'amour. J'avais changé les cordes naguère, et remonté complètement ma lyre; et je chantais, moi aussi, les combats d'Hercule. Mais ma lyre m'accompagnait de chants d'amour. Adieu donc désormais, héros ; car ma lyre ne chante que les amours. > Quelques-uns de ces morceaux sont même des tableaux achevés, et que ne désavoueraient pas les plus grands maîtres : ainsi la Colombe ^ la Rose^ YAmoy/r rrumllè^ d'autres encore trop connus pour qu'il soit besoin de les transcrire.

Tle d'Anaeréoii.

Je reviens à Anacréon lui-même. Anacréon était né à Téos, on ne sait en quelle année, mais assez longtemps avant la prise de la ville par Harpagus et la fuite des h{d)itants, qui allèrent fonder en Thrace, ou plutôt repeupler Abdère. Gela se passait environ l'an 540 avant J. G. Anacréon, homme fait déjà et poète célèbre, se trouvait parmi les exilés téiens. Quelques années après, il était à la cour de Polycrate. Il resta à Samos jusqu'à la chute de son protecteur, traîtreusement renversé et mis à mort en 522 par Orœtès, satrape de Gambyse. Les Pisistratides lui offrirent alors un asile à Athènes, où ils avaient réuni la plupart des poètes fameux du temps. Anacréon passa là plusieurs années, puis il alla visiter la Thessalie, attiré par la munificence des

LYRIQUES IONIENS. — SGOLIES. 193

Alérades; enfin il revint fixer son séjour dans sa ville natale, qui avait pu se relever de ses ruines. Il vivait en- • eore k Tëos quand les Ioniens se soulevèrent contre Darius, à l'instigation d'Histiëe. C'est là probablement qu'il mourut, dans un très-grand âge. Le nom de vieillard de Téos, sous lequel il est si souvent désigné par les auteurs anciens, semble prouver qu'il avait conservé , jusque dans ses dernières années , sa verve poétique et son génie.

Nous . nous dispenserons de chercher fastidieusement, parmi les fragments d'Anacréon , des citations qui ne donneraient, en définitive, qu'une très-imparfaite idée de la manière du poète et de sa tournure d'esprit. Il y a une ode au moins dont l'authenticité est incontestable. Elle a été conservée, non pas dans le manuscrit dont les autres sont tirées, mais dans l'ouvrage d'un des commentateurs d'Homère. C'est une allégorie qui a fourni à Horace plus d'un trait heureux. Elle est en petites strophes de quatre vers chacune, et analogues, dans leurs éléments , à la strophe d'Aicée ou à celle de Sappho. « Cavale de Thrace, pourquoi donc me jeter ce regard de travers, et me fuir impitoyablement, comme si je ne savais rien d'habile? Hé bien, apprends que je te mettrais le frein selon les règles , et que, les rênes en main , je te ferais tourner autour du but de la lice. Hais tu pais maintenant dans les prairies, et tu te joues en bonds légers; car tu n'as pas un cavalier adroit, et qui s'y connaisse à dompter ta fougue. » Aulu-Gelle cite une d^ pièces qui se trouvent dans le recueil, comme l'ouvrage authentique d'Anacréon. C'est celle où le poète s'adresse au ciseleur qui lui fait une coupe d'argent. Elle est dans le simple mètre si cher aux anacréontiques ; mais ce n'est pas une, raison suffisante pour la leur attribuer : elle n'est pas trep indigne d'ailleurs de celle qu'on vient de lire. « En ciselant cet argent, Héphestus, fais-moi, non point une armure (qu'y a-t-il entre les combats et moi ? ) , mais une coupe profonde : autant que tu peux, creuse-la. Représente-

t94 •CflAïaiE UL

aoî, Buvjceiie CMUfe, bob pokit las «sires, Aile GhaEk>t,ai le^iii^Orion (^'ai-je affaire 4e«PliéiAdeB,q«* ai-fe aflU» de l*actoe du fioBiiPiidrl ), mais dies vi^pes verdoyantes^ ât das ârakins <fui rient, et dea M àtadesqui yendangoai. F^ais-f BHfiêi MB inoeasDÛr à vîb, et des figmrea d'or foaiiaAt iagrappe, le beiUÊ. hjéïUk^ et , avec lui , rAaMur et Bathylle. »

Le ^QÎie d'jknttréon, esseatieUement tempéffé^ fi^'^étià pas né pour les gcasda sujets* Aussî ne les a-4-il jamais abordés. Même dans ceux où il s*est prudemment restreint, il a laissé à d'autres les élans de la ^fMsaion et les troubles orageux de Tftme, bien plus curieux de ravir aux poètes éalieBS les flafisets de letr art, que de rivaliser avec eux d'enthaufiiasaie et de vëhémeBoe. La poésie d*Anacréon fin aaUe d'un facamne heureux , ou du moins qui ii*«rait trouvé dans lea Buaères de la vie qu'on aaacasonBement à sob boofadar.

de Cées SormB a^iac Anici^éeB un frappantcmleaate. Ce qui ie distingue aortout, entre les poëtes aaifiqaes, c'est te oeracttee de tristesse et de mélanocdîe dont la trace eat si me eBCoie Abmb ce qui nous reste de lui. Ce peête élaîtflm peaseur, vn moraliste profcmd, et, poir le tempseli il vivait, UB savant véritable. Il perfectioBna l'alphabet fvec, par l'inve&tioB des tektres doubles l , 4^9 6t des voydles Iobgaes 1), ta). On Ini attribuait également un système mnémo*aîque fort en itegue dans l'antiquité* Qndques^uBS des nots les phifi dhmaux qui eouraient ^sous le nom dea sept eeges 4tBeBt,eeleiieeitkains auteurs, sertis de la beuebede Simc^ ■aie. Pluaieors le comptaient parmi lee philosophes; les aiplttetes le considéraîeBtcomade uadeleurs'ppécnrBems; et IW diiait en pnmeihe, chea les Criées : ^modéroÊim ée fUmêmde.

SknoBide naqoit li idis, dSBS Plie looiemie de GéoB,eaiw lea annies MO et 865 avant nsrire %re. Il vécaft qaatve^îiigl* nmf ;aBS, et atounil, par cona^qoent, entre les aimées Affl el466. Il était, eoBime iitésichwre, d'une ^femtlle où lea ta^ taAs fiHéniisea «e transoiettaieBJt de gftiéralieneiB fendra-

LYRIQUES lONUnrS. — . SCOLIES. 195

&0B mol paternel «vzkéié un poète; Baccàylide, son reo, 8e distingua à ses t&tés tianfi ia poésie lyrique; et le jeune» aon petit-fils, est cité -comme attleur d*ttn ouvrage en prose. Simonide, après a'étre fait une ^randa lépota^ian dana aa patrie, vint se fiier à Àdiènes, aupiès d'BippaMpie, 'Bis de Pisistrate, qui eut pour lui les phis geanda égards. Les Alévades et les Scopades de Thessalie Eadirèrena à ieur tonr à Larisse et à Granon, probabkmem ifrès la flURt d'Hipparque, ou après l'expulsion de son frère fippias« Enfin les deux tyrans siciliens, Th&ron d*Agrigeale et Hiéron de Syracuse, honorèrent la vieillesse de Simonide, et s'honorèrent eux-mêmes, en prodiguant au poëte de Céos des marques signalées de respect, d'estime et d'affection. Il passa plusieurs années en Sicile; il eut même le bonheur, dit-on, de réconcilier les deux tyrans, au moment où leurs arséea, des deux cfttés du fleuve Gelas, n'attendaient que le sipal pan engager le combat. Pendant les guerres Médifws, Simonide evt des relations assesi intimes arec Thémia* tiolé et aTec Pausanias : ce fut l'apogée de sa gloire littétaiore. On le dioîait, d'un conseatement unanime, pour êtse le hémt des exploits des Grecs dans oes lattes knmop«> isUes; et il célébra, sous toutes les formes, les journées de Hvathon, deâalamine, d'Artémisium, et le triomphant Aiaasire des Thermopyles.

Bûnonide fat probablement un des poètes lyriques lat fh» féconds qu'il y ait eu au monde; et la poésie lyrifaa n*-ilaic qu'une part, la principale, il est vrai, des oocupationB deeon génie. B'après un tableau votif dont luinnàme avait lédigé l'inscription, il avait gagné, dans les concours poé* tîqaea, cinquante-six Ixeufs et autant de trépieds : or, c'étaient lit des prix qu'on ne donnait que dans certaines aolannités asset rares. Que serait-ce donc si le poète eût énuméré MiteB ses vicloires dans tous les genres? Et t^es* morceaux d'apparat n'étaient eux-mêmes, relativement au total de sas CBvrrea lyriques, qu'une portion assez peu considérable. Simonide passa plus de soixante ans de sa vie à chanter tootts les f^resdeson pays, ou même, commet lui ont reproché quelqsea ancieni^ tout ce qui brillait d*un éclat emprunté

196 CHAPITRE XIL 1^

OU légitime. II paraît que Simonide fut, suivant d^assurés ^^ témoignages, le premier poète qui consentit à mettre, pour * un salaire,, sa muse au service du premier venu, c Simonide lui-même, à ce que j*imagine, dit aussi Platon dans le Prch tagoraSf a souvent cru qu'il était de son devoir de louer et de combler d'éloges tel tyran ou tel grand personnage; non qu'il s'y portât de plein* gré, mais par une nécessité de bienséance. 3> Ce n'est pourta.nt pas un reproche que Platon adresse à Simonide; ce n'est que le commentaire d'un mot de Simonide lui-même : Je nt suis pas enclin à la cenrsure.

C^énle lyrl^ve de (ilaieBlde.

Quintilien apprécie un peu légèrement le mérite littéraire d'un homme qui balançait, dans l'estime des Grecs, même le grand Pindare; d'un homme qui passait chez ses contemporains, pour le favori des dieux, et dont un jour les Dioscures préservèrent miraculeusement la vie, selon cette légende fameuse que La Fontaine a rendue familière à notre enfance. « Simonide, dit le rhéteur latin, maigre d'ailleurs, peut se recommander par la propriété de la diction et un certain charme dans le style; toutefois c'est à exciter la pitié qu'il excelle principalement, en sorte que quelques-uns le préfèrent, sous ce point de vue, à tous ceux qui ont traité des sujets analogues aux siens. > Il faut se rappeler que Quintilien se borne à indiquer, parmi les poètes et les prosateurs célèbres, ceux dont la lecture peut être utile à un orateur, ou plutôt à ce que nous nommons un avocat, et qu'il ne fait guère, la plupart du temps, que transcrire les jugements des critiques alexandrins, sans se donner la peine de les contrôler lui-même. Il est évident que beaucoup de ces écrivains ne sont pour lui que des noms, ou, si l'on veut, qu'il ne connaissait qu'assez superficiellement leurs ouvrages.

On ne saurait sans injustice refuser à Simonide une place éminente parmi les poètes les plus heureusement doués , et

LYRIQUES IONIENS. — SCOUES. 497

les pfais habiles dans Tart de charmer les hommes. C'est lui qoi adonné la forme définitive à ces hymnes de triomphe {hmina) qu'on chantait en Thonneur des vainqueurs des jaix publics. A l'origine, quelques vers suffisaient pour ha dans la mémoire des contemporains le nom proclamé par le héraut. Mais quand on eut commencé à élever ies statues à ces vainqueurs, il fallut bien que la poésie, ï sou tour, leur prodiguât toutes ses magnificences. Le diflRir de Stésichore, avec ses marches savantes et son ^pareil pompeux,' se prêta à l'a célébration de ces fêtes, fait un simple mortel était l'objet, soit sur le lieu nw^me k la lutte, soit à son retour au foyer domestique. Ce que Paient être les chants de victoire composés par Simo- Bîde, il ne serait pas aisé de le dire : je ne crois pas pourtant qu'ils ressemblassent autrement que par l'extérieur ï eeox de Pindare. Simonide traitait ses héros avec moins it parcimonie que le poète thébain ; il décrivait la lutte en détail, et il ne se lançait pas du premier bond dans les ^res éthérées. Il n'oubliait pas même les animaux dont la vigueur avait si bien servi l'ambition de leur maître, pas même ces mules qui traînaient le chariot de Léophron, fils du tyran Anaxilas. S'il mêlait aux louanges de son héros celles des personnages mythologiques, ce n'étaient jamais des hors-d'œuvre, ni même des digressions. . Il se permettait quelquefois une plaisanterie, un innocent jeu de mots.

Voilà ce qu'il est permis de conjecturer, après un attentif examen des fragments de ses chants de victoire. Mais ce qu'on peut assurer avec confiance, c'est que le moraliste, le j^tosophe, s'y montrait à chaque pas, et y développait complaisamment quelquefois ses opinions particulières. Le plus considérable reste de la poésie de Simonide, retiré avec grand effort de la prose du Protagoras de Platon, où il était enseveli, est une sorte de dissertation morale, sur laquelle Platon s'est complu à broder un ingénieux et agréable commentaire; et ce morceau faisait partie d'un chant de victoire adressé à Scopas le Thessalien : « Il est difficile, sans doute, de devenir véritablement homme de bien, carré des mains.

i98 GHAPinE XII. inu

des pieds €i de Tasprit, façooné sans nnl reproche...*. Jus u'Bffftmye pas non plas le not da PiUacus, quoique pnMnc= fifinoé pftT UA sage morteL U est malaisé, diMl, d*àtre yer-^7lc= tueux. Dieu seul peui posséder œ privilège : quant à rhonime,:f^^w^ il est impassible qu'il ne soit pas méchant, si une calamitéiW— insunnontaUe le vient abattre. Tout booune est bon, qm^*^ agit bien ; méchant, qui agit mal ; et eeux que les dieux*) aicne&t jBOOt d'ordinaire les plus vertueux. U me suffît qu'uA homme ne soit pas méchant, ni tout à fait malhabile; qu'il ait du sens, .et qu'il pratique la justice, conservatrice des v«i cilé^. le ne le isensurerai point, car je ne suis pas enclin i 2^ la cesDsure. Aussi bien, le nombre des sols est infim. Oui, -^ : tout est beau, oii rien de laid n'est œélé. C'est pourquoi :^ jamais je ne tenterai la recherche de ce qui ne saurait exis- ^ r ter; jamais je ne jetterai ime part de ma vie dans le' vain et ^ irréalisable espoir de trouver wà homme absolument sans ta défaut, parmi bous qui mangeons les fruits de la teire an ^ Faste sein. Si je le rencontre, alors je viendrai vous le dire. ^ Mais je louent j'aime volontiers quiconque ne fait rien de « honteux. Au reste, les dieux eux-mêmes ne combaittent pas > contre la nécessité. »

Ce ne sont là que les membres mutilés non pas même d'un poème entier, mais d'une portion de poème. Or, je demande où r>on y voit rien de cette maigr<eur dont parle Quintiiîen. ^ Si ce mot a quelque sens, ce n'est que par lacomçaraison du « style de Simonide avec celui de Pindare, qui est moins sim* , pie, moins naïf, plus chargé de mots composés et de meta- , phores. Simonide emprunte aux Dorions leurs fof m^ poé* , tiques ^ c^taines particularités de langage ; il parle aussi , éolien quelquefois; mais au fond il reste ionien, fturtottt par l'esprit, c'est-à^re sobre, tempéré, et déjà proaque iftttiqueu

liais c'est dans la louange des vrais héros que Simonide a pu s'élever à toute la hauteur de son génie. Rien de plus magnifique, rien de plus noble que ce qui reste du chaot 4)% il avait oâébré Léonidas et les siens. « Qu'il est glocieux le destin de ceux qui sont morts aux Thermopylesl Qu'il est beau leur ^trépas! Iiour tombe est nm autel Au lieu de lar-

LYRIQUES lêNlENS. -« SCOLIES. IM

't BOSB leur donnoBB un immortel souveuir. La façon àonA ila sont morts est leur panégyrique. Ni la rouille , ni le temps destructeur n'effaceront cette ëpitaphe des braves. La chambre souterraine o& ils repoaemt renferme Tillustration de la Grèce. Témoin Léonidas , roi de Sparte , qui a bisBé le plus beau monument de la vertu , une gloire impénstable. >

£y a surtout un mérite que Fantiquiiéy oornsne rarMie Qpifttilien^ s'accordait à reconnaître au plus haut degré dans Simonide : c'est le pathétique, cet heureux don d'émouvoir, dont ht nature est si peu prodigue, oaâme envers ses favoris. Sea chants les plus estimés étaient les thrènes, ou chants de dcHileur, espèces de comi^aintes dont 4iuelque illustre ûd<»toAe avait jfoumi le sujet, et au caractère desquelles Horace a fait quelque part allusion, quand il nomme la n^iie de Géos. L'ode admirable où Danaé exhale ses douleurs est mi de ces ih rênes tant vantés , et , si l'on en peut juger par fiel édunlillon , vraiment digne de tout éloge. Danaé et son filsPersée sont enfermés dans un grand coffre , et livrés à la merci des vagues. « Dans le coffre artistement façonné grondent et lèvent qui souCQe et la mer agitée. Danaé tomi»e, amsie de frayeur, 1^ joues baignées de larmes; elle enloitiie Persée de ses bras, et s'écrie : « 0 mon enfant, quelle doa- « Imt j*endure! Mais toi, tu n'entends rien; tu dors d'an « coeur paisible dans cette triste demeure aux parois joinlas « par des clous d'airain, dans cette nuit sans lumière, dans < ^esB noires ténèbres. Tu ne ^inquiètes pas du flot qui passe « au-dessus de toi sans mouiller ta longue chevelure, ni du « vent qui i^ésonne, et tu reposes «eiivdoppé de ta couvav* « Iwre de pourpre, Tisage de beauté. Ak ! si ce qui m'effraye « t'effrayait aussi , tn prêterais à mes paroles ta charoiaate « oreille. Allons, dors, mon enfant; doiane aussi la mer; « doTBie notre immense infortune. Mais puissent voir mes « ^enx , è Jupiter, que tes desseins me sont redevenus fa-

•4 . Je Ui irpè yêêm et aon -xpo/é^tn.

SOO CHAPITRE XII.

« Torables! Ce vœu que je t'adresse, il est présomptueux « peut-être : pardonne-le*moi, par grâce pour ton fils ! »

ifilégles de SlaieBltfe.

Simonide avait excellé dans tous les chants lyriques qui servaient à la célébration des solennités religieuses : c'est ce que prouve la table votive qu'il avait consacrée à ses victoires sur les poètes rivaux. Il nous est impossible de dire par quelles qualités particulières se distinguaient ses prières aux dieux , ses péans à Apollon , ses hyporchèmes ou chansons à danser, ses dithyrambes. Il parait toutefois que les dithyrambes de Simonide n'étaient pas tous exclusivement remplis des louanges de Bacchus ou du récit de ses aventures : un de ces poèmes était intitulé Memrwn. Il nous est permis du moins de parler avec connaissance de cause des succès de Simonide dans la poééie élégiaque. Après la bataille de Marathon , il remporta le prix proposé pour une élégie en l'honneur de ceux qui avaient succombé dans cette grande journée. Eschyle lui-même, jeune encore, et qui avait été un des héros de la bataille , fut vaincu par l<e vieux poète de Géos. Le biographe anonyme d^Eschyle, qui rapporte ce fait, remarque à cette occasion que l'élégie demande une tendresse de sentiments et un genre de pathétique qui étaient étrangers à Eschyle. Le chantre de Danaé , le poète des thrènes, possédait naturellement ces qualités, et à un degré incomparable. Ses élégies cependant n'étaient pas de pures lamentations, des thrènes sous une autre forme : les réflexions morales y abondaient, les pensées philosophiques , les préceptes pour régler la vie. C'est Selon qu'on croirait entendre, mais un Selon moins ami de la joie,' plus mélancolique, et tout prêt à verser des larmes. Qui ne connaît les vers fameux où Simonide commente une pensée d'Homère, et qui sont le plus considérable fragment de ses élégies ? « Il n'est rien sur la terre qui demeure à jamais inébranlable. L'homme de bhios a dit une bien belle chose : « Telle « est la génération des feuilles , telles sont les générations « des hommes. » Combien peu de mortels, après avoir reçu

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