LYRIQUES IONIENS. — SCOLIES. Î
et par le Lacédémonien Clëomëne. Au reste , voici le scolie, qai n'avait pas besoin d'être une pièce historique pour de- Teoir populaire à Athènes , et qui dut être chanté assez peu de temps après la disparition du dernier des Pisistratides. cDans le rameau de myrte je porterai Tépée, comme Harraodias et Aristogiton, quand ils tuèrent le tyran et établirent l'égalité dans Athènes. Très-cher Harmodius , tu n'es point mort , sans doute : tu vis dans les îles des bienheureux, là où sont, dit-on , Achille aux pieds rapides et Diomède, fils de Tydée. Dans le rameau de myrte je porterai fépée, comme Harmodius et Aristogiton , quand, aux fêtes d'Âthéné, ils tuèrent le tyran Hipparque. Toujours votre renom vivra sur la terre, très-cher Harmodius*, et toi, Aristogiton, parce que vous avez tué le tyran et établi l'égalité dans Athènes. > Gallistrate était Athénien : c'est tout ce qu'on sait sur sa personne.
Le scolie d'Hybrias est la chanson d'un soldat, fier de sa valeur et de ses armes , et qui n'estime rien au-dessus de lui-même. Hybrias était un Cretois : il n'est pas moins dorien par ses sentiments que par sa naissance et les formes de ses mots. < Je possède une grande richesse : c'est ma lance, et mon épée, et mon beau bouclier long, rempart du corps. Oui, avec cela je laboure , avec cela je moissonne; avec cela je foule l'agréable vin que produit la vigne; avec cela j'ai des esclaves, qui m'appellent maître. Eux, ils n'ont pas le cœur d'avoir une lance, ni une épée, ni un beau bouclier long, rempart du corps. Tous tombent de frayeur et embrassent mon genou, en s'écriant : Maître ! et :
Grand roi ! »
Gallistrate, dans sa chanson ionienne, se rapproche du système métrique des poètes de l'école de Lesbos. Ses strophes sont de quatre vers fort courts, et qui ne contiennent que des combinaisons as$ez simples de l'ïambe et du trochée avec le dactyle ou ses deujC équivalents. La chanson dorienne
S06 CHAPITRE XD. — LYRIQUES lONIKirS. — SGOLIES.
d'Bybrias se compoee de vers analogues , mais d'inégate longueur, et se suivant jusqu'au bout à la file , sans appar neftee de stophe ni indication de repos.
CHApmiE xm.
jÊfSmÊME.
V2B DE PIHDAaS. — JUGBMBST b'bOBACE SUB PIHDABK. -— ODES XSIOa- PBALES. — CARACTÈRE DES ODES TRIOMPHAXES. — DIVERSITE DBS ODES IBIOMPHALBS. -7 VERSIFICATION DE PINDARB. — PLAN DES ODES DE PnDABE. — épisODBS PINDARIQUBS. — OBSCURITÉ BB PINDARB. — FBACMBBia SB PSBBABB..
Tle de Ptadare.
Pindare , le plus illustre des poètes lyriques de la Grèce^ naquit en 522 , aux Cynoscéphales , village de Béotie situé à peu de distance de la ville de Thèbes. Il était d'une famille de musiciens; et son père, ou, selon d'autres, son oncle, passait pour un excellent joueur de flûte. Quant à lui, il annonça, presque dès l'enfance, ses dispostions poétiques : k. l'ftge de vingt ans, il composait déjà des odes triomphales en l'honneur des athlètes vainqueurs aux jeux sacrés. La dixième Pythique, adressée au Thessalien Hippoclès, est préciflémait de l'an 502. Pindare, comme je l'ai dit plus haut, avait eu pour maître Lasus d'Hermione, poète médiocre peut-être, mais qui connaissait à fond la théorie de son art. BientAt après ses premiers débuts, nous le voyons en grande faveur dans toutes les parties de la Grèce. Les tyrans siciliens, Théron d'Agrîgente et Hiéron de Syracuse ; Arcésilas, roi de Cyrène; Amyntas, roi de Macédoine ; les Alévades et les Scopades, toutes les cités libres, toutes les familles opulentes, se disputent sa présence, et payent à grand prix les moindtes éloges de sa muse. Les Athéniens lui décernent le titre et les privilèges de proxène^ c'ést-à-dire d*h6te public de leur vilfe. L^ habitants de Céos , qui avaient pourtant leurs poëtes nationaux , l'emploient à la composition
pQiBAiiK. tcn
d'une prière xH>ar une procession solennelle, ^indare voyage
ptr HNile la Cîrëce , prodiguant les trésors de «on féme,
SX se montre également bienveillant pour tous , DorteM,
£olieBs ou Ioniens, sans acception de races ni de personnes.
Sa longue vie ne fut guère qu'une fête oontinuelie. Quel-
foes échecs dans les concours littéraires, des^ierélleB année
quelques poètes rivaux , altérèrent peut-être assez souvent
ù sérénité de son ftme ; mais on aime à croire que la raison
avait Inen vite pris le dessus, et calmé les soÛAranoes de
Famour- propre et de la vanité. Th^s était le séjonr
erdinaire de Pindare. G'e^ là qu'était cette maison qu'Ar
kxandre respecta quand il détruisit la ville ; cT est là que
vécurent longtemps les descendants du poète, honorés, en
mémoire de leur ancêtre , d'importants privilèges ; et c'est
là |NNd)ablement que Pindare mourut, à quatre-vingts ans,
comblé de gloire, de richesses, de distinctions de toute
sorte, et, ce qui vaut mieux, digne de l'enthousittme de ses
omtemporains , et léguant à la postérité des monuments
étemelL
" L'ode à Julus Antonius *, où H(Mrace essaye d'apprécier Pindare, est encore, à tout prendre, ce qu'on a jamais écrit, sur le lyrique thébain , de plus clair, de plus satisfaisant et de plus complet C'est le jugement d'un homme qui s^ ocmnaissait, et qui avait en main l'œuvre immense et prodigieusement variée , dont nous possédons , il est vrai , une past intacte , mais dont les tvois quarts an moins ont péri. «Vouloir rivaliser avec Pindare, c'est s'élever, Julus, sur les ailes de cire façonnées par Dédale, pour donner un nom à la mer transparente. Tel qu'un torrent, grossi par lesorages, se précipite des montagnes et franchit les rives connues, ainsi bouilbnne, ainsi déborde à flots profonds le vaste génie de Pindare. A lui le laurier d'Apollon, soit qi», dsons ses audacieux dithyrambes, il déroule un langage nouveau, ets'en^iorte enrhythmes désordonnés; soit qu'il «honte les
•«..HoffiM» Cmrmina^ lit. IV, i>d« 3.
dieux et les enfants des dieux, ces rois dont le bras vengeur fit tomber et les Centaures et la flamme de la redoutable Chimère ; soit qu'il célèbre Tathlète ou le coursier que la victoire ramène d'Ëlide , chargés de palmes immortelles , et qu'il leur élève un monument plus durable que cent statues ; soit qu'il pleure un jeune époux ravi à une épouse désolée, et le dérobe à la nuit infernale , en élevant jusqu'aux astres sa force, son courage, ses mœurs de l'âge d'or. Toujours un souffle vigoureux soutient le cygne de Dircé, quand il monte dans la région des nues : pour moi... > Quintilien ne dit que quelques mots vagues, et s'en réfère d'ailleurs à l'arrêt par lequel Horace proclame Pindare inimitable. Quant aux modernes, et j'entends surtout parla nos écrivains des trois derniers siècles, ils n'ont guère fait en général que déraisonner k propos de Pindare , détracteurs , apologistes même. Disons pourtant que La Harpe n'est point tombé dans le travers commun : il a su rendre justice au génie du poète; et, ce qui vaut mieux encore, il a su expliquer et faire sentir quelques-uns des mérites de cette admirable poésie que niaient ses contemporains, sur la foi de Fontenelle et de Voltaire.
•des triomi^halei.
De tous les chants auxquels Horace fait allusion , de tous ces dithyramb&Sj de tous ces hymnes religieux, péans, prosodieSy parthénies^ de tous ces hyporchèmeSj de toutes ces odes enœmiastiques f de tous ces thrènes et de tous ces scolies^ qu'avait composés Pindare, rien ne reste que des lambeaux; mais nous avons les Odes triomphales^ 'Ei?iv{xia , et nous les avons toutes, et parfaitement conservées : Olympiques ^ PythiqueSf NéméenneSj Isthmiques. Ottfried MûUer pense que ce qui a sauvé ce recueil k travers les siècles, c'est la supériorité reconnue des pièces qui le composaient sur les autres ouvrages de Pindare. Mais Horace ne met pas au premier rang les chants de victoire ; et il est doifleux que Pindare se soit surpassé lui-même précisément quand il chantait des hommes qui pour la plupart ne lui étaient que des inconnus, et quand il prenait la lyre non par devoir, ou saisi
d'un transport subit, mais par intérêt ou par complaisance. S'il était besoin , pour expliquer la conservation des odes triomphales , de recourir k une autre cause que le pur caprice du hasard, je ne la chercherais pas dans cette hypothétique supériorité dont parle Mûller. Ces chants étaient, pour ainsi dire, les archives d*une foule de familles, qui descendaient ou prétendaient descendre des héros célébrés par Pindare : la vanité de ces familles, le culte des traditions antiques, devaient multiplier de préférence les copies de ces poèmes, et, par conséquent, diminuer pour eux les chances de destruction.
Caractère des odes trlomi^luile*.
Au reste, c'est là surtout que nous avons à chercher Pindare, si nous voulons nous faire une idée de son caractère et de son génie. Et d'abord, qu'on se garde bien de croire que le poète abdiquât jamais sa dignité d'homme, ni l'indépendance de ses jugements, alors qu'il se prétait à satisfaire les fantaisies plus ou moins vaniteuses de ses hôtes. Il donne fréquemment k ses héros de grandes et nobles leçons. D n'épargne pas les remontrances même à ses puissants et redoutables protecteurs, les Hiérou, les Arcésilas. Il proclame devant eux que la tyrannie est odieuse ' ; que le mérite et la vertu sont les seuls biens véritables, et qu'ils finissent toujours par triompher de l'aveuglement du vulgaire et de la calomnie * ; il montre comme unemenaceétemellementpendue sur la tête de ceux qui abusent de la force, le sort de Tantale, dixion, de Typhon, de Phalaris '; il réclame avec énergie contre l'injuste bannissement de Damophilus, qu'Arcésilas tenait éloigné de Gyrène, et qui vivait à Thèbes, soupirant en vain après son rappel \ Rien, dans Pindare, qui sente le complaisant vil ou le mercenaire. Partout et toujours le poète thébain est digne de se déclarer, comme il fait, l'interprète des
*, Pindare, Pjrthiqites, oden.