PREMIÈRES COMPOSITIONS EN PROSE
tfae les anciens ont cité d*Héraclite. Le livre d'Heraclite avait même pour titre les Muses , comme Hérodote nomma tussi son histoire. Il est vrai que la clarté n'était pas ce qu'on y prisait le plus. L'épithète d'obscur est souvent accolée, chez les anciens , au nom d'Heraclite. Mais ce reproche d'obscurité s'adressait probablement au philosophe beauomp plus qu'à l'écrivain , à la doctrine beaucoup plus qu'au style.
Anaxagore de Clazomènes, qui fut le maître de Périclès , tira la philosophie des fausses spéculations où l'avaient engagée les Ioniens et les Éléates , et établit le premier que le inonde n'était pas le produit d'une force aveugle et brutale. «Aussi, quand un homme proclama, dit Aristote, que, comme dans les animaux, il y avait dans la nature une intelligence , cause de l'arrangement et de l'ordre universel , cet homme parut seul jouir de sa raison , vu les divagations de ses devanciers. » Anaxagore avait écrit en prose, et dans le simple dialecte ionien, à la façon d'Anaximène, un -KtçX (pucecDc , dont les débris considérables nous permettent de nous faire une suffisante idée et de la tournure d'esprit de l'auteur y et du caractère de sa diction. L'argumentation d' Anaxagore est serrée , et les parties en sont disposées avec art. Il procède en général par synthèse, énonçant d'abord la proposition à démontrer, et administrant la preuve ensuite. Il n'y a rien chez lui qui ressemble à des périodes. Ses phrases sont courtes , mais non pas hachées : des particules forment la liaison et des phrases entre elles et des membres de phrase entre eux.
Antres philosophes.
J*L'urai indiqué , si je ne me trompe, tout ce qui regarde l'hi.toire littéraire dans les compositions en prose des premiers philosophes , si j'ajoute à ce qui précède que Diogène, d'Apollonie en Crète, avait écrit un traité de la Nature en diaiecte ionien ; que Hélissus de Samos parait avoir traduit
îS4 cHAPim. rf •
•B iftom iom«Biie les doetrines q«e Xéiiopbtne eit Psirmé- BÎde avaient exposées ea fvrs ; enfin , que Zenon d^tSëe, diseifkie ei ami de Parménide, avait développé les mêmes doeifines daea un ouvrage aussi en prose , oii il s'attachait soElouit k justifier la phiiosephie étéatique^ de sa dissondaiiBe avec les opiainnt vulgaines*.
A cAté de ces hommes , différents d'esprit et de talents , qm avaient essayé d'exprimer , dans la langue de tous, les raves de rimaginalion et les spéculaliekoa de la pensée, il j eau avait d'autres qui s'adressaient , non plus au sentiment ou à la. raison , mais k la curiosité , et qui aspiraient k donr ner k leuxs concitoyens des annales véridiques , purgées des mensonges ibrgés autrefois par la fantaisie des poètes. Ces hialoriens, sL Ton peut les nommer ainsi , ces logagraphês^ CMuma les appellent les anciens , ces collecteurs de tradi* tiims et de légendes , ne réussirent guère qu'k remplacer des faUes par d'autres &bles ; mais ils façonnèrent peu k peu la langue ionienne aux allures de la narration suivie , comme les philosophes la façonnaient k celles de l'argumentation et à la précision scientifique. Us créaient le style historique, sinon l'histoire, et ils préparaient les voies k Hérodote, comme les philosophes rendaient possible la merveille du style d'Hippocrate.
Tous les logographes ne sont pas des Ioniens ; mais tons ont écrit en langue ionienne , parce cpie c'est dlonie cpi' était partie l'impulsion , et parce que l'ionien était le seul dialecte qui eût des prosateurs : c'était l'idiome commua de tous les écrivains en prose , comme le dialecte épique , ou l'antique ionien, avait été,, durant des siècles, l'idiome commun des poètes grecs de tout pays , et comme il demeura }«sqn^au bout Fidiome dele po^ie narrative et de la poésie didactique.
UU^ eut l'honneur de produire le premier historien, eomme die anrait psoduit le premier phikûophe. L'anoUîsse^ ment des mœurs et l!a&ÎBaement àk courage avaient eoia-
PREMIÈRES GÛIIPCN»ifEia!fS EN PROSE. EU
{Ntomiftplas d'une £ois l'iiidépenda&ee des cites iankonai, pciess^ de tous côtés par des voisins pnissanta, et les ameni i^uites^ au rôle huraiUeBt de complaisAiites , sîaott d'esclttres, des meaacq^s lydiens d'abocd , et eoa«ite des maitres^ du grand etapir e. La haute peësie ai^ dû moiinr, et était morte , en lonie , mais non pas les facultés de TinteDigence. Les spéculations des philosophes ,»le& récits des kgographes, n'étaient, aux yeux des gouvernants , que d'innocentes rëcréatioBS ^ dent il ne follail w&ki phis prifiex! la fraie que de& «bants gracieiu de Mirnseume. et de ses p»nila.
Cadiaiiit} de MiJel avait choîsi uai vàfit poops^ àchai CQBiûtûyena : c^était l'hâsloine de la fondatioii de kvr vi&e natale ^ ou plutôt le recueil des fables* qui atraieni couia 8v lea aaerveitteuses origioes de Hilet. L'ouvrage de Gad^ of exiatait déjà plus dès le temips de Denya d^Haliait ^
Afiaailaua d'Aorgoa, Dorien, qui fut presque contemponui da Ca^*?^"* de Hilel , et <|ui prit son style peur medlUe , écsivit dan&la prenûèpe moitié du sixième siède avantmotut ère. Soa ouxnrage n'emhraaaait que la période m|jftbologi<|aa^et hâeoîqtte des traditions aneiennes. On peut se faite una iéie da la n»uiière de ce logographe , d'après ce met de QéflMit d'Akzaadiie , qu'il avait mis Hésiode en prose»
Hécatée de Milet, qui joua un rôle dans la révolte des" i9- CDStve Bucius en l'an 503-, aTait beaucoup voyagé et W^itftft^ vu« U publia les généalogies de quelques faimtes iflasbaes; noa pas seulement des listes denoma ptuaam moiaa.eonaua , mais le récit de toutes les actions eapahtas de reeommaiider ces noms à la mémoire des hommes. M essayait de ramener les aventures merveilleuses aux prepord'événeflMnto naturels, mais sans s'arrêter toujem, ïinlaifrétatioiiy aux Umitaa du vraisemblable. H avait
fait aussi une description du monde connu de son temps , TcepfoSoç Y>iç » ou Tour de la terre , dont les deux livres étaient intitulés , Tun Ewrope, et l'autre Asie. Les fragments d'Hécatée sont en ionien vulgaire; le style en est d*une simplicité nue , mais non pas sans mouvement ni sans grâce.
Phéréeyde de l.ér«0, CharoB et Blellanle«0.
Phérécyde le logographe, né à Léros , petite île voisine de la côte d*Ionie, florissait au temps des guerres Médiques. Il passa de longues années à Athènes, et il y recueillit les traditions relatives à l'histoire de l'Attique. Il est souvent cité par les mythographes anciens. Les généalogies athéniennes qu'il avait dressées descendaient sans interruption depuis Ajax jusqu'à Miltiade. D'après la méthode d'Hécatée, son modèle, à chaque nom étaient rattachés des récits où ces noms avaient place; et quelquefois même ces récits avaient un développement considérable. Ainsi , l'établissement de Miltiade dans la Chersonèse de Thrace lui avait fourni l'occasion de raconter l'expédition de Darius contre les Scythes.
Gharon, né à Lamsaque, colonie de Hilet, est un contemporain de Phérécyde de Léros. Il continua les recherches ethnographiques d*Hécatée, et il écrivit des ouvrages séparés sur la Perse, sur la Libye, sur l'Ethiopie et sur d'autres contrées. Il écrivit aussi une histoire, ou plutôt une sèche chronique, des événements de la guerre de Darius et de Xerxès contre les Grecs; ouvrage qui a fourni peut-être à Hérodote quelques renseignements précieux, mais non pas certes le modèle de cette narration et de ce style que nous admirons dans les Muses.
Hellanicus de Hytilène, Ëolien, qui florissait vers le même temps qu'Hérodote, écrivit, dans la manière d'Hécatée, de Phérécyde et de Gharon, des descriptions ethnographiques, des généalogies, des chroniques nationales et étrangères. Un de ses écrits contenait la liste des femmes qui avaient desservi, dès la plus haute antiquité, le sanctuaire de Junon à Argos, et le récit des événements plus ou moins authentiques auxquels s'étaient mêlées ces prétresses, ou dont Argos