DÉCADENCE DE LA TRAGÉDIE
ment on poêle dramatique : il avait écrit aussi des élégies , des chants lyriques, et même un ouvrage historique, en prose ionienne , où il avait rassemblé de curieux détails sur les aventures et la vie publique et privée de plusieurs personnages du temps, et de Sophocle lui-même.
Acbëus était d'Ërétrie. 11 ne remporta qu'une fois le prix ; mais il passe pour avoir excellé dans le drame satyrique, sinon tout k fait dans la tragédie : on le regardait, après Eschyle, comme le plus parfait auteur en ce genre. Le style d'Achéus était parfois, dans ses tragédies, un peu obscur et forcé ; et ses combinaisons de fables mythologiques , h n'en JDger que d'après les fragments mêmes de ses pièces, étaient bien autrement étranges encore, relativement à nos idées habituelles , que ces inventions tant reprochées à Euripide.
Agatbon d'Athènes , que les Alexandrins n'ont point porté sur leur liste, semble avoir été pourtant un poète dramatique d'une réelle valeur, et supérieur peut-être aux deux hommes que je viens de nommer. Il est probable que l'afféterie de son style lui aura nui dans l'esprit de ces critiques , bien plus préoccupés de l'expression de la pensée que de la force inventrice qui sait créer des œuvres nouvelles. Agathon débuta jeune au thé&tre, en l'an 416 ; et il mourut environ l'an 400, dans la force de l'&ge , en Macédoine. Il avait passé II la cour du roi Archélaûs d'assez longues années, car il s'y était trouvé en même temps qu'Euripide. Le dialogue de Platon intitulé le Ban^tMl n'est autre chosequ'uneconrersation qui s'était tenue, selon le philosophe, dans un souper donné par Agathon k ses amis , le lendemain du jour où Agathon avait sacrifié aux dieux, pour leur rendre grftces de sa première victoire dramatique, qui était aussi l'honneur décerné à sa premi^^ tragédie. Platon fait parfaitement connaître et l'élégance efféminée des mœurs d' Agathon, et la nature sophistique et raIBnée de son esprit. Il lui prête un discours fort spirituel, mais plein d'ornements recherchés et d'antithèses. Agathon semble pourtant n'avoir pas manqué, malgré ses défauts, d'habileté & combiner des éléments dramatiques, et & exciter l'intérêt par la nouveauté des tableaux et par le mouvement de la scène , sinon par la vérité et la profondeur
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DËGADEIfCE DE LA TRAGÉDIE. 315
emprunté à Homère. C'était le rachat du cadavre d'Hector, tableau plus d'une fois mis sur la scène par les anciens maîtres. C'est pour avoir dit la vérité sur les pièces de De* nys, que le railleur Philoxène avait été conduit aux Carrières. Elles ne valaient rien ; et pourtant Denys avait acheté les ta» blettes d'Eschyle à grand prix, et c'est sur les tablettes d'Esehyle qu'il déposait chaque jour les produits de sa muse. Soyez donc tyran, et même bel esprit, et même un peu poète! Je dois énumérer aussi les nombreux tragiques fournis par les familles d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide, savoir : Euphorion et Bien , fils d'Eschyle , qui remportèrent plusieurs fois le prix; Philoclès, son neveu, qui évinça du premier rang un des chefs-d'œuvre de Sophocle ; Morsimus, fils du précédent, poêle détestable ; Astydamas , fils de Mor* simus , poëte d'une fécondité prodigieuse , et qui remporta quinze victoires dramatiques ; un autre Philoclès et un autre Astydamas, tous deux fils de celui que je viens de nommer; lophon et Ariston, fils de Sophocle; Sophocle le jeune, fils d'Ariston; Euripide le jeune, fils ou neveu d'Euripide. Les contemporains semblent avoir fait quelque estime de la plupart de ces poètes ; mais les siècles suivants ont laissé périr leurs ouvrages , et tomber leur renommée dans un profond et étemel oubli.
roBle* trafique* du it« «lècle.
Aristote cite comme un auteur digne d'être lu Chérémon, qui florissait au commencement du quatrième siècle, et qui avait innové à sa façon dans la poésie dramatique. Chérémon avait mêlé tous les mètres dans une de ses pièces, intitulée le Centaure; étrange amalgame , et qu'il n'a pu se faire pardonner qu'à force de talent. Au reste, Chérémon était à peine un poète dramatique. L'action de ses tragédies était nulle; et les personnages n'y paraissaient que pour fournir à Chérémon l'occasion de parler lui-même sous leur masque. Ce n'était pas comme dans Eschyle, où les récits et les descriptions appartiennent réellement aux personnages, et suppléent à ce qui manque à l'action. Chérémon aimait surtout à peindre des objets capables de faire une agréable impression sur les
oopbocle et d*£uripide. Gbërémon i et rintérét dramatique par des ré ▼oici un , bientôt après , qui suppri.
les caractères, et les sentiments, et transforme la tragédie en un plai( sont des avocats qui soutiennent det les autres , et avec toute la science , ; des plus consommés sophistes ; et ce au théfttre. Il se nommait Théodecte .
et il florissait vers le milieu du quat d'une de ses pièces, intitulée lync^, gos. Danaûs et Égyptus étaient les d et le premier finissait par être condan talent déployé par Lyncée, dans la dé:
La tragédie était donc morte ; et elle Les pastiches tragiques des lettrés al< vains des bas siècles n'étaient pas fai même Tombre. Mais le génie dramatiq avec elle : il s'appliquait à d'aulres i grande comédie.
ANCIENNE COHËDIE.
OlKtlIEE BE LA COMÉDIK. — SOSABION. — COMEDIE DORIBHHB. — CARAC- TlU POLITIQDB DE LA COHÂDIB ATHillIEHHB. — VIE d'aRISTOPHAHE.— CAKACTftnK C'AHIBTOPHASE. — STÏLI d'aBJSTO PHASE. — IHTtlltTHlSTO-
liaUE DES COUÉBIBS d'aHISTOPEAHE. — COUtDIES L'aMSTOPHAUB. — DU
OVripEu connn delà poIeie d'amstophahe. — fo£tee comiques cok-
tElfPOilAIIlS d'aKISTOFBÀIIE.
a On connaît , dît Aristote au chapitre cinquième de la Poétique , les transformatioDS de la tragédie , et leurs auteurs; il n'en est pas de même de la comëdie, parce que, dans le principe, elle attira peu l'attention. Ce ne Â)t qa'assez tard que l'archonte donna un chœur aux poètes eomiqaes ; et tes auteurs ne dépendirent d'abord que d'eusm&nes. Mais, une fois que la comédie a pris certaines formes, on commence i citer les noms des poètes comiques. Ainsi, on ignore qui introduisit les masques et le prologue ; qui augmenta le nombre des acteurs ; et tous les détails de ce genre. Hais on sait qu'Ëpicharme et Fhormis invenlèrent la fable comique. Cette partie est donc d'origine sicilienne. A Athènes, Cratès fut le premier qui renonça à la satire personnelle , pour traiter des fables et des sujets généraux, ■
Il y avait en Attique , dès le temps de Solon et de Thespis, quelque chose qui ee nommait déjà comédie, mais qai n'était pas plus la comédie que la tragédie-dithyrambe ne ressemblait aux' drames de Sophocle et d'Euripide. C'était un chant de buveurs, le chant du comos, selon la plus vraisemblable étymologie. Toutes les fêtes se terminaient par un comos ou banquet ; mais ce mot désignait plus particulièrement le banquet des fêtes de Bacchus. Le dithyrambe était la partie grave et sérieuse de la solennité; mais la joie éclatait bien vite après que le poète s'était tu.
et que la ronde avait cessé. Une procession plus animée que recueillie promenait le phallus, emblème de la génération ; et les phallophores chantaient , comme on peut croire, des hymnes qui différaient quelque peu du récit des aventures héroïques de Bacchus. Les chants phalliques accompagnaient des danses désordonnées, et qui ne ressemblaient guère non plus à la ronde dithyrambique. Quand l'ivresse physique v^ait se mêler à cette ivresse de l'imagination et des sens ; quand les banqueteurs, tout pleins de leur dieu, tout hors d'eux-mêmes et saisis d'un frénétique délire, gambadant, gesticulant, trébuchant, se mettaient à chanter à tue-tête, s'injuriaient à qui mieux mieux, se poussaient, se battaient; quand on les voyait se barbouiller de lie, se grimer, se déguiser en bêtes ; quand ce tohu-bohu, cette espèce de carnaval, ce comos enfin, dansait et chantait à sa manière, on disait : Voilà la comédie ! Le mot comééU ne signifie en effet autre chose que chant du banquet; xcùfAcpSCa , de xwfAo; , banquet , et de ^>H , chant. Les campagnes avaient, comme les carrefours d'Athènes, des comédies de ce genre. Celle de la saison d'automne se nommait, comme de raison, trygédie, c'est-à-dire, chant des vendanges^ ; mais le mot comédie était le nom générique, et il finit par prévaloir sur tous les autres.
Ce fut un homme de génie, celui qui le premier essaya de ramener à des règles tous ces éléments confus, et de faire passer le chœur comique sous le joug de la Muse. Les Athéniens en attribuaient la gloire à un poète né à Mégare, mais qui avait vécu en Attique, Susarion, contemporain de Thespis. Il est même probable que c'est lui qui fit monter ses choreutes sur le tombereau attribué à Thespis , et qui promena par les bourgs, comme ditBoileau, cette heureuse folie. La comédie devint, entre ses mains, une satire dialoguée et chantée, avec accompagnement de danses appropriées
i . De T/st^/m Tendance, tl de cj^i^, ehani.
ANCIENNE COVÉDIE. 819
au sujet. Cette satire n*était ni moins licencteuse dans lea paroles^ ni plus résenrée dans les gestes , que ne l'avait été la primitive comédie. Mais le coryphée et sa troupe chun* taient ou parlaient en vers, tantôt récités par cœur, tantAl improvisés. Ce chœur comique se perfectionna peu à peu, insensiblement, par l'œuvre de poètes dont nous ne connaissons pas plus qu'Aristote la date et les noms. Mais la gfande invention, le perfectionnement par excellence, ce fut l'introduction de la fable, de l'épisode, comme on disait, de l'élément dramatique enfin, dans la comédie. Que ce soit la Sicile ou l'Attique qui ait vu la première s'opérer cette révolution littéraire, assurément peu nous importe : il nous suffit que c'est au temps où florissait Eschyle, c'est-k-dire dans le premier tiers environ du cinquième siècle, qu'on joua les premiers drames intitulés comédies. Nul doute que cet art nouveau ne soil^ né , à Athènes ou ailleurs , des succès fortunés du spectacle tragique, suivant l'expression de Éoileau : il est même assez étrange qu'on ait attendu si tard avant d'appliquer au chœur comique le procédé qui avait si merveilleusement réussi sur le dithyrambe, et qui en avait fait sortir, grâce à Thespis, à Phrynichus, à Pratinas, la tragédie et le drame satyrique.
Comédie dorlenae.
Êpicharme était un Dorien de Cos, mais il avait été transporté k Syracuse dès son bas ftge. Il vécut en Sicile h la cour de ces souverains dont j'ai si souvent parlé, qui attiraient auprès d'eux, de toutes les parties de la Grèce, les poètes, les musiciens, les artistes. Il était célèbre surtout comme philosophe. Voici l'inscription que les Syracusains avaient fait graver sur sa statue : « Autant le grand soleil l'emporte par son éclat sur les autres astres et autant la mer a une puissance supérieure à celle des fleuves, autant l'emporte par sa sagesse Êpicharme, à qui Syracuse a décerné des couronnes. > Il avait écrit un grand nombre d'cwvrages très-sérieux, et il passait pour le plus illustre repré^ sentant de l'école pythagoricienne. Il fut pourtant poll0.
.^ ^iu»e Torace ei msaiiaoïe. un aa rorîginal de Y Amphitryon de Plaute celui de Molière, était Tœuvre d*Ép] saurait du moins contester, c'est que Épicharme pour modèle. Horace le d il dit aussi que les admirateurs de F latin sur la même ligue que le poett remarque est de nature à nous faire perte des comédies d'Ëpicharme ; mai grets encore plus vifs, c'est qu'Horact entendre que Plaute, dans ses imitatio rienne, était resté bien au-dessous d( n'avons pas même de quoi, dans les tris d'Ëpicharme, contrôler sur aucun po admirateurs de Plaute, ou l'opinion race.
Épicharme fonda en Sicile une sorte plus célèbre des comiques siciliens, af Phormis. Nous le connaissons moins ei On conjecture seulement que Phormi les voies ouvertes par Ëpicharme, e comme celles d'Ëpicharme, étaient a^ mythologiques, des parodies antireligic
égayer les auditeurs. Mais Tintérét prédominant, sinon unique, de ses tableaux, c'était la critique des actes, des opinions, de toutes les fautes, de toutes les folies ; une critique acerbe, mordante, impitoyable, qui n'épargnait ni grand ni petit, ni le talent, ni le génie, ni la vertu même.
rignore, comme tout le monde, ce qu'étaient les pièces de Gratës, mentionné par Âristote ; mais je n'hésite pas à affirmer que Cratès fut essentiellement un poète politique. D en est de même de Gratinus et d'Eupolis, qui sont ran* gés, dans le canon alexandrin, parmi les classiques de l'ancienne Comédie, et qui précédèrent, mais d'assez peu, Aristophane. C'étaient, comme Aristophane, des moralistes à leur manière, et qui s'imaginaient aussi rendre de grands services k la chose publique et travailler dans l'intérêt du juste et de l'honnête. « Eupolis, Cratinus et Aristophane, dit Horace, et tous les autres poètes de l'ancienne Comédie, rencontraient-ils quelque caractère digne d'être dessiné, un méchant, un voleur, un impudique, un coupe-jarret, ou tout autre vaurien, ils ne se gênaient pas pour le signaler à tous ^ >
C'est au talent poétique de Cratinus et d'Eupolis que la comédie dut son installation au théâtre de Bacchus, sur le pied d'égalité avec la tragédie et le drame satyrique. L'archonte éponyme accorda enfin le chœur aux poètes comiques; et il y eut, pour la comédie aussi, des concours, et des prix solennellement décernés. On dit que Périclès obtint momentanément la suppression des représentations comiques, dont la licence choquait son goût délicat, et qui nuisaient, par la rude franchise des attaques, à ses desseins ambitieux. Mais le peuple ne put se passer longtemps des plaisirs accoutumés, et la comédie rentra, au bout de trois ans, dans tous ses privilèges. Il parait seulement qu'on imagina de refuser le chœur à tout poète qui n'était pas &gé de quarante ans au moins, selon les uns, ou de trente, selon les autres. On ne voulait pas laisser cette arme terrible de la censure politique et morale à des mains inexpérimentées. Mais