I . Hormee, Satires^ U?re I, uUre iv, Tcrs i et fuirants
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cette limite d'âge s'éludait sans trop de peine, à l'aide de prête-noms, ou grâce à des magistrats complaisants. Aa reste, quand Aristophane débuta dans la carrière, rers le commencement de la guerre du Péloponnèse, nul ne contestait plus aux poètes comiques le droit de traduire sur la scène tous les personnages vivants, avee le masque et le costume qui les rendaient à Tinstant reconnaissables ; le droit de les peindre et même de les défigurer ; le droit de médire de tout et de tous ; que dis-je ? le droit de calomnier, d'outrager, d'imputer aux plus honnêtes gens ou des actions oa des pensées honteuses.
La comédie était, sous une forme fantastique, l'image, ou, si l'on veut, la caricature de la vie publique des Athéniens; une répétition des scènes de la rue et de l'agora; quelque chose enfin de vif, de violent, de populacier; un composé d'ordures, d'obscénités, de mensonges, de folies, de bon sens, de vérités, de peintures souvent pleines de charme, de fraîcheur et de grâce; un monstre sans doute, mais un monstre athénien, c'est-à-dire la beauté encore, quoique souillée et flétrie par d'impurs éléments. Aussi les hommes seuls assistaient-ils à ces représentations, où se remuaient tous les intérêts, toutes les passions, toutes les idées, et oii les femmes et les enfants n'auraient trouvé que des leçons de cynisme et d'immoralité. Aristophane fut le maître du genre; et, comme il est le seul poète comique de l'antiquité grecque dont nous ayons autre chose que des débris, nous devons nous arrêter quelque temps sur ce nom fameux.
'Vie €^JLrlstopliMie.
On ne sait ni en quelle année Aristophane naquit, ni en quelle année il mourut. On croit seulement qu'en 427, quand il fît représenter sa première comédie, il n'avait pas encore l'âge légal pour être apte à obtenir un chœur, c'està-dire, selon toute vraisemblance, qu'il n'avait pas encore trente ans. Aussi fit-il recevoir sa pièce sous un nom d'emprunt; et il usa plusieurs fois, avec les archontes, du même subterfuge. Les Nvées^ jouées en 424, sont, conune il le dit
AlfCIENlfE COlfEDIE. 323
lai-ménie dans la parabase, c'est-à-dire dans l'endroit de la fièce où il parle directement par la bouche du chœur, la première comédie qu'il ait donnée sous son nom. Le PlntuSy son dernier ouvrage, ou du moins le remaniement du Plutus ^sa remise au théâtre, est de l'an 390. A partir de ce temps, ou Aristophane est mort, ou il a cessé tout commerce avec la scène.
On croit que la famille du poète était originaire de l'tle de fthodes; et il est possible que lui-même il ne fût pas né en Attique. Le démagogue Cléon, qu'il avait attaqué dans sa première comédie, intitulée les Babyloniens^ que nous n'avons plus, chercha à se venger de ses sarcasmes, et l'accusa de n'être pas citoyen d'Athènes. Mais Aristophane échappa heureusement aux poursuites de son ennemi , et se vengea à son tour, en traduisant Cléon , de sa personne, sur le théâtre, et en l'y flagellant sans pitié. C'est Aristophane luimême qui joua le rôle de Cléon, aucun acleur n'ayant eu le courage de s'exposer aux ressentiments de cet homme vindicatif et presque tout-puissant.
Aristophane est un adversaire de toute nouveauté, bonne ou mauvaise, en politique, en morale, en Uttérature. Tel il s'est montré dès son début, en gourmandant le peuple , et en frondant ses favoris ; tel il est resté durant toute sa carrière. C'est le plus aristocrate des poètes, malgré ses semblants de respects pour la multitude ; et le peuple est un des personnages dont il a le plus souvent et le plus heureusement persiflé les vices et les travers. Aristophane lui adresse à chaque instant les plus sévères leçons; et ce mentor étrange prodigue tant de sel et tant d'tsprit, qu'on l'écoute et qu'on lui pardonne : il se fait applaudir par ceux-là mêmes sur lesquels il frappe à coups redoublés. «Jamais aucun souverain, dit W. Schlegel, et le peuple d'Athènes en était un dans ce temps-là, ne s'est laissé dire d'aussi bonne grâce des vérités aussi fortes, et n'a mieux entendu la plaisanterie.» Mais je doute fort que ce souverain ait fait grand
profit, pour s'amender, de ces réprimaiides si vertement et si joyeusement administrées. U est allé se corrompant de jour en jour davantage ; et la comédie, en assaisonnant de poisons et d'ordures le bon sens et la vérité, n'a travaillé, en définitive, qu'à l'avilissement des mœurs, à la destraction des idées saintes, à l'abaissement des caractères. Je condamne donc, et en soi et dans leurs résultats pratiques, les moyens employés par Aristophane pour se faire accueillir de ses contemporains ; et je n'examine pas même s'il lui était loisible d'en employer d'autres, et d'épurer la comédie.
Aristophane n'est certes point le plus grand des comiques. Mais nul satirique ne l'a jamais égalé, ni dans l'antiquité, ni dans les temps modernes ; nul homme n'a jamais été .doué d'une imagination plus puissante et plus féconde ; nul poète n'a jamUis réuni en sa personne plus de qualités opposées: la verve sarcastique et la rêverie, le calcul de la raison et les élans lyriques, la fougue indomptable de la pensée et l'exquise perfection de la forme ; nul poète enfin n'a jamais été plus complètement poète qu'Aristophane. Et on ne peut pas même dire qu'il a traîné la Muse dans la fange: c'est la fange, que son esprit a pétrie, façonnée, dorée, animée du souffle de la vie, et qu'il a rendue digne, s'il est permis de profaner ce mot, des regards et des embrassements de la Muse. La Bruyère disait du livre de Rabelais, que c'était le charme de la canaille, et que ce pouvait être aussi le mets des plus délicats. Mais il n'y a que la canaille athénienne, c'est-à-dire le plus fin, le plus spirituel, le plus dédaigneux, le plus lettré des peuples du monde, qui fût en état de dignement goûter Aristophane. Les plus délicats ont été de tout temps les plus décidés admirateurs du génie de ce grand poète, à commencer par Platon, et à finir par l'auteur du Télémaque. Platon, qui avait fait figurer Aristophane au banquet d'Âgathon, et qui lui avait prêté un discours digne tout à la fois de son esprit et de son cynisme, écrivit, après sa mort, cette épigramme, qui n'a rien de trop exagéré : « Les Grâces, cherchant un sanctuaire indestructible, trouvèrent l'âme d'Aristophane. »
n est vrai que Platon n'a pas connu les poètes de la Comédie nouvelle. Peut-être eût-il moins admiré Tatticisme d'Aristophane y s'il avait eu pour point de comparaison l'atticisme de Ménandre. Ce qui reste de l'ouvrage de Plutarque sur les deux grands comiques de la Grèce, nous montre que Ménandre avait fait tort à Aristophane, et que la comédie de mœurs, c'est-à-dire la vraie comédie, avait rendu les esprits plus délicats, et plus sévères, par conséquent, dans l'appréciation des mérites de la comédie-satire. «Le style d'Aristophane, dit Plutarque, est un mélange de tragique et de comique, de suhlime et de bas, d'enflure et d'obscurité, de sérieux et de badin, qui va jusqu'à la satiété : c'est, en un mot, une inégalité continuelle. Il ne donne pas à ses personnages le ton qui convient à leurs caractères : chez lui, un prince parle sans dignité, un orateur sans noblesse; unefemme n'y a pas la simplicité de son sexe ; un bourgeois et un paysan, le langage commun et grossier de leur état. Il les fait tous parier au hasard, et il leur met à la bouche les premières expressions qui se présentent ; en sorte qu'on ne peut distinguer si c'est un fils ou un père qui parle, un homme rustique, un dieu, une femmelette ou un héros.» Il est probable que Ménandre observait mieux qu'Aristophane la venté des caractères, et que ses personnages avaient plus de tenue, une harmonie de sentiments plus parfaite, et qu'ils parlaient toujours le langage même de la nature. Voilà ce qui a fait porter à Plutarque ce jugement plus que rigoureux sur un poète qui n'eut jamais d'autre but que de soulever le rire, et qui traçait non point des portraits vivants, mais des charges de la réalité. Il y a donc bien des réserves à faire sur cette impitoyable condamnation. Le style d'Aristophane ne doit point être confronté avec un idéal comique qu'Aristophane n'a pu deviner. C'est en lui-même qu'il le faut sentir, c'est aux effets produits qu'il le faut mesurer, c'est-à-dire à la force des coups satiriques, à la verve du sarcasme, au succès du fou rire. Même encore aujourd'hui, il ne tient qu'à nous de nous convaincre qu'Aristophane fut bien le favori des Grâces, et que Platon n'a point à rougir de son épigramme.
sohi contraste des sujets traita attention qu'à l'expression del au choix des termes, à leur poai à rharmonie intérieure de cetfi sicale : c'est la même vigueur < tact infaillible, la mêmeplénitu grâces et le même charme ; c'e sommé. Le seul défaut du styU n'en est un que pour nous, c'est ( saisissait à l'instant la malice d( ne voyons trop souvent que d'indé encore que, de tous les mérites dans cette diction à la fois savan d'Aristophane, les plus grossier ceptibles; mais, en dépit de tan gré l'imperfection de nos connt quelque chose encore de ce pari était comme la naturelle émana dent est imprégnée toute la poéi ou^'nulle part, qu'il peut nous éti qu'était Tatticisme tant célébré {
t notre ère, dans la société athénienne. Les comédies istophane sont la gazette, si j'ose ainsi dire, de la cité ériclès, durant sa période la pins turbulente, la plus ilie d'événements, la plus féconde en péripéties. Mais gazette a été écrite par un homme de parti: c'est assez qu* Aristophane est loin de toujours mériter créance, et »es assertions ont généralement besoin d'être soumises contrôle sévère. Cicéron a eu raison de le remarquer : rtialité des poètes de la Comédie ancienne avait quelque i de révoltant. Médire des Gléon ou des Hyperbolus, î encore; mais calomnier un héros comme Lamachus, ige comme Socrate, un homme d'État comme Périclès ! t évident que si nous n'avions qu'Aristophane pour renseigner sur ceux-là mômes qui furent l'honneur et )ire du peuple athénien, nous courrions risque de tomans d'étranges bévues. On conte pourtant que, Denys ne voulant connaître le gouvernement d'Athènes, Plali envoya les comédies d'Aristophane. Mais Platon lui- B n'était pas exempt de préjugés politiques. Gomme ophane, il détestait la démocratie : il n'est donc pas surprenant que la caricature ait eu à ses yeux les traits tableau véritable, et qu'il l'ait donnée pour telle auty- Quant k nous, que rien n'aveugle plus sur les mérites 3 défauts des personnages joués par Aristophane , et 'aspirons point à réformer les mœurs et les institutions athéniens, nous ne devons accepter les renseignements is par le poêle satirique que sous bénéfice d'inventaire. 5 avec ces réserves, il reste beaucoup à puiser dans ses îs ; et l'histoire peut se féliciter, elle aussi, de l'heureux •d qui en a préservé une portion si considérable. Le \ a traité Aristophane avec autant de faveur, peu s'en ju'Euripide même. De cinquante-quatre comédies, ou, d'autres , de quarante-quatre seulement , il nous en onze, et qui se sont conservées jusqu'à nous dans un t état d'intégrité. Ces on^e comédies, ou, si l'on veut, ize satires, se peuvent partager en groupes, à peu près e il suit. Satires politiques : les Achamiens^ les Cheva^ la PaiXj Lysistrate ; satires philosophiques : les Nuées^
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les Guêpes^ Y Assemblée des Femmes j Plutus; satires litléraires: les Fêtes de Cères^ les Grenouilles. Une seule pièce, les Oiseaux^ ne rentre dans aucun de ces trois groupes. C'est une sorte de revue critique, où tout est mêlé, politique, philosophie, littérature, mille choses encore, et dont le but n*est pas très-nettement indiqué. C*«est de la fantaisie, bien plus que de la polémique ; c'est de la poésie qui ne vise guère qu'à être de la poésie et à charmer l'imagination des hommes.
Aristophane est un partisan de la paix, et même de la paix à tout prix. La guerre suscitée, selon lui , par Périclès, et que la mort de Périclès n'avait point suspendue , ne pouvait aller à ses goûts. Il essaya, en 426, de ramener ses concitoyens à des sentiments plus calmes, et de leur démontrer qu'un bon accommodement avec les ennemis était préférable à cent victoires désastreuses. La rude population du dème d'Acharné, composée presque tout entière de bûcherons et de charbonniers, était la plus animée contre les Lacédémoniens, la plus infatuée de passions belliqueuses. On voit pourquoi Aristophane a mis en scène des hommes d'Achame, et pourquoi la pièce porte ce titre, les Achamiens. Donc, l'Acharnien Dicéopolis, c'est-à-dire, comme l'indique son nom, le bon citoyen, l'homme de bien qui connaît les droits et les devoirs de la justice, est un ami 'de la paix comme Aristophane. Voyant qu'il ne peut faire partager ses idées à personne, il imagine de conclure un traité avec les Lacédémoniens, pour lui seul et sa famille. Pendant que tout le reste de l'Attique souffre mille maux, sa maison devient un séjour de plaisirs et de bombances. Tous les habitants des contrées voisines de l'Attique apportent en foule leurs denrées au marché ouvert par Dicéopolis. Une irruption soudaine des ennemis appelle les Athéniens aux combats : Dicéopolis, qui a fait sa paix, ne s'occupe que d'un pique-nique où il doit ce jour-là prendre part. D'un côté du théâtre, le général Lamachus prépare son harnais de guerre et tout l'attirail de la tuerie; de Tautre, Dicéopolis fait plumer la grive et
apporter le pot au vin. On part des deux côtés, mais pour revenir bientôt : Lamachus, la tête fêlée, le pied brisé, geignant et se lamentant, soutenu par deux de ses soldats; Dicéopolis, conduit par deux jeunes filles complaisantes, riant, chantant, se gaudissant, ivre déjà et buvant encore.
En 425, Aristophane donna les Chevaliers ^ pièce ainsi nommée à cause des personnages qui formaient le chœur, et qui étaient d*une classe de citoyens particulièrement odieuse à Cléon : c'étaient les chevaliers qui lui avaient fait rendre ses comptes, et dégorger cinq talents , qu*il avait pris indûment pour lui. Voici , en quelques mots , l'esquisse de la comédie. Le vieux bonhomme Peuple a deux esclaves fidèles et dévoués , Démosthène et Nicias; mais Cléon , un de leurs camarades, un Paphlagonien, un corroyeur, un vil scélérat, s'est emparé de l'esprit du vieillard , et le gouverne à son gré. Pour combattre l'influence du corroyeur, les deux esclaves fidèles se servent dVn charcutier, plus fripon, plus outrageux , plus impudent encore que Cléon , et que les oracles destinent au gouvernement de la république. Le charcutier , aidé du chœur , triomphe de son rival. Cléon est chassé comme indigne , et dépouillé de tous ses honneurs. Peuple , miraculeusement rajeuni, ne veut plus entendre parler de charlatans et de démagogues : le charcutier lui-même quitte désormais son caractère d'ignoble coquin, et sert consciencieusement son maître.
La Paix est de l'an 420. Il y avait onze ans que durait la guerre. On avait ri des Achnrniens , mais on avait continué à se battre. La mort de Cléon , qui s'était bravement fait tuer à Amphipolis , était une occasion favorable pour reprendre le thème pacifique au théâtre ; et Aristophane ne manqua pas d'en profiter. Vigneron , le principal personnage de la comédie, monte au ciel sur un escabeau : il n'y trouve que Mercure, pour lui rendre raison des maux dont la Grèce est affligée. Mercure révèle à Vigneron que la Paix est prisonnière au fond d'une caverne , dont l'ouverture est obstruée par des monceaux de pierres. Vigneron , aidé de citoyens de tous les pays , délivre la déesse : la joie et les fêtes renaissent de toutes parts ; les armuriers seuls sont
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des principales villes grecqi terdire toute accointance a clusion de la paix. Cette an délie d'Athènes. Les homm situation fort embarrassant maintient pas sans peine la i entre en pourparlers ; on conc et Athènes négocient leur ti s'ouvrent ; chaque mari rétro pies grecs oublient, dans les i gués et implacables inimitiés.
Si Ton pouvait retrancher et substituer à ce nom révéi phistes qui pullulaient en ce si bout à Tautre à cette comédie s bien Socrate qu'Aristophane a odieux ; ce sont bien les idée:
sonnifier dans ces nuées qui c et c'est à l'école de Socrate , phistes, qu'il envoie Strepsiad à prouver que le jour est la n pour se rendre exn»*^ -*- "
ANCIEÏINB COHÊDIE. 3^1
phane et Soerate conversant, au banquet d*Agathon, en 416^ eomme deux bons camarades dont rien n'a jamais trouble Tasiîtié. Mais il faut bien le dire, la comédie dut avoir une fatale influence sur le sort du philosophe. Elle fit naître et elle nourrit , durant de longues années, des préventions contre lui : c*est là qu'Anytus et Mélitus puisèrent le texte de leurs accusations , et les juges probablement les motifs de la sentence. Les vingt-cinq ans écoulés entre l'apparition des Nuées et la mort de Socrate ont fait germer et mûrir les semences jetées dans le peuple par Aristophane ; et Téchec théâtral fut malheureusement trop compensé par le succès littéraire.
Les Guêpes , si connues par la charmante imitation qu'en a faite Racine dans les Plaidevâ'Sf sont une leçon adressée au peuple athénien , et non pas seulement, comme la pièce française , le portrait d'un juge maniaque. En 425 , quand Aristophane écrivit sa comédie, tout citoyen âgé de trente ans pouvaitétreélu membre des tribunaux, qu'on renouvelait tous les ans; et tous les Athéniens avaient la passion de gagner les trois oix>les que Périclès avait fait autrefois décréter pour le salaire delà journée des juges. Or, Aime-Gléon, c'est-k-dire le peuple, est devenu presque fou à force de juger. Hait- ClÀ)n , son fils , le fait enfermer et garder à vue par deux esclaves. Le vieillard cherche à s'évader, et appelle à son secours les juges ses amis , qui sont déguisés en guêpes et armes de l'aiguillon , comme insectes toujours prêts à piquer. Bataille entre les gardiens d'Aime-Cléon et les guêpes. Hait-€léon intervient , et persuade à son père de rester à la maison , où il jugera tous les délits domestiques. Jugement du chien Labès , qui a volé dans la cuisine un fromage de Sicile. Par méprise, Aime-Cléon absout le coupable , et s'en désespère ; mais son fils le console , et le vieillard finit même par se transformer en un bon vivant , joyeux et égrillard.
L'Assemblée des Femmes est la critique des utopies de quelques philosophes qui avaient rêvé , avant Platon , une r^ublique idéale. C'est une satire toute morale, malgré l'immoralité de plusieurs scènes ; je veux dire que le po^ n'y fait nulle part de la politique militante. La date de l'ouvrage en explique la raison. Après la prise d'Athènes ^^>:
Lysandre et rétablissement de la tyrannie des Trente » un décret interdit aux poètes comiques de désigner par son nom aucun personnage vivant , et de faire usage de la parabase, c'est-à-dire de parler directement aux spectateurs par la bouche du coryphée. V Assemblée des Femmes est de l'an 393, suivant une conjecture parfaitement probable. La loi des Trente n'était pas rapportée; et on ne la rapporta point, on l'aggrava au contraire de jour en jour.
Les femmes d'Athènes, conduites par Praxagora, se déguisent en hommes , et s'introduisent dans l'assemblée du peuple. Fortes de leur nombre, elles font passer un décret qui dépouille les hommes du gouvernement , et elles établissent une constitution nouvelle , fondée sur la communauté absolue, et sur la suprématie du sexe féminin. De là une suite de scènes fort gaies , oii le poète dépeint la confusion produite par le mélange des biens, par la promiscuité des femmes et l'égalité de droit en amour , concédée aux vieilles comme aux jeunes , aux laides comme aux jolies. La conclusion, qu'il ne tire pas , saute d'elle-même aux yeux , tout étincelante à la fois de poésie et de raison.
Le Plutus se sent , bien plus encore que Y Assemblée des Femmes^ des effets de la loi portée par les Trente. On l'avait représenté en 409, plusieurs années avant la loi ; mais, pour le remettre au théâtre en 390 , Aristophane supprima la parabase et les chœurs même. Sans doute il effaça aussi plus d'un trait licencieux ; car, dans la pièce telle que nous la possédons , quelques mots malsonnants rappellent seuls les gravelures des autres comédies. Il est à croire qu'on avait dès lors étendu au chœur tout entier la proscription dont la parabase seule était primitivement frappée , et que déjà le chœur se taisait honteusement, comme dit Horace, dépouillé qu'il était du droit de nuire. Au reste, le PliUm est bien fait pour donner gain de cause à ceux qui blâment dans Aristophane la personnalité des injures , l'indécence des tableaux et l'obscénité du langage. Cette comédie , pour être moins libre, n'en est ni moins piquante, tant s'en faut, ni moins animée ; et c'est peut-être la mieux conduite , la mieux composée , la plus dramatique des pièces d'Aristophane.
PlutuSy c'est-à-dire Richesse (ce mot en grec est du masculin), est aveugle. Un pauvre homme , nommé Chrémyle , est allé demander à Toracle d* Apollon comment il devait s'y prendre pour s'enrichir. Le dieu lui dit d'emmener avec lui la première personne qu'il rencontrera hors du temple. Chrémyle rencontre Plutus , et l'emmène. Mais Plutus n'y voit pas; et ce n'est point le compte de Fhonnéte Chrémyle, que tant d'intrigants et de coquins profitent des largesses du dieu. Il entreprend donc de rendre la vue à Plutus ; et, pour cela, il le conduit au temple d'Esculape. Le miracle s'opère : les gens de bien seuls vont avoir désormais la richesse. Les métamorphoses ne se font pas attendre; et Aristophane en fait passer successivement plusieurs sous nos yeux , des plus comiques et des plus divertissantes.
Aristophane détestait Euripide. Il voyait en lui , autant pour le moins qu'en Socçate, un sophiste dangereux, un novateur, le corrupteur du bon goût et de la morale antique. Déjà, dans les AchamienSy il s'était* spirituellement moqué des gueux tragiques , en envoyant Dicéopolis chez Euripide, emprunter les haillons de Télèphe, pour émouvoir, à l'aide de cette défroque , le peuple athénien qu'il voulait haranguer. C'est la misogynie d'Euripide , et , en général , la morale relâchée de ses héros et de ses héroïnes , qu'Aristophane tourne en ridicule dans les Fêtes de Cérès. Les femmes sont réunies dans le sanctuaire de la déesse , dont l'entrée , à certains jours solennels, était interdite aux hommes; elles méditent de se venger d'Euripide, leur ennemi. Euripide, pour conjurer l'orage, prie le poète Agathon de se déguiser en femme, costume sous lequel il ne courra pas risque d'être reconnu , vu son extérieur et ses manières efféminées , et d'aller au temple prendre sa défense. Sur le refus d' Agathon , Euripide y dépêche Mnésilochus , son propre beaupère. Mnésilochus est bientôt reconnu, et on lui fait un mauvais parti. Euripide essaye de le délivrer. Après divers stratagèmes inutiles , le misogyne conclut avec les femmes un traité de paix : il s'engage à ne plus médire d'elles, et il obtient la liberté de Mnésilochus.
Cette pièce est pleine de parodies d'une foule de passages
d'Euripide. Ces parodies , dont le sel n*a plus pour nous beaucoup de saveur, semblent n'avoir été que médiocrement du goût des Athéniens. Quoique le poëte eût tout mis en œuvre pour leur plaire, et quoique nulle de ses pièces n'ait plus de vivacité et d'entrain ; enfin , malgré des priapées qui ne sont ni moins audacieuses , ni répandues avec moins de profusion que dans LysistrcUe , les Fêtes de Cérès n'eurent pas plus de succès, en 412, que les Nuées ea 424. Aristophane les remania aussi : nous ne savons pas même s'il parvint à les faire reparaître au théâtre ; mais nous sar vous que notre texte est la première version de la comédie.
Les Grenouilles , nouvel assaut livré k la gloire d'Euripide , en 466 , ou au plus tard en 405 , trouvèrent plus de faveur, malgré l'engouement des Athéniens pour les œuvres du poète mort naguère en Sïacédoine. Il faut dire qu'Aristophane s'y est maintenu à peu près dans les bornes per^ mises ; que sa critique, pour être vive, n'est pas taojours injuste ; que le ton de la pièce est décent, et que l'admiration du poëte pour Eschyle et Sophocle y tempère l'odiaii de son acharnement contre Euripide.
Eschyle, Euripide et Sophocle sont morts, Agathon a quitté Athènes. Bacchus, dégoûté des tragédies qu'on joue dans ses fêtes, va aux enfers chercher un tragique digne de lui. n part , travesti en Hercule , mais non pas armé du courage que suppose un tel nom. Son esclave Xanthias, monté sur un Âne , n'est ni moins poltron, ni moins amusant. Après avoir traversé le Styx, au milieu des grenouilles coassantes, Bacchus arrive aux enfers. Il y trouve tout en émoi» Euripide y disputait le trône de la tragédie, occupé depuis longtemps par Eschyle. Eschyle défendait avec une vigueur invincible sa domination menacée. Bacchus assiste en juge à ce grand débat. II fait exposer aux deux parties tous leurs argumaits; et , sur l'invitation de Pluton , il prononce la sentence. C'est à Eschyle que Bacchus décerne l'empire ; c'est lui qu'il emmène sur la terre. Euripide n'a pas même la satisfaction de remplir aux enfers l'interrègne : pendant l'absence d'£lschyle , le sceptre tragique restera aux mains de Sophocle.
La dernière pièce dont il nous reste à parler, les OisetmXf
est de Van 415. Deux Athéniens , Fidèle-Ami et Bon-Eqpoir, quittent respèee humaine, pour aller vivre parmi les oiseaux. Ceux-ci veulent se venger sur les deux arrivants des injures que leur ont faites les hommes. Les deux Athéniens se tirent d'affaire, en démontrant à la gent emplumée sa supériorité sur tous les êtres vivants. Ils persuadent aux oiseaux de bâtir une grande ville dans les airs ; et bientôt accourent dans le nouvel État toutes sortes d*hôtes non conviés, prêtres, devins, poètes, législateurs, etc. On les renvoie chacun chez eux. On crée des dieux à l'image des oiseaux , et en bloque l'ancien Olympe , afin que l'odeur des offrandes n'y parvienne plus. Les anciens dieux , réduits à l'extrémité , sont forcés d'en passer par le& conditions qu'on leur pose; et l'empire du monde reste aux oiseaux.
Cette espèce de féerie, oii le poète transforme tout, et dispose à son gré de l'univers ; cette satire universelle, qui a tant de buts qu'elle n'en a pas ; cette merveille fantastique, où la raison trouve sans cesse à applaudir, est la plus charmante composition d'Aristophane. « C'est, dit W. Schlegel, une poésie aérienne , ailée , bigarrée , comme les êtres qu'elle dépemt. C'est le jeu innocent, dit encore le même critique, d*une imagination pétulante et badine, qui touche légèrement à tout, et qui se joue de la race des dieux comme de celle des hommes , mais sans se diriger vers aucun but particulier. y>
Va côté peu eonmi die la poésie dl^JurUitepliaiie.
Je ne saurais quitter Aristophane sans citer un morceau pour le moins à Tappui de quelques-unes de mes assertions; et, comme on ne conteste guère au poète d'avoir excellé dans le dialogue, ou même dans la narration comique, je choisirai de préférence quelque chose de quasi-sérieux , une sorte d'idylle demi-lyrique , où Ton respire les plus fraîches senteurs de la campagne ; un délicieux tableau des douceurs de cette paix tant souhaitée d'Aristophane, et qui fut si lente à venir, c II n'est rien de plus agréable , quand les semailles sont faites, que de voir Jupiter verser la pluie, et de se dire entre voisins : Dis-moi , que faisons-nous à cette
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heure 9 cher Gomarchide ? Mon avis est de boire, tandis que le dieu fait si bien nos affaires. Allons, femme, fais griller trois chénices de fèves ; mêles-y du froment ; va chercher des figues. Que la Syrienne rappelle Manès des champs; car il n'y a pas moyen d*ébourgeonner la vigne aujourd'hui , ni de briser les mottes , vu que la terre est toute trempée. — Et qu'on apporte de chez moi la grive et les deux pinçons. Il doit y avoir aussi du petit-lait, et quatre morceaux de lièvre, à moins que le chat n'en ait volé hier au soir ; car j'ai entendu à la maison je ne sais quel bruit, quel remue-ménage. Enfant, apportes -en trois pour nous, et donnes-en un à mon père. Demande à Eschinade des branches de myrte, de celles qui ont des fruits ; et, par la même occasion, car c'est sur le chemin , qu'on appelle Charinade , afin qu'il boive avec nous, tandis que le dieu nous rend si bien service et féconde nos labours. — Quand la cigale chante son doux refrain, j'aime à visiter mes vignes de Lemnos , pour savoir si elles commencent à mûrir, car c'est un plant hâtif; j'aime à voir se gonfler la jeune figue ; et , quand elle est mûre, je la mange, et la savoure, et m'écrie : Jours de bonheur' ! » C'est bien là un de ces ilôts de pure et gracieuse poésie, qu'on voit sortir, comme dit un spirituel critique, du milieu d'un fleuve d'imagination burlesque, amphigourique et ordurière.
Aristophane, durant sa carrière dramatique, rencontra de nombreux rivaux, sans compter les deux poètes qui avaient débuté avant lui , Cratinus et Eupolis. Les critiques anciens ne parlent pas avec beaucoup d'éloges de Phrynichus le comique, de Magnés, d'Hermippus, d'Amipsias, de plusieurs autres poètes aussi peu connus aujourd'hui , qui l'emportèrent plus d'une fois, dans le concours des comédies, sur Cratinus, sur Eupolis, sur Aristophane lui-même. Les Alexandrins n'ont admis dans leur liste , après le nom d'Aristophane , que ceux de Phérécrate et de Platon le comi*