‹ Histoire de la littérature greequeChapitre 96 sur 137 · ORATEURS DE LA FIN DU CINQUIÈME SIÈCLE AV. J. C · texte numérisé non relu

ORATEURS DE LA FIN DU CINQUIÈME SIÈCLE AV. J. C

n*y est pas beaucoup visible. Les trois autres eux-mêmes 06 sont guère plus dignes d*Antiphon. D'abord, on y chercherait en vain quelque chose qui ressemble à Téloquence ; et, au lieu de cette plénitude de pensées , de cette gravité, de cette majesté, dont on prétend qu*Antiphon avait enseigné le secret à Thucydide, on y trouve en abondance, et dans le style et dans la diction, les défauts de Fécole de Gorgias, les antithèses, les désinences symétriques, et toutes ces combinaisons de mots et de syllabes dont les sophistes étaient si fiers. Le moins mauvais des trois , le plaidoyer pour un Mitylénien accusé d'avoir assassiné en voyage un certain Hérode, en est lui-même infecté. Si ce discours est d'Antiphon, il faut ou que Thucydide nous ait trompés, ou que l'orateur ait été sujet à des chutes bien extraordinaires. Le Rhamnusien devait écrire pour ses clients des discours un peu plus pathétiques et un peu moins affectés que le plaidoyer pour Hélos de Mitylène. Peu nous importe d'ailleurs d'où viennent et ce discours et les deux autres, et surtout les troi» tétralogies.

La vie d'Ândocide forme avec celle d'Antiphon un frappant contraste. Il était né à Athènes en 468. Sa jeunesse fut livrée à de folles dissipations , son ftge mûr à toute sorte d'intrigues, et la vieillesse même ne le rendit pas sage. II acquit, par son talent, l'autorité que ne pouvaient lui donner ses vices. Il fut un des citoyens chargés de négocier, avec Lacédémone, la paix de trente ans qui précéda la guerre du Péloponnèse. En 415, il fut enveloppé avec Alcibiade dans une accusation de sacrilège , à propos de la mutilation des Hermès et de la profanation des mystères. Il s'en tira en accusant à son tour d'autres personnes qui n'avaient point été soupçonnées, et en profitant des privilèges accordés aux révélateurs. Il semitensuiteàcourirlemonde,et il s'enrichit par toute sorte de moyens. Rentré à Athènes, il en fut chassé par les Trente, et il n'y revint qu'avec Thrasybule. On reprit jàus tard contre lui la vieille accusation de sacrilège; et, à

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Boixaiitfr-huit ans, il lui fallut défendre sa vie de nouyeas menacée. U échappa cette fois encore ; mais il prit le parti de quitter sa patrie» oii presque tous les gens de bien étaient ses ennemis, et il alla mourir en exil, sans doute dans llie de Gypre, auprès de son ami le roi Ëvagoras, & qui il avait vendu à deniers comptants une petite-fille du juste Aristide, ta propre cousine et sa pupille.

Cet homme méprisable et méprisé se transformait à h tribune, ou en face de ses accusateurs, et faisait oublier, à force de talent, toutes ses turpitudes. Ce n'était pas une éloquence impétueuse, ni ces mouvements sublimes qui ne partent que des grandes âmes. C'était un courant pur , limpide, d'une rapidité modérée ; une clarté^ d'exposition pa^ laite, un style sans aucun apprêt, simple, naïf, le style de la vieille école, et je ne sais quel parfum d'innocence qui ne sentait guère son Andocide. Td se montre encore à nons cet orateur, dans les quatre discours qui nous restant des sept qu'il avait écrite. On en jugera à l'exorde du plaidoyer par lequel Andocide se défendit, en l'an 400, contre l'accusation capitale intentée parCéphisiuset appuyée par Lysias.

« Les intrigues et lesanimosités de mes ennemis, acharnés à me persécuter dès l'instant de mon retour dans Athènes, vous sont connues, citoyens; et de longues réflexions sur ce sujet seraient superflues. Je me borne à une juste demande, qui vous sera facile à accorder, et à moi bien précieuse. Songez qu'en comparaissant devant vous librement, sans caution, sans emprisonnement préalable, je m'appuie sur le bon droit, sur votre équité, certain que, loin de me laisser en proie à mes ennemis, vous m'arracherez de leurs mains par une sentence conforme aux lois et à votre serment. De toutes parts on me rapportait les paroles de ces hommes. — Andocide n'attendra pas son jugement; il s'éloignera, il prendra la fuite. Qui ? lui, affronter un procès périlleux, lorsqu'il peut partir , emporter d'abondantes provisions, retourner dans cette lie de Gypre, oii il a des domaines considérables, donnés par la munificence d'un prince! Quelle considération le retiendrait ici? ne voit-il pas le triste état de la république ?— Combien de telspen-

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jers sont loin de mon cœur, ô Aihëniens 1 Non , quelques jouissances que m'offre Tétranger, quelque humiliée que puisie être Athènes , je ne saurais irivre éloigné de ma pairie; et le titre d'Athénien me semble bien préférable à celui de dtoyen des villes les plus florissantes. Pénétré de ces sentiments, je remets ma vie entre vos mains. »

Tout le reste du discours sur les Mystères est digne de ce début. Andocide s*élève jusqu'au pathétique , quand il raconte ce qui s'est passé dans la prison où il était enfermé avec ses proches, et conmient ceux-ci l'ont déterminé à faire des révélations. Il y a aussi des portraits de quelques-uns de ses ennemis, qui sont tracés de main de maître. Les autres discours d' Andocide, sans être des chefs-d'œuvre, sont remarquables par des qualités analogues, et précieux, comme le discours sur Us Mystères ^ parles détails intéressants qu'ils nous fournissent concernant l'histoire contemporaine.

Lysias , que les Alexandrins nomment avec Antiphon et Andocide , est bien plus connu , non pas peut-être parce que QOUB possédons de lui un assez grand nombre de discours, mus parce que Cicéron a célébré plus d'une fois ses mérites. D était né à Athènes, en 459. Céphale, son père, était un riche Syracusain, établi depuis quelque temps en Attique. Lysias, avec son frère aîné Polémarque, alla habiter Thuries en Italie, après la mort de son père. Il y resta longtemps, et il ne revint à Athènes qu'en l'année de la mort de l'orateur Antiphon. Après la prise d'Athènes par les Lacédémoniens, ils furent en butte, Polémarque et lui, à la haine des Trente. Leurs biens furent confisqués, et Polémarque forcé de boire la ciguë. Lysias s'enfuit à Mégare avec d'autres proscrits. Il rentra dans Athènes après la destruction de la tyrannie, et il fut admis par Thrasybule au nombre des citoyens. Oh lui contesta depuis ses droits ; et, pour un simple défaut de forme, il les perdit sans pouvoir jamais les re- DOiivrer« Il mourut en 379, à quatre-vingts ans.

Lysias avait écrit plus de deux cents discours ; mais il

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n'en avait prononcé personnellement que quelques-uns. Sa condition d'étranger ne lui permettait pas de se mêler activement des affaires politiques, ni de monter à la tribune : il écrivait pour d'autres , ou simplement pour être lu. Cest surtout comme auteur de plaidoyers qu'on l'estimait chez les anciens. « Ceux, dit Cicéron dans le Brutus^ qui prennent Lysias pour modèle, prennent pour modèle un orateur judiciaire , non pas certes bien ample ni bien majestueux , mais néanmoins fin et élégant, et assez solide pour se bien soutenir dans les causes du barreau. » Ailleurs, Cicéron répète le même éloge, puis il ajoute : « On oserait presque déjà le nommer un orateur parfait. » Quintilien , après avoir aussi parlé de la finesse et de l'élégance de Lysias , ajoute judicieusement : « Si c'était assez pour l'orateur d'expliquer des faits, il ne faudrait chercher rien de plus parfait que Lysias, car il n'y a chez lui rien d'inutile, rien de superflu : cependant il ressemble plus à une claire fontaine qu'à un grand fleuve. >»

Les Athéniens, si jaloux de leur atticisme, reconnaissaient dans Lysias un des plus purs écrivains attiques; et ce renom fit de lui, dès son vivant, un classique, un auteur qu'on étudiait pour la diction et pour le choix exquis des termes. Hais, il faut bien le dire , c'était là presque toute l'éloquence de Lysias. Rien de plus tiède et môme d'aussi peu intéressant que ses discours , à moins qu'on n'y cherche des renseignements historiques ou des particularités grammaticales. Quelques narrations bien faites , où tout a un air de naturel et de vraisemblance, c'est beaucoup trop peu pour justifier ceux qui veulent voir dans Lysias autre chose qu'un habile artisan de style. Lysias n'a pas même cette étincelle de la flamme oratoire qu'on sent chez Ândocide. Voyez, par exemple, son accusation contre Ératosthène, celui des Trente auquel il attribuait la mort de son frère. Il raconte les mallieurs de Polémarque et les siens presque aussi froidement que si c'était l'histoire d'hommes des temps antiques ; et, quand il peint la sanglante oligarchie des Trente, il ne trouve pas un de ces accents énergiques qui décèlent une émotion véritable. Que s'il en est ainsi d'un discours que Lysias avait prononcé

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