DINO COMPAGNI
nalurel dans iin recueil de notes qu’on ne destinait point à la publicité ; les détails ne se détachent pas avec assez de netteté, ne s’enchaînent pas avec assez de logique. Dino ne connaît pas l’art des transitions ; il n’a, quoi qu’on en ait pu dire, car l’enthousiasme des panégyristes ne recule pas devant ces exagérations manifestes, ni le sens philosophique de Thucydide, ni les fortes couleurs de Tacite, nil’éloquence de Tite-Live ; il n'est qu’un déclamateur parfois éloquent. L’estime qu’on a de son style ressemble fort à celle qu’inspire le style de Rabelais : ni l’un ni l’autre n'ont écrit dans une langue définitive, et, pour les louer, il faut penser à leur temps, il faut regarder autour d’eux. Historien politique, enfin, Dino ignore le passé, ne pressent pas l’avenir, et pour le présent même ne comprend pas toujours les questions qui se débattent sous ses yeux. C’est aux autres chroniqueurs italiens qu’il faut le comparer : parmi eux il est facilement le premier, mais il n’est qu’un d’eux.
La poésie et l’histoire étaient donc encore dans l’enfance ; pour qu’elles pussent en sortir, il fallait l’apparition de quelques véritables grands hommes et la connaissance des chefs-d’œuvre de l’antiquité. Abandonnés à leurs propres forces, les plus heureux génies fussent restés en chemin, et des esprits médiocres n’eussent pas tiré grand parti des inestimables trésors que la Renaissance allait remettre en lumière. La fortuite coïncidence de ces deux éléments de progrès produisit, presque sans préparation et du premier coup, le plus grand siècle de la littérature italienne.