‹ Histoire de la litterature italienneChapitre 88 sur 169 · POÉSIE DIDACTIQUE. — RUCELLAI · texte numérisé non relu

POÉSIE DIDACTIQUE. — RUCELLAI

La poésie didactique, si différente de l’épopée, s’en rapproche toutefois par l’ampleur des développements et des narrations, par la multiplicité des digressions et des épisodes qu’elle exige également. Combien de fois n’a-t-on pas vu le poète épique, après avoir placé dans les campagnes ses héroïques personnages, les peindre elles-mêmes avec autant de soin que de bonheur ! S’il y a peu de bons poèmes didactiques, c’est que l’excellent est rare en toutes choses. Sannazar, Vida, Fracastor, dans ceux qu’ils écrivirent en si beau latin, n’eurent d’autre mérite que de bien posséder les chefs-d’œuvre du siècle d’Auguste, et d’en coudre habilement les lambeaux. L’imitation du moins paraît plus indépendante chez les auteurs qui traitèrent en langue italienne des sujets didactiques. Giovanni Rucellai (1475-1525), cousin germain de Léon X, nonce apostolique en France, ambassadeur des Florentins à Rome, pour l’exaltation d’Adrien VI, gouverneur du château Saint-Ange sous Clément VII, et, malgré tant de faveurs, mort sans le chapeau de cardinal objet de ses désirs, était de race littéraire, et avait vu, tout jeune encore, l’Académie platonicienne se réunir dans les jardins des Médicis. Son traité sur les abeilles {le Api), imitation manifeste de Virgile, est écrit en vers sciolti ou non rimés, parce que, dit poétiquement Rucellai, les abeilles n’aiment pas les échos. D’un style pur, d’une versification élégante, ce poème monotone n’apprend rien à quiconque connaît le quatrième livre des Géorgiques, et ne plaît que par des comparaisons ingénieuses ou de jolies descriptions.

2ü4 SEIZIÈME SIÈCLE.

La Coltivazione, d’ÀIamanni, a plus d’ampleur et d’étendue. C'est un vaste traité d’agriculture en six livres, où l’imitation de Pline, de Virgile, de Columelle, tient trop souvent la place des observations propres à l’auteur. Le style rappelle tantôt celui de Sénèque, tantôt celui de Lucrèce, et se rapproche de la manière antique par des invocations multipliées, par l’éloge développé des divinités champêtres. Alamanni rencontre d’heureuses digressions, par exemple quand il décrit l’invention de la poudre ou des armes à feu ; l’à-propos des allusions historiques ou politiques relève en maint endroit le sujet. L’émotion du poète est communicative, quand il peint ses infortunés concitoyens partant pour l’exil, car il avait souffert lui-même de cette douleur si cruelle aux nobles âmes. Mais ni l’ordre parfait de la composition, ni le goût dans le choix des ornements, ni la justesse des pensées, ni même la sobriété, si rare alors, dans les saillies de l’esprit, ne font oublier l’absence de naturel et de mouvement dans le style. De tels défauts, s’ils expliquent comment ce livre trop sérieux tombe des mains aux modernes, ne sauraient excuser Saint-Lambert ni Delille, qui donnent un souvenir à tant de prédécesseurs moins illustres, tandis qu’ils n’ont pas un mot de reconnaissance ou d’estime pour ce patriote italien, hôte reconnaissant de la France, et, en bien des endroits, meilleur poète qu’eux.

Au-dessous d’Alamanni et de Rucellai, le docte et vertueux Bernardine Baldi (1553-1617) occupe encore un rang honorable pour son poème sur la navigation {la Nautica), œuvre de jeunesse, retouchée dans l’âge

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