Descendance
Anch'egli è morto, corne noi raorimmo,
D'io, per ritalia. Rendine la patria
A i morti, a i vivi, pe'l fumante sangue
Da tutti i campi, Per il dolore che le reggie agguaglia A le capanne^ per la gloria, Dio, Che fu ne gli aiini, pe'l martirio, Dio
Che è ne l'ora, A quella polve eroica fremente, A questa luce angelica esultante Rendi la patria, Dio ; rendi l'Italia
A gli Italiani K
Ainsi s'affirme la noble et forte italianité du poète. Prenant aux secrets de Tart et de la civilisation antique, la fleur, l'essence spirituelle du génie italique, il en pénètre son âme d'Italien et de poète avec plus de force et de largeur peut-être qu'aucun des nôtres, depuis Pétrarque. De là cette persévérance, cette chaleur et cet éclat, par oii dans tout le volume de ses poésies et beaucoup de ses proses, se répandent triomphants le nom et la gloire, le droit et la force de Rome et de l'Italie.
Mue par ce sentiment profond d'italianité classique, la muse du poète parcourt toutes les régions de la péninsule pour saluer dans un sentiment d'amour et de vénération les vestiges sacrés des grandeurs de
1. D'en haut vint une nuée d'esprits qui entourèrent le l'oi à sa mort... Et tous ensemble firent escorte à l'âme de Charles-Albert auprès de Dieu. — Seigneur ! voici devant toi le roi qui nous perdit, le roi qui nous fit écraser. Maintenant, Seigneur, comme nous, il est mort, pour l'Italie. — Rends la patrie aux vivants et aux morts, par le sang qui fume de toutes les plaines, par la douleur qui égalise les palais et les chaumières, par la gloire passée, par le martyre présent. A cette poussière de héros, à ces âmes angéhques qui exultent, Dieu! rends la patrie, aux Italiens, rends l'Italie !
la patrie. Et partout elle laisse une part du cœur du poète avec un rayon irisé de son imagination. Des tours cVAgrigente au lion de Muggia, de l'Ombrie à à la Romagne, de Home à Ferrare, du Piémont à Cadore, de Bezzecca à Mentana, partout oij dort caché un reste vénérable de la civilisation trois fois millénaire, partout oii vit le souvenir moins ancien d'une gloire nationale, partout oij d'un reflet s'éclaire le mystère d'une légende, partout où jaillit une étincelle do l'art et sourit une beauté de la nature, le poète accourt, interrogeant les coteaux et les plaines, remettant au jour des fragments de l'histoire, évoquant et recueillant les paroles des martyrs et des héros de Fépée, de la plume, de la pensée, avec un sens poétique universel, avec un sentiment national ardent, et un culte social tel qu'aucun de nos plus grands lyriijues ne peut lui être comparé.
Poète plein de couleur en tous ses écrits, Carducci a dans la littérature contemporaine une place à part, même comme prosateur. La finesse de la critique accrue de la plus rigoureuse méthode historique, s'accompagne d'un sentiment exquis de la forme artistique. Et on ne sait ce qu'il faut admirer le plus dans sa prose, delà nouveauté de l'idée, de la profondeur de l'analyse, delà facilité et de l'abondance des parallèles, ou de la beauté de l'image, de la richesse et du brillant de la phrase. Il a donné à chaque époque de notre littérature, à chaque auteur presque, une étude particulière oiî l'intelligence et la doctrine, la largeur de vues et lapénétralion exogétique, atteignent une mémo perfection Quelquefois, se livrant à de subtiles recherches de pure érudition, il vous conduit à des conclusions résolutives par des
moyens nouveaux et sûrs avec une abondance d'arguments et une dialectique vigoureuse et serrée. D'autres fois, au moyen de vastes synthèses il embrasse un nombre inOni de faits, les dispose, les développe, et étonne le lecteur par l'étendue de ses vues et la magnificence de son style. Rappelons en cette seconde manière, les cinq discours sur le Développement de la littérature nationale^ \ Œuvre de Dante, la Liberté perpétuelle de Saint-Marin, et de la première, l'étude explicative sur Politien, le commentaire sur Pétrarque, les études sur Dante, l'Histoire du Giorno^ etc.
La nature de son génie, et son but artistique sciemment poursuivi et proclamé avec une rigoureuse constance, l'ont fait non seulement énergique et éloquent, mais absolument incomparable dans la discussion, soit personnelle soit littéraire. Dans ses écrits de polémique, le Ça ira. Due Manzoniani, Critica ed arte, en sont le témoignage. La prose est nerveuse, étincelante, écrasante, le style plein d'aperçus, de remarques neuves, imprévues et promptes, la période se déroule, s'enveloppe et se développe en tours nombreux, en mouvements habiles, en attaques et en reprises d'un extraordinaire effet.
Un des mérites très particuliers de Carducci polémiste est de se répandre avec une aisance et une assurance merveilleuses à travers toute l'étendue des questions, en étourdissant le lecteur par le déploiement d'une prodigieuse érudition littéraire et historique, par la puissance et l'adresse d'une argumentation claire et inflexible comme l'acier, par le flot impétueux, par l'éclat et la poursuite serrée d'une grande et redoutable éloquence.
Grande, elle l'est aussi en dehors de la polémique, car l'expression, dans son abondance et sa variété, s'allie toujours admirablement à deux qualités intimes de l'esprit critique de Carducci : une pénétration vive et complète des circonstances, des causes, des faits et de leurs liens intérieurs, et une faculté représentative aussi féconde et aussi variée que les idées et les abstractions prennent d'apparences, et pour ainsi dire de formes plastiques, pleines de lumière et d'effet.
Giacomo Zanella de Vicence (1820-1883), l'aîné de Carducci et comme lui, professeur, critique et poète, lui fut inférieur par le talent et la réputation. Ses poésies eurent une dizaine d'années de vogue obtenue par l'art exquis du vers, la délicatesse des sentiments familiaux et la noblesse des sentiments humanitaires et patriotiques. Occupé et préoccupé de ce problème : concilier la science et la foi, son esprit se dépensa dans cette lutte stérile et sa poésie s'en trouva affaiblie. Il lui manqua le souffle et l'émotion lyrique. Il lui manqua une conception larg-e, complète et personnelle de la vie et des choses. Le mystère de l'être se présenta souvent àsapensée^ mais sa foi l'empêcha de le scruter, de l'interroger, d'en tirer d'harmonieuses images :
Muore la lampa e scuro un vel s'abbassa Sullo sguardo dell' nom, che sbigottito Scorge per entro l'ombre Iddio che passa Nuovi soli a librar nell' infiiiito^.
1. La lumière s'éltiat, un voile obscur s'abaisse sur le regard de l'homme qui, tremblant, découvre à travers l'ombre. Dieu qui passe pour lancer de nouveaux soleils dans l'inflni.
Le poète circonscrit ainsi et étouffe irrémédiablement l'idée de sa poésie. En conciliant la science et la foi, il se trouve pris dans cette éternelle antinomie de deux principes, et en face du doute naissant il s'arrête effrayé. Il ne chante donc, ni les résultats généraux et acquis de la science, ni le sentiment universel et éternel de la religion. Et cependant il a des qualités réelles dans l'idée comme dans la forme. L'étude fervente des grands modèles classiques et étrangers, l'habitude de la réflexion, l'emploi d'une lime subtile lui donnèrent une fermeté et une lucidité remarquables dans la perception et la représentation de l'idée poétique. Aussi lui arrive-t-il souvent de rencontrer l'image nettement indiquée et marquée avant même que la pensée qu'elle exprime soit encore déterminée. Ses meilleures productions en ce genre sont l'ode célèbre Sopra una conchiglia fos~ sî/e, Microspio et Télescopio, la Veglia.
Des poètes lyriques disparus et appartenant entièrement au xix^ siècle, Carducci et Zanella sont les principaux, bien qu'à une grande distance l'un de l'autre. Viennent ensuite, avec un renom divers, Bernardino Zendrini de Bergame ; Emilio Praga de Milan, esprit original mais peu ordonné; Felic Cavalotti débordant d'ardeur patriotique ; Enrico Panzacchi plein d'une aristocratique finesse ; Tullo Massarani {Sermo?ii) très observateur dans l'ordre des faits sociaux et moraux ; Giuseppe C/iiarini puissamment inspiré dans les vers originaux des Lacrymae et de plus, traducteur habile, critique érudit et élégant.
Le Piémontais Giuseppe Giocosa et le Lombard Felice Cavalotti cultivèrent très heureusement le
drame. Le premier débuta par des esquisses médiévales, {Trionfo damore, Una partita a scacchi,) puis il élargit la portée de ses conceptions dans un drame historique {Conte Rosso) et dans une comédie moderne à intrigue. Cavalotti commença par des drames historiques (7 Peszenti, A(/nese, I Messeni, Alcihiade, etc.), puis, passant par l'idylle dramatique, il arriva aussi à la comédie d'intrigue.
Enlevé récemment à l'affection des Italiens qui vénéraient son esprit délicat et distingué, épris de toutes les belles et nobles choses, De Amicis (né à Oneglia en 1846) termina sa vie d'écrivain entouré d'une gloire que l'avenir ne lui gardera peut-être pas aussi complète. Il se révéla comme prosateur à 25 ans, suivant l'idéal artistique de Manzoni et se plaça bientôt parmi les Manzoniens les plus heureux et les plus applaudis, obtenant une popularité vraiment extraordinaire. Il commença par les Esquisses de la vie militaire où en de beaux tableaux, mais avec une excessive sentimeniahté, il dépeint et cherche à faire aimer la vie du soldat. Des Esquisses il passa aux Voyages (\m constituent son meilleur patrimoine littéraire. Espaqne, Hollande, Maroc, Constantinople, sont des livres qui eurent grande vogue et furent lus avec délices par le public, non sans heureuse influence sur la culture et le goût, par l'art avec lequel sont représentés les lieux et les sentiments. Il s'essaya dans le roman avec moins de bonheur, et dans une petite ébauche historique. Aux Portes de l'Italie. Mais son art étant surtout de genre descriptif, il y revint dans ses livres Sull' Oceano, La carozza di tutti, etc. Il lui plut aussi de
toucher quelquefois aux questions de la langue, suivant dans une certaine manière à lui, les idées de Manzoni, puis il développa l'idée de sa doctrine linguistique dans un livre, Vldioma gcntile, dont le succès ne répondit pas à Tattente. Aujourd'hui sa popularité est due surtout au Cuore, remarquable petit ouvrage sur l'éducation, déjà réimprimé 420 fois.
Sans parler de Mario Rapisardi dont le nom reste maintenant sans écho, les auteurs ayant actuellement le plus de réputation sont Arturo Graf, dont les poésies {Médusa, Tratiionte, Le Danaïdi) souvent sombres, sont toujours l'expression passionnée d'un esprit noble et profond qui s'abîme dans l'angoissante méditation du mystère des choses ; Ollndo Guerriai (Lorenzo Stecchetti), estimé pour la clarté et la spontanéité de son style ; Giovanni Moraddi, Domenico Gnoli (Giulio Orsini), Giovanni Pascoli, peintre délicat dans les strophes légères du livre Myriacae, son premier et meilleur ouvrage en vers ; Gabriele d Annunzio qui, entre des louanges insensées et de sourdes critiques, va accomplissant son œuvre symbolique de poète lyrique [Le laudi) et de dramaturge [La Gioconda, La città morta, Francesca da Rimini, La figlia di Jorio, La Nave).
Dans la prose de genre agréable, au milieu d'une foule d'auteurs plus ou moins heureux et féconds, ceux qui l'emportent en réputation sont incontestablement : A?itonio Fogazzaro dans les romans duquel un sentiment discret de la réalité s'unit au culte d'un idéal humain et social élevé, et à une foi libre et consciente. [Daniele Cortis, Malombra, Piccolo 7nondo antico, Piccolo mondo moderno^ Il
santo) ; Aîiton Giulio Barritli, auteur fécond de récits vifs et élégants, Salvatore Farina narrateur simple et clair des sentiments délicats et doux, Gabriele d'Annunzio avec ses romans dénués d'action et d'intrigue, mais de couleur accentuée, de style grave et très cherché.
La prose historique et critique loue les ouvrages importants de Pasquale Villari sur Machiavel et sur Savonarole ; èHsidoro del Lungo sur Dino Gompagni et sur Florence au xin'' et au xiv^ siècles ; de Bonaventura Zumbini sur Monti, sur Léopardi, et sur plusieurs points de noire littérature et des littératures étrangères; à'Alessandro d'Ancona, sur des sujets d'érudition littéraire et d'histoire nationale. Elle s'honore enfin des noms de maîtres éminents tels que Graf déjà mentionné, profond par l'esprit et la doctrine, Giacomo Barzellotti, penseur et critique délicat, véritable artiste de la prose, Francesco d'Ovîdio, Francesco Novati, Pio Rajna^ Ro" dolfo Renier, Guida Mazzoni, Francesco Torraca^ Francesco Flamini^ Vittorio Rossi, Benedetto Croce et de plusieurs autres.