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LITTËRniRE LATINE
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poémc. — VI. Œuvres attribuées à Ovide et qui ne sont certaioemciit pas de lui. D'autres quoique sérieusemniit contestées, peuvent être de lui : 1« Priapeia ; t* Consolation d Lioie sur la mort de Drusus son ftlsy examen de ce poème de XI A vers ; 3« Nuao (Le Noyer), élégie de 18S vers, analyse et appréciation.
Non seulement de tous les élégiaques mais de tous les poètes latins, Ovide est celui qui nous a laissé le plus de vers. II est aussi celui qui a pris le plus de soin de nous renseigner sur lui-même : maints passages de ses ouvrages fournissent sur sa naissance, sur ses premières années, sur sa carrière et sur toute sa personne des détails auxquels il ne manque que fort peu de choses pour en faire une biographie complète'.
(I) Quelques courtes biographies d*Ovide Ûgurent dans les mss., mais n'ont pas grande valeur.
Voir: Aid. V. Hanuce, P. Ooid. Nas. oita ex ipsius Ooidii operibus collecta^ \ïiO± ; J. Masson. P. Ooid. Nds. oita^ ordine chronologicOy sic delineata ut poetœ fata et opéra oeris assignentur anniSj etc. Amsterdam, 1708 ; VUlenave, Vie d'Ooide, 1809, in-8o ; Leutsch, Ersch und Gruber's Enc. III 8, 1836, pp. 39-54; J. Janin, La poésie et Véloquence d Rome au temps des Césars^ 1864, in-8<» chap. Il, OoidCy pp. 134-340; Eog. iNageoltc, Ooide, sa oie, ses œuores, 1872, in-8o ; ics introductions des principales éditions et celle des Morceaux choisis des Méiam. par P. Lejay, 1901 ; puis, sur des questions particulières ayant traita la vie du poclo ou à la chronologie de ses œuvres : H. de la Ville de Mirmont, Ooide d Vécole de grammaire^ Reo. unioers. 1900; H. Bornecque, éd. de Senéque le rhéteur, 1901 ; M. Meycr, De recitationibus et de Ooidio, thèse, 1846; Th. Dyer, On the cause Ooid's exile, Classic. Mus., 1847, pp. 229-247 ; G. Boissier, VOpposition sous les Césars, 1875, in.8o,ch. III, Lexil d'Ooide ; E. Thomas, Sur les causes de l'exil d'Ooide, Reo. de Philol. XIII, 1, pp. 47-50 ; E. Koerber, de P. Ooid. Nos, relegationis caussis, Petersburg, 1883, gr. 8, 40 p. ; Cacciabuc, sccundus, De Ooid, relegationis causis : saggio de letter. lat., Alcssandria, 1897, 26 p.; — J. Heuwes, De tempore quo Ooidii Amores, Heroides, Ars amatoria
Ses trois noms sont Publias Ovidius Naso. Il naquit à .Sulmone, cité qui passait, comme il le rappelle au IV* livre des Fastes, pour avoir été fondée par Solyme,un des compagnons d'Énée^ et qui était située sur le territoire des Péiigniens% à quatre-vingt dix milles de Rome.
Sulmo mihi patria est, gelidis uberrimus undis, Millia qui Dovies distat ab urhn decem.
Trist,, IV, 10 V. 3 4.
Le pays ne manquait pas de charme, si nous nous en rapportons à la description qu'il en fit un jour en invitant sa maîtresse à l'y venir trouver : salubrité de l'air, sources d'eau vive en abondance capables par leur fraîcheur de combattre les ardeurs les plus brûlantes de la canicule, végétation vigoureuse, fertilité de la terre en blé, en vignes et même en oliviers, prairies sillonnées* de ruisseaux et présentant un épaiâ tapis de verdure, tel était le lieu qui l'avait vu naître, celui des trois cantons péligniens où se trouvait le domaine de son père :
Pars me Sulmo tenet Peligni tertia ruris ;
Parva sed irriguis ora salubris aquis.
Sol licet admolo lellurem sidère fmdat,
Et micet Icarii Stella proterva canis, . Arva pererrantur Peligna liquentibus undis ;
Et virel in tenero ferlilis herba solo. Terra ferax Gereris, multoqûe feracior uvs:
Dat quoque bacciferam Pallada rarusager; Perque résurgentes rivis labentibus herbas
GramineuB madidam cespes obumbrat humum.
Aindr., II, 16 v. 1-10.
conscriptaatque édita sint. -Alûnster a-R.Pr. 8, 57 p., 1883;G.Wartcnberg, Quœst. Ooidianie, quibus agitur, de Triatium, Ibidis^ epistolarumque, quœ « ex Ponto » inacribuntur, temporibus, Berlin, Diss. 8, 1885, 113 p.
(1) Faat. IV, 79-80 :
Hujus (.Eoêœ) erat Solimus, Phrygia cornes exsul ab Ida, A quo Sulinoois mœnia nomen habeot.
(2) 11 diteo parlant de lui, Amor. 11, 1, 1 : - Pclignis natus aquosis », et Amor. III, 15, 3 : « Pcligoi ruris alumous >.
La.
La date de sa naissance ne nous est pas moins connue. ^ II vint au monde Tannée où périrent dans la guerre de Modène, les consuls Hirtius et Pansa,
Qum cecidit fato codsuI uterque pari '.
Trist., IV, 10 V. 6.
et le deuxième des cinq jours de la fête de Minerve, celui où commençaient les combats sanglants des gladiateurs, c'est-à-dire le 20 mars 711 de Rome (43 av. J. C). Par une coïncidence remarquable, son Arère était né jour pour jour douze mois avant lui, de sorte que leur anniversaire se célébrait en même temps par l'offrande de deux gâteaux :
Nec stirps prima fui, genilo jam fratre crealus, Qui tribus anle quater mensibiis orius erat.
Lucifer amborum natalibus adfuit idem ; Una cetebrala est per duo liba dies :
Haec est, armiferœ fcstis de quinque Minervae, Quae fieri pugna prima cruenta solet.
Trist, IV, 10 v. 9-14.
11 appartenait à une famille qui, aussi loin qu'on en examinait l'origine, se glorifiait d'aïeux chevaliers,
Seu genus excutias, equiles, ab origine prima, Usque per innumeros inveDiemur avos,
Pon<.,IV, 8v. 17-18
si bien qu'il ne dut ce rang, ni à une fortune récemment constatée par le cens.
Non modo fortunœ muoere faclus eques,
TrisL, IV, 10 v. 8.
ni aux tourmentes de la guerre,
Non modo militiae turbine factus eques,
Amor., m, 15 v. 6.
<1) Nous avons déjà vu ce vers dans Lygdamus. Cf. tom. 11^ p. 483.
mais comme il se plut à le répéter, à une longue suite d'ancêtres ;
Si quid id est, usque a proavis velus ordinis hères. Trist , IV, 10 V. 7 ; Amor., III, 15 v. 5.
La fortune de ses parents^ consistait en biens fonciers et son père, qui les faisait valoir soigneusement, semble avoir suivi les vieilles traditions de ces familles de chevaliers provinciaux dont parle Tacite à propos d'Agricola. A rencontre de ce qui alors se passait trop souvent à Rome dans les grandes maisons, l'éducation des enfants n'y était pas livrée à des mains serviles ; la mère et le père s'occupaient eux-mêmes de leur donner les premiers éléments de l'instruction, se chargeaient de leur apprendre à lire, à écrire et à compter. Un passage des Tristes nous est une preuve des soins de ce genre reçus par Ovide : nous l'y entendons, dans son exil, regretter comme une cause de sa perte l'amour des lettres auquel devaient l'amener ces premières leçons : « Maudites soient mes études, s'y écrie-t-il, et les leçons de mes parents et la première heure où mes yeux se sont attardés sur une écriture. :>
Heu mihi, quod didici, quod me docuere parenles, Literaque est oculos iiUa morata meos !
Trist., II, V. 343-344.
Ses parents ne pouvaient toutefois le mener bien loin . dans ses études et Sulmone n'était pas une ville de ressources pour l'enseignement. D'un autre côté, en ces temps de trouble, la prudence commandait aux propriétaires ruraux de rester chez eux pour surveiller leurs intérêts. Dès qu'Ovide et son frère furent en âge de recevoir une instruction moins élémentaire, ils furent donc envoyés à Rome, loin de la maison paternelle, comme naguère Marcus et Quintus Cicéron. Leur départ du pays natal eut lieu sans doute en l'an 31, aldî-s qu'Ovide avait environ douze ans ; car c'était à cet âge que d'ordinaire on envoyait les enfants dans les
6 LTVRE Ot'ATRlÈME. Cil. IV, i.
écoles de grammaire' et peut-être devons-nous voir une sorte de souvenir de cette date marquante de sa vie d'écolier dans la phrase des Mélamorphoses où, d*une manière si singulière, il a reporté jusque dans l'histoire de personnages mythologiques l'usage établi de son temps : « La sœur de Dédale, raconte-t-il, ignorant les arrêts du destin, lui avait confié l'éducation de son fils, lorsque, arrivé à sa douzième année, il fut capable do recevoir ses leçons »,
Namque huic tradiderat, fatonim ignara, docendam Progeoiem germana suam, natalibus aclis Bîâ puerum senis, aDîmi ad prsBcepta capacis.
Met., VIH, V. 241-243.
De quel grammairien fut-il l'élève? De l'un des plus repu* tés assurément, puisqu'il nous dit qu'il suivit à Rome les cours des maîtres les plus célèbres ;
Imus ad insignes urbis ab arte viros.
TrisL, IV, lOv. 16.
Mais les commentateurs ne sont pas d'accord sur le nom de ce gramnuuicus : les uns, comme Pomponius Laetus, par» lent, d'après une biographie donnée par un manuscrit, de Plotius Grypus, d'autres de Plotius Gallus, et d'autres encore d'un certain Hygin, affranchi d*Auguste qui avait un grand nombre de disciples. Mais les temps où professèrent l'un et l'autre Plotius ne s'accordent pas avec l'âge qu'avait Ovide, et quant à Hygin, Suétone dit, à la vérité, qu'il vécut dans son intimité, familiarissimus ', mais rien de plus. Mieux vaut n'énoncer à ce sujet aucune affirmation. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'Ovide ne semble pas avoir gardé de cette école de grammaire des souvenirs bien agréables. Il fallait s'y rendre dès la première heure du jour, et le maître ne devait guère s'y montrer plus tendre que le rigide Orbilius dont Horace nous a fait connaître
(1) Cf. H. de la Ville de Mirmoot, Ooide à VÉcole de grammaire, iteoue unie. 1900, 1, pp. 470-477.
(2) De illustr. grammat, 20.
les procédés par Tépithète de plagosus; car n'est-ce pas une réminiscence que cette apostrophe à l'Aurore que contient une élégie des Amours : « C'est toi qui voles aux enfants leur sommeil et qui les livres aux maîtres pour que leurs mains délicates subissent les coups cruels de la férule ! »
Tu pueros somno fraudas, Iradisque magistris, Ut subcanl tenerae verbera sseva manus.
iinior., 1, 13 V. ^3-^4.
Quoi qu'il en soit, c'est là qu'en se rendant compte des règles de la langue latine, en copiant et en récitant par cœur les vieux poètes de Rome, en se livrant aux exercices variés dont se servaient les grammalici pour ouvrir^ aviver et former les jeunes imaginations \ il apprit aussi à parler le grec et à lire pour la première fois les œuvres de cette littérature hellénique dont il poursuivit ensuite l'étude avec délices et témoigna plus tard dans tous ses écrits une connaissance si profonde. Déjà il donnait des preuves manifestes de la vocation qui l'entraînait vers la poésie lorsqu'il passa de l'école de grammaire dans celle de déclamation.
Ce passage n'avait pas lieu pour tous les écoliers au même âge et dépendait surtout du degré d'instruction auquel ils étaient parvenus^ Les grammalici naturellement les retenaient le plus longtemps possible, de sorte qu'ils n'arrivaient chez les rhéteurs que vers l'âge de seize ans, à peu près en même temps quMls abandonnaient la petite toge prétexte pour prendre la toge virile. Vous savez que la prise de toge virile se célébrait à Rome une fois par an, le XVI des calendes d'avril (17 mars), à l'époque des fêtes deBacchus. La réunion de cette cérémonie et des Liberalia avait été faite à dessein, disait-on, parce que, à la sortie de l'enfance, la toga virilis était l'emblème d'une liberté plus grande. Il ne serait donc pas étonnant qu'on se fût plu
(1) Cf. E. JuUien, Les profesaeura de littérature dans Vancienne Rome, 1885, thèso, chap.*Vlll.
généralement à faire coïncider cette liberté nouvelle avec le nouveau genre de vie que comportait l'entrée dans les écoles d*un orlre supérieur. Mais nous ne savons pas avec précision en quelle annéeOvide et son frère célébrèrent leur virilité; le résumé biographique donnéparladixième élégie du IV* livre des Tristes mentionne bien cet important événement de leur vie et rappelle soigneusement que, par suite de la classe à laquelle ils appartenaient, ils revêtirent alors le laticlave pourpré,
iDterea, tacito passu labentîbus aoois,
Liberior fnitri sumpla mihique toga est, Induiturque humeris cum lato purpura clavo;
Trist,^ IV, 10 V. 27-29.
seulement la date n*y est pas et nous devons hésiter entre les années 28, 27 ou 26.
Le moment était venu de se choisir une carrière. Leur père, qui était un homme positif et qui, dans leur intérêt, se préoccupait avant tout du profit matériel qu'ils pourraient tirer plus tard de leur instruction, voulait qu'ils dirigeassent leurs études vers l'éloquence en vue du barreau ou des fonctions publiques. Or, on n'apprenait plus l'éloquence, comme dans l'ancien temps S en s'attachant à la personne d'un grand orateur; les débats passionnés du Forum n'existaient plus, aucune voix puissante n'avait plus à traiter des intérêts publics, et, par l'effet de la révolution qui s'était opérée dans les mœurs politiques, les rhéteurs, comme nous le verrons tout à l'heure dans le chapitre qui leur sera consacré, se flattaient de fournir la meilleure des préparations à Fart oratoire. Il importait donc, semblait- il, de suivre les cours de ceux qui avaient le plus de réputation, et c'est ce que flt Ovide, en choisissant pour maîtres deux des quatre professeurs les plus célèbres du temps, M. Arellius Fuscus et M. Porcius Latron. Vous trouverez plus loin des détails sur l'un et l'autre : il
(i) Cf. Tac, Dial. sur les orat,, ch. 34.
suffit ici de les caractériser tous les deux en quelques mots. Fuscus, sans manquer de couleur, de chaleur et de mouvement, sacrifiait volontiers les arguments et se donnait surtout libre carrière dans les descriptions; son élocution brillante avait quelque chose d*embarrassé et d'obscur; recherchant les mots éclatants et l'imitation des poètes, il n*aimait rien tant que d'exercer son imagination dans la suasoria, sorte de monologue ou de discours du genre délibératif mis dans la bouche d'un personnage qui hésite sur ce qu*il doit faire lui-même en présence de circonstances données ou bien qui démontre à un auditeur fictif l'avantage de prendre une décision dans un certain sens. Porcins Latron, au contraire, préférait la controversia, exercice plus difficile et qui avait pour but spécial de préparer à l'éloquence judiciaire, puisqu'on y parlait sur des cas douteux que l'on supposait soumis à un tribunal. Très préoccupé du naturel, il condamnait tout développement inutile, abondait en traits habiles, montrait de la netteté dans ses divisions et se plaisait à recourir aux exemples historiques; mais, tout grand maître qu'il était, il n'avait du droit qu'une connaissance insuffisante, ce qui l'obligeait à laisser de côté les questions les plus importantes, et il s'était mis si peu en contact avec la réalité qu'ayant eu un jour à plaider en Espagne pour un de ses parents, il commença par un solécisme le discours qu'il devait prononcer sur la place publique et se trouva réduit à demander qu'on transportât l'audience dans une salle fermée ^ Un tel fait montre mieux que tout ce qu'on pourrait dire combien ces exercices de rhétorique, quelque ingénieux qu'ils fussent, répondaient peu aux conditions et aux nécessités de la pratique : la fiction y jouait un trop grand rôle. Développaient-ils du moins l'intelligence des jeunes gens? Oui certes; ils aiguisaient leur esprit et servaient à leur instruction générale; mais non sans fausser sensiblement leur goût ; ils leur donnaient la mauvaise habitude de se
(1) Sén. le pèrcj IX, Préf. 3 ; Quint., Inst. Orai., X, 5, 18.
10 LIVRE QUATRIÈME. CU. IV, i.
payer de mots au lieu d'exprimer des sentiments vrais^ les accoutumaient à considérer le brillant éclat d'un triomphe remporté par n'importe quels moyens plutôt que le côté moral des questions, les portaient en un mot à apprécier la forme et les accessoires beaucoup plus que la vérité et la solidité du Tond. La preuve en est le choix même des sujets des déclamations : nous en connaissons un assez grand nombre et il s'en trouve de si bizarres par les circonstances de la cause, de si extravagants par les pensées à rendre, de si scandaleux même par les détails obscènes nécessairement amenés, qu^on éprouve autant de peine que de surprise à voir un tel manque de mesure et de réserve dans les procédés employés pour instruire la jeunesse studieuse de la capitale du monde.
Avec la souplesse et la simplicité naturelles de son esprit Ovideétait appelé à briller dans ces exercices. Sénèque le Père le cite en effet comme un des bons élèves des grands déclamateurs. Il admirait beaucoup Latron qu'il écoutait avec assiduité ; mais il avait une manière de parler toute différente de la sienne,' montrant dans ses discours la politesse, les qualités élégantes d'un caractère aimable et « dès cette époque, dit Sénèque, on ne pouvait considérer son style que comme des vers mis en prose ; oraiio ejus jaim tum nihil aliud poterat videri quam solulum carmen * ». Aussi s'était-il attaché tout particulièrement au cours d'Arellius Fuscus, l'imitateur des poètes ; comme lui, il se plaisait à se lancer dans les descriptions et traitait plus volontiers les suasoires que les controverses. Il n'abordait celles-ci que lorsqu'elles portaient sur des sujets psychologiques; mais alors il lui arrivait d'y déclamer avec beaucoup plus de talent que tous les autres. Voici le sujet d'une de ces controverses pour laquelle, paraît-il, il avait reçu de l'auditoire à plusieurs reprises de chaleureux applaudissements: « Un mari et sa femme s'étaient juré mutuellement que, si quelque malheur frappait mortelle- Ci) Sén., éd. Boroecqae, 1901, Controo., Il, 2 (10),
ment l'un d'eux, l'autre ne lui survivrait pas. Le mari, parti en voyage, envoya à sa femme un messager chargé de lui annoncer qu'il était mort. La femme se précipita d'un lieu élevé. Ramenée à la vie, elle reçoit de son père Tordre de divorcer ; elle refuse et son père la chasse. » En nous donnant le libellé du sujet, Sénèque nous a conservé toute une série de fragments de la déclamatioUi passages d'autant plus curieux pour nous qu'ils nous présentent un spécimen authentique du travail scolaire de l'étudiant. On y remarque du mouvement et de l'esprit ; le seul reproche que lui adresse le rhéteur est de s'être jeté à travers les lieux communs sans s'astreindre à un ordre régulier, et cette critique amène l'explication de sa préférence pour les svasoires, dans lesquelles il pouvait plus librement se livrer à son imagination, « toute argumentation sérieuse lui étant à charge, molesta illi erat omnis argumeniaiio, »
Vous comprenez qu'avec une telle disposition d'esprit la perspective du barreau ne devait guère lui sourire. Son aîné, qui semblait né pour la lutte et les combats bruyants des tribunaux,
Forlia verbosi naUis ad arma fori,
rm<.,lV, lOv. 18.
s'y préparait de tout cœur. Mais lui, pour qui les mystères sacrés étaient pleins de charmes, les Muses l'attiraient en secret à leur culte. Son père avait beau lui répéter que la carrière du poète est stérile et qu'Homère lui-même mourut dans l'indigence, si, ému de ses avis, il disait adieu à THélicon et tâchait de s'exprimer en simple prose, les mots venaient, comme malgré lui, se ranger sous sa plume dans le cadre métrique, et tout ce qu'il voulait écrire était vers:
At mihi jam puero cœleslia sacra placebant,
Inquc suum furtim Musa trahebat opus.
Saepe pater dixit: «Studium quid inutile tentas?
Maeonides nullas ipse reliquit opes.
Motus eram dictis, totoque Helicone relicto,
12 UVRE QUATRIÈME. Cil. IV, 2.
Scribere conabar verba soluta modis :
SpoDte sua carmen numéros veniebat ad aptos ; Et, quod tentabam dicere, versus erat.
TrisL, IV, 10 v. 19-26.
Yraisemblablement ce fut une grande joie pour lui d*en finir avec les exercices scolaires par ce voyage de Grèce que devait entreprendre tout fils de famille désireux de compléter son instruction. Il le poussa jusqu'en Asie et ne rentra à Rome qu'après avoir passé près d'une année dans File de Sicile en compagnie de son ami le poète homériste Macer. Une lettre, écrite beaucoup plus tard en ses jours d'infortune S rappelle les doux souvenirs de leurs pérégrinations et de leur intimité.
Au retour de cette charmante expédition, de graves préoccupations l'assaillirent. Non seulement il eut la douleur de perdre son frère qui venait d'avoir vingt ans et, avec lui, comme il le dit ensesouvenant peut être d'une expression d'Horace, une partie de lui-même,
Jamque decem vitae fraler geminaverat annos, Quum périt, et cœpi parte carere mei ; TrisL, IV. 10 V. 31-3*2.
mais les espérances que ses parents avaient conçues sur ce fils aîné se reportèrent entièrement sur lui, et il dut, pour ne pas leur causer un nouveau chagrin au milieu de circonstances aussi pénibles, se conformer docilement à leurs désirs en embrassant la carrière qui n'était pas de son goût. 11 fit partie des centumvirs S corps judiciaire qui
i\) Pont. Il, lOv. 2i-42.
(2) Trist, II, V. U; Pont, III, 5 v. 23.
avait un mandat annuel et dont la présidence appartenait au préteur urbain. Ensuite il fut appelé successivement à deux des charges du viginiiviral, qu'ambitionnaient d'ordinaire les jeunes gens qui voulaient arriver aux plus hautes magistratures et au sénat : il fut d'abord decemvir sUililms judicandis,
Inler bis quinos usus honore viros, FasL, IV, V. 383.
et, comme tel, chargé peut-être de présider une des sections des ceniumviri; puis il remplit les fonctions, de triumvir,
Eque viris quondam pars tribus una fui. Trist,,\\, lOv.34.
Il y avait deux sortes de tresviri : les monetalesèL qui incombait le soin de surveiller la frappe des monnaies, et les capitales qui jugeaient les esclaves et les petites gens, administraient les prisons, présidaient aux exécutions ; le vers ci-dessus ne dit pas à laquelle de ces deux classes il appartint, mais les fonctions déjà exercées par lui indiquent suffisamment que ce fut à la deuxième. Il s*acquitta d'ailleurs de ses devoirs consciencieusement et à la pleine satisfaction de ses concitoyens ; il avait le droit de s'en faire un mérite K Cependant, de même que la gloire des armes no l'avait jamais tenté S l'ambition politique ne lui vint pas et lorsqu'il fut question de se préparer à prétendre au sénat, il y renonça; se contentant de l'angusticlave ^ des chevaliers, il considéra les hautes magistratures comme un fardeau trop pesant pour lui, incompatible avec son tempérament et peu fait pour son esprit qui, répugnant aux fatigues d'un travail suivi, ne trouvait rien de
(1) Cf. Trist.W, V. 93-96.
, (i) m Dans ma jeunesse, j'ai échappé aux dures fatigues des combats et je n'ai jamais manié les armes que dans nos jeux. » Trist,, IV^ 1 v. 71-72.
(3) Tunique qui ressemblait au laticiavc des sénateurs avec cette différence qu'eUc était ornée d'une bande de pourpre plus étroite.
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Du reste, ses parents, pour le mettre en garde contre des écarts trop grands et lui inspirer des idées aussi sérieuses que possible, l'avaient engagé de très bonne heure dans les liens du mariage. Cette première union, à la vérité, mal assortie, paraît-il, et incapable de lui procurer aucun bonheur, avait été bientôt rompue. Une seconde suivit qui, sans encourir les mêmes reproches, n'eut pas une durée plus longue.
Paeoe mihi puero nec digna, nec utîlis uxor
Est data ; quae tempus per brève nupta fuit :
llli successit quamvis sine crimine conjux, Non tamen io noslro firma futura loro.
Trist., IV, 10 V. 69-72.
Il fallut une troisième tentative pour arrivera un résultat définitif. Cette fois, ce fut un brillant mariage : sa femme, qui avait eu d'un premier mari une fille qu'on maria plus tard à Suillius, compagnon de Germanicus S appartenait à l'une des maisons les plus anciennes et les plus nobles de Rome, à la^en^ Fabia, dont le principal membre actuellement Fabius Maxim us, par son union avec Marcia, fille ou petite-fille de L. Marcius Philippus, se rattachait' à la famille même de l'empereur. Qu'Ovide l'ait épousée uniquement par inclination et qu'une pensée de vanité, qu'un espoir d'arriver ainsi facilement à devenir un des poètes favoris d'Auguste n'ait pas eu quelque influence sur son choix, je ne voudrais pas l'affirmer. Je ne saurais pas dire non plus que, malgré Tillustration de sa naissance et les grandes qualités dont elle semble avoir été douée, il lui témoigna une parfaite fidélité : vous savez que nulle vertu n'était moins pratiquée que la fidélité conjugale par les maris de ces temps-là. Toujours est-il que son ménage ne subit aucun trouble, que la chronique scandaleuse n*eut
(1) Cf. Pont. IV, 8 V. 9-12.
(S) Voir sur la participation de L. Marcius Philippus à réducatioo d*0ctave, tom. Ij p. 13.
18 LIVRE OtATRIÈME. CH. lY, S.
fait révélé, ses vers s'étaient répétés dans Rome entière,
Moverat ingeDium, totam cantati per urbem, Nomine non vero dicta Corinna mihi.
TrisL, IV, 10 v. 59-60.
A partir de ce moment, sa gloire poétique, la seule qu'il enviait, s'était sans cesse accrue. Et quel bonheur pour lui de se voir considéré désormais comme l'égal de tous ces poètes contemporains qu'il avait cultivés, qu'il avait chéris, se sentant envers eux un respect semblable à celui qu'on témoigne aux dieux !
Temporis illius colui fovique poetas ;
Quoique aderaot vates, rebar adesse Deos.
Trist., IV, 10 V. 41-42.
Les termes délicats et affectueux, dont il s'est toujours servi pour parler d'eux tous, montrent assez le charme qu'il trouvait à leur société. S'il ne put nouer des relations suivies avec Virgile ^ ni connaître longtemps le vénérable patriarche de l'ancienne littérature, M. Terentius Yarron le polygraphe, il fut assez bien vu d'Horace pour recevoir de lui la faveur très recherchée d'entendre de sa bouche la lecture de ses vers.
Et tenuil Doslras oumerosus Horatius aures ;
TrisL, IV, 10 v. 49.
il reçut les encouragements de Cornélius Gallus dont il eut le courage, après qu'Auguste l'eut laissé condamner, de prononcer le nom dans ses Amours en insinuant même qu'il n'était pas coupable et qu'il était faussement accusé.
Tu quoque, si falsum est temerali crimen amici, Saoguinis atque animae prodige, Galle, tuœ ;
Amor., m, 9 v. 63-64.
il vécut intimement avec Tibulle dont il déplora dans toute une élégie pathétique la mort prématurée * ; avec le
(1) « Virgilium vidi Unlum. . TrisU, IV, 10 v. 51.
(2) A/nor., III, 9.
vieux Macer, qui lai lisait souvent son poème didactique sur les oiseaux, sur les reptiles et sur les contre-poisons : avec Propcrco, qui lui récitait à chaque instant en véritable camarade ses élégies erotiques ; avec le poète épique Ponticus; avecBassus, célèbre par ses ïambes ;
Siepe suas Volucres legil mihi grandior aevo
Quseque necet serpens, quœ juvet herba, Macer ;
Saepe suos solilus recitare Propertius ignés, Jure sodalilii qui mihi junclus erat ;
Ponlicus heroo, Bassus quoque clarus iambo Dulcia coQvicius membra fuere mei.
Trist., IV, 10 V. 43-48.
il ne fut pas moins lié avec L. Macer, l'auteur d'épopées, son ancien compagnon de voyage en Asie et en Sicile *; avec les poètes tragiques Yarus et Scverus *; avec Montanus aussi habile dans les distiques que dans les vers héroïques'; avec Sabinus,qui écrivit des héroïdci» en réponse aux siennes^; avec une quantité d'autres dont les œuvres variées embrassaient tous les genres de poésie^.
Au milieu de tant de poètes qui l'estimaient, l'aimaient et le recherchaient, l'émulation ne lui manquait pas et la facilité do son esprit lui permettait de produire plus qu'aucun d'eux. Ses Amours publiés dans leur ensemble pour la première fois en 740 (14 av. J'-C), peu de temps après la mort de TibuUe et de Properce, ne comprenaient pas moins de cinq livres : il les retravailla et les réduisit à trois dans une nouvelle édition qui parut quelques années plus tard et dont la forme nous a été conservée par les manuscrits. En même temps il écrivait ses Héroïdes, lettres de héros et d'héroïnes mythologiques. Il donna ensuite un
(1) Pont., 11. 10 ; IV, 16 v. 6.
(2) Pont, IV, 16 V. 31 et 9.
(3) Pont., IV, 16 V. 11.
(4) Pont., IV, 16, V. 15-16 et Amor. Il, 8 v. il-U.
(5) cr. 0. Hcnnig, De P. OoidiiNas. poetœ sodalibus. Dissert, in Breslau, 1883, in-8, 58 p.
tî ..
soin tout particulier, dit-il, à un petit traité des cosmétiques réparateurs de la beauté.
Est mihi, quo dixi vestr» medicamina formae, Parvus, sed cura grande, libellus, opus.
Ar^am., ni, V. 205-206.
A cet ouvrage peu étendu en succéda un autre beaucoup plus important, qui, dès les premières récitations partielles, eut tout de suite une grande vogue dans le monde élégant, mais capable de déchaîner la colère de quiconque avait la prétention de défendre la morale publique et dont les conséquences devaient un jour devenir terribles pour lui, les trois livres de l'Art d*aimer, Artis amatoriae libri très. Certains passages concernant le combat naval récemment offert on spectacle par Auguste au peuple romain et faisant allusion aussi aux projets formés par l'empereur d'expéditions en Orient^ fixent la date de la composition de cette œuvre à l'an 752 (2 av. J.-G.). Elle eut pour suite presque immédiate, en 754, un travail qui on était en quelque sorte la prolongation, intitulé, à la vérité, par contraste Remèdes d'amour. Remédia amoris, mais tout aussi peu chaste que l'autre dans les détails. L'âge cependant avançait qui lui conseillait de renoncer à ces frivolités malsaines; et, d'autre part, l'empereur, qui naguère montrait un si cordial empressement auprès de Virgile et d'Horace, tout en l'accueillant au palais, se tenait à son égard, malgré les flatteries contenues dans plusieurs de ses poèmes, sur une réserve qui devait lui être un signe de Tintérét qu'il avait à changer de manière. Ce fut alors que, ne se -sentant pas un goût bien prononcé pour Tart dramatique, malgré le succès qu'il avait eu avec une tragédie intitulée Médée, il se tourna du côté de la grande poésie épique, entreprit, en vers héroïques, le poème considérable des Métamorphoses (quinze livres), dont le dessein était de raconter les transformations arrivées depuis la création,
(1) Ans am.y I, v. 17M72 el 177 sqq.
depuis la première métamorphose du chaos en un tout organisé, jusqu'à Tapothéose de César changé en astre, jusqu'à la dernière transformation du monde opérée par Auguste, divin ordonnateur de la paix universelle. Le sujet était beau, digne de l'époque et bien fait pour plaire au chef de l'État dont le triomphe devenait le couronnement de l'œuvre. Une autre matière, non moins vaste, et plus nationale encore, se présenta aussi à son imagination, lise proposa de mettre en distiques élégiaques le calendrier romain tout entier, c'est-à-dire d'exposer, par ordre des anniversaires, en autant de livres qu'il y a de mois, dans un poème intitulé les Fastes, les annales, les traditions sur lesquelles reposait la vie publique et religieuse de la cité romaine. Le but répondait on ne peut mieux, semble-t-il, aux intentions de celui qui voulait asseoir fermement son pouvoir sur la base consolidée des vieilles croyances et de la religion des ancêtres. Mais vous verrez par l'analyse qui sera faite de ces deux ouvrages, dont le second d'ailleurs ne fut mené que jusqu'à la fin du sixième livre, combien le poète léger des Amours et de Y Art d*aimer se conforma peu à la majesté des sujets choisis par lui. Le ton badin auquel il y recourut sans les égayer, les plaisanteries qu'il y sema sur le compte des dieux, loin de renforcer les idées religieuses, ne pouvaient assurément que leur être nuisibles, et les morceaux qui en furent connus par les premières lectures durent singulièrement surprendre ceux qui s'attendaient, malgré la vivacité et la légèreté de son talent, à trouver dans les œuvres annoncées un véritable sentiment du culte antique du Latium et du vieil esprit romain essentiellement sérieux. Ce dut être par Auguste, malgré les louanges qu'il y recevait, une déception peu propre à amortir l'efiet produit sur lui pour les ouvrages précédents. Mais Ovide, choyé, fêté par toute la société mondaine qui n'aimait rien tant que; la légèreté même et la spirituelle élégance dont il attachait l'attrait à ses écrits, ne se rendait nullement compte de l'orage qu'il avait à craindre : heureux
des applaudissements qui l'y accueillaient, il se félicitait de ce que Tenvie, qui se plaît tant à rabaisser le mérite des contemporains, n'imprimait sa dent sur aucun de ses ouvrages, et du fond du cœur il remerciait sa muse du rare privilège qu'elle lui accordait de jouir vivant d'une célébrité que la renommée n'accorde d'ordinaire qu'après le trépas.
Tu mihi, quod rarum, vivo sublime dedisii
Nomen, ab exsequiis quod dare fama solet,
Nec, qui detrectat praesentia. livor iniquo Ullum de noslris dente momordit opus.
Trist,, IV, 10 V. 121-124.
Toute sa vie semblait donc avoir été réglée dans les conditions les meilleures. Sans doute il n^avait pas été exempt des douleurs domestiques auxquelles l'ordre de la nature nous soumet ; ses parents étaient morts; mais ,en les pleurant comme eux-mêmes eussent pleuré sa perte, il avait eu du moins la consolation de se dire qu'il les avait gardés aussi longtemps que possible : sa mère avait survécu quelque peu à son père et celui-ci n'avait terminé sa carrière qu'après avoir atteintson dix-huitième lustre.
Etjam complerat genitor sua fata, novemque
Addideral lustris altéra lustra novem ; Non aliter flevi, quam me fleturus ademptum
Ille fuit. Matri proxima justa tuli.
TrisL, IV, 10 v. 77-80.
Seul héritier d'une fortune que la prévoyance paternelle avait largement accrue, en possession, par lui-même et par sa femme, d'une situation enviable, entouré d'amis lettrés dont l'amabilité de son caractère assurait le charme des relations, et recherché de tous les côtés, voire même par les princes de la famille impériale dont il devenait parfois le confident^ il semblait n'avoir rien à redouter du sort.
XIVRE QUATRIEME. Cil. IV, 3. 23
Ce fut pourtant au milieu de cette félicité que tout à coup, à la fin de Tan 761 (8 de notre ère) il reçut de l'empereur l'ordre de s'éloigner de Rome, et non pas dans un lieu de relégation ordinaire, mais aux conflns les plus reculés de l'empire, sur les bords du Pont-Euxin, dans la petite ville de Tomi S un pays inclément et désolé qu'habitaient des Sarmates et des Gètes ! De quel crime s'était-il rendu coupable? Question qu'on s*est souvent posée et qui ne comporte point de solution certaine. Car aucun des contemporains n'a noté nulle part les causes d'un châtiment si terrible, si raffiné, et Ovide, en y faisant souvent allusion, dans ses plaintes, ne les a jamais précisées; ou du moins il n'a énoncé que celle qui pouvait être dite et qui avait été mise en avant par Auguste, le mal produit par les publications de son An d'aimer, et n'a parlé qu*en termes obscurs d'une faute involontairement commise, qui trop connue de tout le monde, disait-il, ne devait pas être signalée par son témoignage :
Perdiderinl quum me duo crimina, carmen et error, ÂlleriuB facli culpa sileuda mihi est ; TrisL, II, V. 207-208.
et plus loin :
Causa mese cunciis nimium quoque nota ruinse Indicio non est testificanda meo.
TrisL. IV, iO V. 99-100.
Nous nous trouvons ici en présence d'un de ces secrets de l'histoire sur lesquels s'acharne en tous les temps la
(1) Sur l'emplacement de l'aDcienne Tomi s'élève aujourd'hui la ville de Kustendjé.
UTRE QI;ATR1ÈHE. eu. IT, 3..
curiosité des érudits. Les uns relèvent la comparaison mythologique par laquelle le poète a rapproché son sort de celui d'Actéon : « Ah ! pourquoi ai-je vu ? Pourquoi aije rendu mes yeux coupables? Pourquoi n'ai-je compris ma faute qu'après mon imprudence ? Ce fut sans lé vouloir qu'Actéon aperçut Diane sans vêtements ; il n'eu devint pas moins la proie de ses chiens; car envers les dieux offensés, des tortsiovolontaires eux-mêmes s'expient... >, et ilss'appuientsurce passage pour supposer qu'Ovide aurait surpris au baia, toute nue, la chaste Li vie, dont laflerté outragée aurait réclamé cette punition du coupable '. Mais la comparaison poétique ne doit pas être prise à la lettre : elle exprime en réalité d'une manière générale le danger de voir, même sans le vouloir, une chose interdite et il ne saorait être question ici de la nudité de Livie. D'autres. fi la suite deVillenavo, émettent l'avis qu'Ovide, généreusement porté vers Agrippa Posthumus, légitime héritier de l'empire ctsi durement traité à linstigationde Livie '.auraitété mêlé à quelque scène violente de la famille impériale ou aurait surpris uQ secret d'État par une indiscrétioa punissable. Certains encore disent qu'il avait été témoin d'un acte de débauche criminelle d'Auguste, d'un do ces adultères ou de ces incestes dont il est question dans Suétone ' ; mais cette hypothèse se réfute par le soin même qu'il prend do rappeler à chaque instant ce qu'il nomme sou erreur; comment chercherait-il à désarmer le courroux de l'empereur en lui mettant sous les yeux si souvent et de tant de façons diflércDtes un souvenir déshonorant pour lui ? Selon quelquesum aussi, Auguste venait d'apprendre que la femme célébrtl'e dans les Amours sons le nom de Corinne n'était autre qua sa fille Julie, déportée depuis longtemps déjà dans l'tle de Paodataria à la suite de ses dérèglements scandaleux*;
(I) Dcvllle, £»Mii #ur PeofU d'Ovide, 1859.
(1> cr. c. L. Rcith, 3iDUg*rt«r Correip. F. 0. SchuUn Wurltcnib., 1SS1, pp. 1(15-187.
IS) SoA., Oct. Aug. cb. 60 ; Catig. ch. !3. (4) Vtrir an i. I, p. W.
comme si vraiment pareille chose serait restée si longtemps ignorée et comme si le poète aurait pu la traiter de simple erreur I Enfin, dans ces derniers temps, en groupant avec ordre tous les passages où il est fait allusion à cette cause mystérieuse de la relégation et en considérant avec le plus grand soin les expressions pondérées dont ils se composent, on est arrivé vraisemblablement, sans pouvoir rien affirmer, aussi près que possible de la vérité. M. Boissier, dans une des parties de son intéressant ouvrage VOpposiiion soiis ^César^Smontred'abord comment le mécontentementd'Auguste s'accrut d'année en année par la connexion qui s'établissait naturellement dans son esprit entre l'échec do ses projets de réformes morales, constaté par les désordres de sa propre famille, et le succès grandissant des vers du poète qui ne s'était pas contenté de chanter ses amours personnelles à la manière de Tibulle et de Properce, mais qui avait enseigné en quelque sorte la licence des mœurs à toute la jeunesse romaine. 11 rappelle la douleur profonde que ressentit le vieil empereur quand il eutà punir sa petitefille, laseconde Julie, qui avait imité la conduite de sa mère et commis un adultère avec un jeune homme de grande maison, Silanus.U remarque que l'époque où ce crime fut commis est précisément celle de l'exil d'Ovide, et, cette coïncidence lui donnant à penser qu'il y a corrélation entre les deux faits, il en cherche la preuve dans les mots échappés au poète pour sa justification. Or tous ces mots, en effet, s'appliquent parfaitement à la situation. Nous voyons Ovide recherché, pour son malheur, à cause de sa réputation de poète des amours, par les deux amants,
Garmina fecerunt ut me cognoscere vellcnt Omine non fausto femina virque meo ;
Tn'st., II, y. 5-6.
il tombe dans cette première imprudence d'assister à leur liaison,
(1) Voir U note de la p. 2.
.... priu8 obfuit error ; Trist, IV, 4 V. 39.
-et quand il s'aperçoit que, par simplicité et par sottise, il s, prolongé cette faute,
SlultiUamque meum crimen debere vocari^,
rmr., m, 6 V.35.
il en commet une autre par faiblesse et par timidité, n'osant plus ni séparer les coupables, ni prévenir l'empereur de leur crime ;
Nil Dîsi non sapiens possum tlmidusque vocari ;
Ponr, II, 2 V. 17.
II se trouve ainsi entraîne, plus fautif que criminel, à toute une série de complaisances, que l'on excuserait, si l'on en connaissait bien l'enchaînement,
Hanc qùoque, qoa perti. culpam scelus esse negabis. Si tanti séries sit Ubi nota malt ; TrisL. IV, * Y. 37.
d'autant plus qu'il n'a, dans cette aventure, aucun intérêt en perspecti7e.
Prsmîa peccato noUa peiila mihi.
Trifl, III, 6.V. 3*.
Enfin les amants, emportés par leur passion, produisent un scandale qui rend leur adultère public, et Ovide, qui les a accompagnés, sans se douter de ce qui devait arriver, et qui, à l'entendre, n'a joué dans cette scène que le rôle d'Actéon, est compromis parle récit de témoins au nombre desquels se trouvent peut-être certains de ses compagnons et de ses serviteurs,
Qoid refenun coœUaoïque nef.is famulosque nocentes ?
Trist., IV, 10 V. 101.
i\, Ci. Triêt., 1, SI, -12: • haae mena simpUcitate fugaiu ».
Alors, tout entier à sa colère, Auguste sévit et il sévit d'autant plus sérieusement que tous ses anciens griefs accumulés lui font voir dans cet homme de cinquante ans, complice de pareille débauche, un coupable bien plus condamnable encore que sa petite-fille etSilanus euxmêmes.
Il serait difficile, vous l'avouerez, d'exposer une explication plus plausible. On y a fait néanmoins une objection. M. Emile Thomas * relève dans unedesPona'^ii^^ cette expression nurtis neptesque pias s'appliquant aux brus et aux petites-filles de l'empereur et dit qu'Ovide n'aurait jamais joint au mot neptus l'épithète pias s'il s'était trouvé impliqué dans le crime de la seconde Julie; de là il arrive à cette conclusion qu'il n'y avait pas nécessité d'un scandale très retentissant pour amener un châtiment sévère et qu'Auguste, n'attendant qu'une occasion de punir l'auteur de poésies auxquelles il attribuait ou voulait attribuer les désordres de sa maison, a saisi celle que lui fournissait publiquementunfaitbeaucoupmoinséclatant,«parexemple» quelqueéquipée d'undecesjeunes princes qui furent tous si précoces et, dans toute leur vie, si ardents à la débauche. » Mais je ne crois pas qu'il faille donner une telle importance à l'épithète en question,puisque,après tout, dans le moment où Ovide l'écrivait, Julie condamnée et exilée n'était plus légalement la petite-fllle d'Auguste, et je suis d'avis de nous en t^nir à l'hypothèse de M. Boissier que rendent on ne peut plus vraisemblable non seulement la concordance des textes, mais aussi la co'incidence des faits connus et la proportion mieux observée entre l'éclat du scandale et celui de la peine.
Cette peine, à la vérité, n'était pas proprement ce qu'en terme légal on appelait l'exil, lequel comportait et la confiscation des biens et la dégradation civique, c'était la relégation^ mais aussi cruellement aggravée que possible : l'im -
(1) Articlo intitule Sur les causes de Vexil c^Ooide dans la Reoue de philoly xiii (1889;, p. 47 sqq.
mense éloignement, la rigueur du climat, la barbarie d'habitants aux mœurs violentes, aux discussions sanguinaires, faisaient de la ville de Tomi le séjour le plus sombre et le plus affreux pour un homme habitué aux plaisirs de Rome, aux douceurs du luxe, à toutes les délicatesses de la société la plus élégante. Quand, après la douleur du départ et les périls qui l'assaillirent durant ce très long trajet, il fut arrivé, rhorreur de sa situation dépassa toutes les craintes qu'il avait conçues. Déjà, pendant le voyage, il avait dit en un premier livre d'élégies plaintives son affliction et ses dangers, mettant en sa femme et en ses amis un espoir de délivrance. Mais l'aspect des lieux qui lui étaient assignés lui- donna de la vie qu'il devait y mener une idée plus terrifiante encore; et, dès lors, il ne cessa de faire des efforts désespérés pour en sortir.
Dans un premier moment de découragement et de dépit contre son talent de poète, cause de sou malheur, il brûla de sa main plusieurs compositions qui, dit-il, étaient de nature à plaire :
Tum qnoque, quum fugerem, quaedam placitura cremavi, Iratus studio carminibusquc meis.
Trisl,, IV, 10 V. 6a-64.
Bien plus, dans cette disposition d'esprit, il aurait voulu, s'il faut l'en croire, livrer aux flammes les Méiamorphases, le monument le plus considérable de son génie, qu'il j ugeait imparfait et ne se sentait plus la force de corriger :
Sic ego non roeritos, mecum peritura, libellos
Imposui rapidis, viscera nosU'a, rogis ; Vel quod eram Musas, ut crimina nostra, perosus,
Vel quod adhuc crescens et rude carmen erat.
Trist., I, 7 V. 19-22,
L'œuvre n'aurait été sauvée que parce que plusieurs copies, heureusement, s'en étaient répandues. Mais les Fastes se trouvèrent interrompus. 11 n'y avait plus dans son âme que des inspirations de tristesse; sa muse n'était plus capable que do pleurs :
LIVKE QUATRIÈME. Cil. IV, 3. 29
Nil iiisi flerelibet
Trist., m, 2 V. i9.
Lamentations continuelles, suppliques à tous ceux qu'il s'efforçait d'intéresser à son sort et qui, pour la plupart, dans la crainte de se compromettre, semblaient avoir oublié les devoirs de l'amitié, humbles prières et honteuses flatteries adressées à Auguste, voilà ce que renferment les cinq livres de Tristes et les quatre livres de Poniiques {Ex Ponto) qu'il composa dans ce misérable pays. Nousverrons, en les parcourant, combien peu il garda de dignité dans son malheur. Une longue prospérité et la vie mondaine l'avaient amolli : l'adversité le trouva sans défense. ^ Dites, comme vous le voudrez, avouait-il avec franchise, ou que ma douleur est pieuse ou que j'ai les sentiments d'une femme, je reconnais que mon âme est faible dans l'infortune ».
Sive pium vis hoc, sive hoc muliebre vocari, Confiteor misero molle cor esse mihi.
Pont,. 1, 3 V. 31-32.
11 était d'ailleurs incapable de méchanceté. Ayant à se plaindre d'un misérable qui le poursuivait de ses calomnies jusque dans l'exil et qui cherchait à lui nuire encore plus, il le menaça de livrer par ses vers aux ùl^qs futurs son nom et l'infamie de sa conduites et^ comme ses attaques continuaient, il lança contre lui une longue imprécation en distiques élégiaques, mais sans Ty désigner autrement que par le pseudonyme d'/6is qui servit de titre au morceau.
Les poursuites de ce vil ennemi, qui peut-être avait pour but la confiscation à son profit des biens de l'infortuné poète, n'eurent aucun sudcès; Auguste n'ajouta rien au châtiment prononcé. 11 n'en réduisit rien non plus. Cependant Ovide ne perdit jamais tout espoir de le fléchir et il parait que Fabius Maximus,un de ses plus fidèles amis,était sur le point d'y arriver, lorsque victime lui-même d'une
(I) Trist., IV, 9.
99 um or.ATKiiaiE* ca. it, 3.
U^rnUf'. inaehicatioa, il se trooTa rédait à se taer. La mort n*Ar,fçwgUs, qai sorriot peu après (767 de R., eo Tan 14)» 4#>ooa la toole-poissaoce à Tibère. Mais le caractère do ùonr^a^n maître, loin d*aogmeoter les chances de pardon, a^ faisait qoe les diminoer ; on ne put même pas obtenir OD^ mutation de résidence, et le pauvre relégué, malgré la t^oaciC^ qu'il apportait à ses sollicitations, en arrivait parfois h f^moi^Der, arec une désespérance complète, une sombra résignation : « Je suis venu dans le pays des Gètes, écrivait'iljl faut que j'y meure et que mon destin s'achève corrim^; il a commencé. Qu'ils se livrent à l'espérance ceux qu'elle n*a pas toujours abusés, et qu'ils fassent des vœux c*^ax qui croieot à Favenir ! Autrement le mieux est de 4htfanf^:rer à propos et de reconnaître franchement qu'on ost perdu sans ressources... On souffre moi us à être f^Dglouti tout d'un coup qu'à s'épuiser en vaius efforts ctiùWi htn flots en courroux ».
Vcriimu» io Geticos fines ; moriamur in illis, Fsrcaque ad extremum, qua mea cspit, eat.
S{K;m juvet amplecU, quse non juvat, irrita semper, Kt fieri cupiaSy si qua futura pules. . . .
Miliu» ille pent, subita qui mergltur unda,
Quain tua qui lumidis bracchia lassât aquis. Pont., III, 7 V. 19-22 ; 27-28.
Il ùd trouvait du soulagementàses peines que dans sa passion d'écrire. Adresser des vers à sa femme, à ses amis, nVîtait^ij pas vivre un peu avec eux, se transporter en imagination dans sa Rome bien-aimée, y entretenir chez tous la \ntUHi'M de sa gloire poétique? Et puis par là ne se livraitil pas/i la seule occupation qui pût lui faire tuer le temps, qui lui p($rmettait de surmonter la longueur de tant de Journ<Wîs si vides et si tristes?* Écrire, disait-il, dérobe mon Amo h la continuelle contemplation de ses maux et
lui fait oublier ma situation actuelle Comme si je
m'abn^uvais do Tcau soporifique du Léthé, il me semble quo N'émousse on moi le sentiment de mon adversité. »
Semper in obtutu meDtem velat esse malorum, Praesentis casus immemoremque facit. ...
Utque soporiferae biberem si pocula Lethes, Temporis adversi sic mihi sensus hebet.
Trist., IV, 1 V. 39-40; 47-48.
Il s'était remis à ses Fastes, non pas pour les continuer,, mais pour revoir ce qui en était fait, pour y introduira certaines allusions au règne nouveau, et pour les dédier à Germanicus dontil comptaitse faire un puissantprotecteur. Il avait entrepris aussi un poème didactique en vers hexamètres sur la pêche et les mœurs des poissons, intitulé Halieulicon.
En même temps, il avait composé en mémoire d'Augusteun éloge d'une certaine étendue, et, comme le latin ne lui suffisait plus, il l'avait écrit dans la langue des Gètes. Il ne laissait pas que de rougir d'avoir ainsi tenté d assujettir aux règles de la poésie latine des mots barbares.
Ah pudet l et Getico scripsi sermone libellum, Structaque sunt nostris barbara verba modis ;
Pont.j IV, 13 V. 19-îO.
mais il s'en excusait auprès de son ami Carus en lui expli**quant le sujet de cette composition . « J'ai célébré César et la protection du dieu a favorisé ma tentative nouvelle. Les Gètes ont appris de moi que, si le corps du père auguste de la patrie était mortel, son essence divine s'en est allée aux demeures célestes ; que sa vertu est égale à celle de son héritier qui n'a pris qu'après une longue résistance et malgré lui les rênes de l'empire ; que tu es, ô Livie, la Yesta des chastes matrones, aussi digne de ton fils que de ton mari; qu'il existe deux jeunes princes, fermes appuis^ de leur père et qui déjà ont donné des gages certains de leur grande âme. »
laudes de Caesare dixi :
Adjuta est novitas numine nostra Dei.
ISam patris Augusli docui mortale fuisse
Corpus, in œlherias uumen abisse domos ;
LIVHt QL'ATHIEIIE. Cil. IV, 3.
E«ie parrm virtule palri, qui freu» conclus
Srpc recuîati ceperjt iraperii ; Khc pudicarum Le VcsUm, LIvia, roatrum,
Ambiguiim nalo di^nior, nnne viro ; E«K duos juveneg, Anna adjumenU parenlis,
Qui dederint iDimi pignorn wrU Bui.
Pont., IV, 13 ï.23-3«.
lies Tomitains, qui n'avaient jamais eu qu'à se louer de la douceur de son caractère, étaient flattùs de l'enteodre clianter en leur langue. Ils lui avaient accordé l'immunité des impôts, décerné publiquement une couronne de laarier. Mais ils se demandaient comment, en célébrant si bien 1« vertus de la famille impériale, il restait relégué chez oax . Ces barbares se montraient sensibles à son infortune et l'empereur demeurait inflexible I
Ce fut la mort qui le délivra de ses maux, dans la huitiiime aoDée de sa relégation et dans la soixantième de son âge, en 771 de R. (18 ap. J.-C.). Encore doutons-nous que l8 persécution n'ait pas été prolongée j usqu'au delà de son trépas ; car on oe sait si jamais put Atre accompli le vœu i^u'une de ses élégies avait exprimée sa femme, que ses cendres du moins fussent transportées à Rome dans une petite urne et déposées par elle dans un monument portant c«tte épitapbe qu'il avait pris soin de rédiger :
Wtr. f^o qal )ac«o, tf nerorura lutor amomin,
laB«Dio p#ri) Maso pott» mco.
At liM, qai Iraintiii, ne ail grave, quiiqui» amasti, t)ic«r« : ^afuni« molliler ossa cubeiil I TriMl., m, 3 ï. 13-76.
Ci-ii(ll l« fh»nUf.ài^ kndrei amours, Ovide, qui péril victime de vio K^iii^ p4»i*iii, ai lu a» jamau aimé, ne réfute pas de dire: qu'en |aii rrp"^ la ^«adre d'Otide \
Des œuvres d*Ovide que je viens de citer, en marquant répoque de sa vie à laquelle appartient chacune d'elles, deux ont disparu : son poème en langue gète et sa tragédie de Médée, La perte de Tnn est regrettable au point de vue linguistique, mais Tautre seule intéressait l'histoire de la littérature latine et nous devons d'autant plus en déplorer la disparition qu'elle était très estimée. Ovide lui-même parlait de son aptitude et de son talent dramatiques comme d'un mérite qui lui faisait honneur. « J'ai fait parler les rois sur la scène tragique, dit-il dans les Trisies S avec la gravité d'expression qui convient au cothurne. » — «J'ai manié le sceptre, lisons-nous aussi dans une pièce de ses Amours^ ma tragédie avait de la force et je me sentais
propre à ce genre de poésie, mais la volonté d'une
amante impérieuse m'en a détourné et c'est l'amour qui triompha du poète en cothurne. » ' Ailleurs encore il se montre placé entre la Tragédie et l'Elégie qui veulent toutes deux le posséder, et, bien,que des accents sublimes soient tout prêts à sortir de sa bouche, il prie la majestueuse Tragédie de lui laisser quelque délai, parce que ses œuvres à elle réclament un immense labeur, tandis que celles de sa rivale ne demandent que peu de temps :
Tu labor aeternus : quod petit îlla/ brève est.
AmoT,, lU, \ V. 6S.
U est bien possible, en effet, que les efforts plus puissants qu'exige Tart tragique soient la seule cause qui l'ait détourné d'un genre où le succès l'appelait. Mais qu'il y ait
(i) Triai, Il,v. 553-554.
(?) Amor., II, 18 v. 13-14 cl 17-18.
UVBE QUATRIÈME. CU. IV, i.
ri*'
réussi par sa Médée, les témoignages des plus illustres critiques de la génération suivante ne permettent pas d'en douter. Dans son DicUogue sur les orateurs. Tacite fait dire à Maternus, démontrant la supériorité des vers sur la prose, « qu'on trouvait, de son temps plus de détracteurs de Gicéron que de Virgile et que pas un livre d'Asinius et de Messala n'était aussi célèbre que la Médée d'Ovide et le Thyesle de Varius * ». Le Thyeste passant alors pour un des chefs d'œuvre du théâtre tragique, nul éloge ne pouvait être pour la Afédée plus expressif que ce rapprochement. De même Quintilien cite les deux tragédies à la suite l'une de l'autre : «Le Thyesle de Varius peut être comparé à ce que les Grecs ont de mieux et la Médée d*Ovide m'est une preuve de l'élévation que ce poète aurait pu atteindre si, au lieu de s'abandonner à sa facilité, il eût mieux aimé la réprimer' ». Il ne nous en reste que deux parcelles^. Un vers nous en a été conservé par Quintilien dans son chapitre sur les différents genres de pensées où il montre quelle énergie elles peuvent recevoir du mouvement qui leur est donné * :
Servare potui, perdere an possim rogas ?
J'ai pu le sauver, et tu me demandes si je puis le perdre?
Cet ïambe est imité, comme l'a remarqué P. Burmann, de
(1) Dial. de Orat, ch. 12.
(2)//wt. orat., X, i, 98.
(3) Uo iocident curieux agita le monde des savants au xvii* siècle. Saumaise ayant dit dans son édition des Auguatœ historiée scriptores (1620), qu'il possédait la tragédie de Médée écrite sur de vieux parchemins, on crut que l'œuvre d'Ovide était retrouvée. Mais, vériQcation faite, on reconnut qu*il s'agissait d'une Médée, déjà publiée en partie par Scrivérius et qui n'était que le centon composé de vers de Virgile que mentionnait Tertullien (De Prxscript. Ha'.ret., 39) en l'attribuant à un certain Hosiditis Geta, dont le nom même prétait à une confusion puisque plusieurs savants, comme Deirio et Barth^ avaient voulu le lire Ovidius Geta, Ovide le Gétc, l'exilé chez les Gétes.
(4) Inst. orat.y Vlll, 5.
uviiE ouATKiÉuii:. OU. IV, 4. :
ce vers du petit poème de Ciris que nous avons analysé : Ul me, si iervare potes, ne perdere malis. '
Nous devons une autre citation à Sénèque le rhéteur, qui la donne à l'occasion d'une de ces expressions «qu'Ovido, dit-il, se plaisait à prendre à Virgile, non par larcin, mais par emprunt manifeste qu'il roulait qu'on reconnût » : Feror hucilluc, vœ, plenadeo. * Je suis emportée, ici, Ift, hélas I pleine du dieu.
Si brefs que soient ces deux fragments, comme ils ne correspondent à aucun des vers de la tragédie d'Euripido, Us suffisent pour nous prouver que, si Ovide, et cela n'est guère douteux*, avait pris pour modèle la pièce grecque, son imitation excluait toute servilité*.
La Aiô^e est la principale, mais non la seule perte que nous avons faite de ses œuvres. Quintilieo, dans le chapitre qu'il a consacré au rire, nous dit que des vers cités à propos sont un bon genre de plaisanterie et qu'il est si facile d'amener une citation intégrale qu'Ovide avait composé on livre entier contre les mauvais poètes avec tous quatrains tirés du poème de Macer : « adeo facile e*t. uf Ooidiux ex lelrastichon Macri carminé libntm m malùs poetas composuerii* ». Or ce livre, nous ne l'avons pas.
Nous trouvons dans Ovide lui-même, la mention de plusieurs ouvrages dont il ne reste rien. Par nne des Pontiques' ti recommandait à Ruân son poème sur le triompho
(1) Cirto, ï. 3T5. — Cf. Arisiuph., Xaée». v. im, éd. Tauclioitz.
(3) Medea fragm., t. éd. Ribbeck. -- • Pleoa deo ■ par imitation de ( Jovls omuia pUn« -, Vitfi., Ectog. 111 v. fiO. <
. (S) Cf. PaUn, Études sur les Irag. gi: ; Euripide, t. 1, p. 157.
.(ll.Sur la SIédée d'Ovide, voir 0. Kil>liect, Oeid'i Medea ; Rhein. Mua. XXX, 4, pp. 6;6-6i7.
'tr.] Inst. Orat.,\l, 3.
-{U) Pont, ni, i. ■
36 UTBE QCATUÊBE. Cil. IT, i.
de Tibère yainquenr des niyriens : il arouait sa crainte qoe cette composition ne parût an-dessous du sojet et il expliquait combien son éloignement de Rome, qui FaTait empêché non-senlement de pniser son inspiration dans le grandiose spectacle de cette fête, mais de ivcevoir sur die tons les renseignements nécessaires, le mettait dans nn état d'infériorité manifeste par rapport anx aatres poètes qoi de plus avaient ea Tavantage de Tactnalité en produisant leurs vers avant les siens. Cet ouvrage avait dû être composé en Tan 12 ap. J.-C.
D*autre part, une des lettres qui composent le quatrième et dernier livre des Poniiques, adressée à Brutus au soget de la catastrophe de Fabius Maximns, renferme une allusion très précise à un chant funèbre que le poète venait d'écriresur Auguste, mort presque aussitôt après Fabius, et dans lequel évidemment il avait introduit Féloge de Tibère et de Livie dont il cherchait à gagner l'indulgence . € Auguste, écrivait-il, commençait à pardonner à ma faute involontaire; il est enlevé à la fois à mon espoir et an monde. Je t'ai adressé, Brutus, de ma demeure lointaine, en l'honneur du nouvel habitant des cieux, un chant tel qu'il m'a été possible de l'écrire. Puisse ma piété me porter secours I puisse-t-elle mettre un terme à mon infortune et apaiser la colère de l'auguste maison ! »
Cœperat Augustus deceplœ ignoscere culpae ;
Spem Dostram terras deseruitque simul.
Quate tamen potui, de aelite. Brute, recentt
Vestra procul posilus carmen in ora dedi. Ou® prosit pietas utinam niihi ! sitque malorum
Jam modus, et sacrae mitior ira donius !
Pont., IV, 6 V. t5-20.
C'est ce chant bien certainement que vise aussi l'apostrophe à Auguste par laquelle se termine la neuvième lettre du même livre lY des Pontiques : cTu entends de la voûte céleste, où tu es placé parmi les astres, les vœux inquiets qui s'échappent de ma bouche. Peut-être même te par-
UVRE gi'TABIËME. CIt, IV, *. 37
vîendroQt jusque-là les vers que J'aieavoyés à Rome <-ui sujet de tou entrée dans le ciel ; je le pressens, ils apaiseront ta divinité et ce n'est pas sans raison que tu portes le doux nom de Père. >
Tu noslraa audia, ioter conveia localus
Sidéra, aotlicito quas damna or«, precea, Perveniant isluc el carmioa forsitau illa,
Quœ de te miai cxiite Tacta aovo.
Auguror hla igilur (lecll tu> numina ; nec lu
Inimeiito nomea mite pareatis liabea.
Une lettre adressée à Fabius Masimus rappelle également un poème qu'il avait composé, dans lo temps oH il vivait encore à Rome, à l'occasion du mariage de cet ami : « C'est moi, y est-il dit, qui ai cultivé ton amitié et que ta table, aux jours do fête, voyait souventaa nombre des convives : c'est moi qui ai célébré ton hymen devant les toiches nuptiales et l'ai chanté en vers dignes d'une couche fortunée. »
llle ego suro qui te colnl ; quem resla golebat
Inler convtvaa mcnsa videre tuoa.
Ilteego, quidiii vestroa HymeDceon ad fgnea,
Et cccini faualo carmioa digna loro.
Pon(.,l. 2v. 131-13*.
Un rappel du même genre se trouve encore dans im>' lettre écrite à Messalinus. Pour l'engager à lui témoigner quelque protection, le poète lui dit combien il était lié avec son père Messala et invoque comme preuve de cette amitié non seulement les larmes qu'il a répandues sur sa mort, mais les vers écrits par lui en son honneur et qui furent récités sur le Forum .
Cul nos (t tacrjmae, aupremum in funere muous, El dedimua medio acitpla cane&da foro.
Po«/.,r, 7 V. 29-30.
Enfin, à toutes ces composiUoDs perdues 11 faut ajouter
38 LIVRE QUATRIÈME. Cil. lY, 5.
un livre A*Ejngrammes^ dont un vers nous a été conservé par Probus* et un autre par le poète Martial,' puis un poème didactique, en vers hexamètres, sur les Phéno* mènes, qui était sans doute une imitation ou une traduction abrégée de l'ouvrage d'Âratus. Probus, dans son commentaire sur les Géorgiques de Virgile^, en a cité deux vers au sujet de la constellation Persée, et Lactance, dans son iTisiUuUon divine^, en a donné les trois derniers vers.
Les pertes subies ne s'arrêtent pas là. Car deux des ou V rages cités dans la biographie ne dous sont parvenus qu*en partie. Je veux parler des deux petits traités sur les Cosmétiques et sur les Poissons.
Le premier avait été produit avant la publication des trois livres de VArt c^'amer» puisque, dans ceux-ci, le poète y reporte seslecteurs;ilIefaitmèm6enattirantleurattentionsur le graad soiu qu'il avait mis à le composer et Ton sent àsa manière d'en parler qu'il en était satisfait. Doit-on conclure des termes*^ dont il se sert alors pour en marquer le sujet queletitreenétait 3fcrficamina/br»ia?'? ou faut-iU'intituler» soitavec un grand nombred'éditcurs,mp(itcamen^a/actei, soit, avec le manuscrit dont parle Heiosius, De omaiu faciei ? la question a peu d'intérêt. Ce qui nous importerait beaucoup
(1) Pour CCS épigr. cf. Politieu, Misceluli. 59 et D. Ileinsius, Frag. Ooid. Collect.
(i) « Lartc fcroxcœso Cossus opiina lulil. • Vers cité par Prise, lib. V.
(3) I Ride, si sapis,o pucUa, ridi*. » Vers cité par Martial. Epigr., 11,41
(4) Prob , in Verg. Georg. I, v. 138.
(5) Lact., In&t. dio., il, 5.
(6) Voir la citation de la page 20.
(7) Ccst celui-là qu'adopte .\1. Riesc.
LIVKB QUATRIÈME. Cil. IV, 5. 39
plus serait d'être certains de Tauthenticité du fragment de cent vers qui passe généralement pour en avoir fait partie. Quelques critiques, en effet, allant beaucoup plus loin que ceux qui y supposent, non sans raison sans doute, un certain nombre d'altérations, ne craignent pas de le considérer comme entièrement apocryphe. Mais, tant qu'il n'y aura pas de preuve absolue du contraire, je serais d'avis d'y voir un morceau véritable de l'œuvre d'Ovide.
L'introduction ne manque pas de vivacité. « Apprenez, jeunes femmes, quels sont les soins qui embellissent le visage et les moyens par lesquels peut se conserver votre beauté. La culture force un sol stérile à se couvrir des dons de Gérés et fait disparaître les ronces épineuses...; l'art embellit tout à nos yeux, couvrant les palais de lambris dorés et cachant le triste aspect de la terre sous des carreaux de marbre...; que chacune de vous se pare donc de son mieux afln de captiver les amours... Pour nous enflammer, votre parure a plus de puissance que les herbes magiques coupées avec art par la main d^une redoutable sorcière (v. 1-42). » L'auteur, non sans prendre la précaution d'énoncer cette pensée que rien n'embellit une femme comme un bon caractère et de bonnes mœurs (v. 43-50), passe alors à l'énoncé des recettes dont il conseille l'usage. Il décrit certaines pommades bonnes à enlever les taches du visage et les bourgeons de la peau, et, pour chacune d'elles, il révèle les secrets de la composition et de la manipulation, indiquant avec une précision rigoureuse la dose de chaque ingrédient. Les prescriptions techniques entraînent nécessairement, en dehors de l'alerte introduction, une certaine sécheresse; mais on reconnaît partout un talent qui, se jouant des difficultés, sait exprimer nettement les choses les moins aisées à bien dire en vers, et la manière même dé formuler n'est pas tellement aride qu'on ne puisse y relever, en pleine formule, quelque détail poétique; s'agit-il, par exemple, d'un mélange d'encens, de nitre, de gomme et de myrrhe : « Quoique l'encens, dit-il, soit agréable aux dieux et apaise leur colère, il ne faut pas
tout brûler sur les brasiers de leurs autels; mêlez donc de rencens arec... » On comprend cependant quel travail il avait dû s'imposer pour procéder à une telle énumération ; on se rend compte et de l'épithète grande opus qu'il attribuait lui-même à son petit traité» libellus parvus, et du désir qu'il devait éprouver de ne pas avoir à répéter dans son Art d'aimer le même exercice. Pour nous, l'énumération s'arrête à la quatrième recette ; mais combien y en avait^il? et quels développements comportait toute la fin du poème? Nous l'ignorons ^
Nous sommes condamnés à la même ignorance en ce qui concerne l'ouvrage intitulé Halieuticon. Nous n'en avons ni le commencement ni la fin ; car le commencement qu'en a produit H. Golumna dans son savant commentaire des fragments d'Ennius, comme venant d'un vieux manuscrit» n'était qu'un leurre. La partie que nous possédons se compose de 132 vers dont trois sont incomplets.
L'auteur semble avoireu quelque intention de faire admirer la prévoyance de la nature qui a donné à chaque animal l'intelligence des armes mises à sa disposition pour se défendre contre des ennemis et des menaces de mort ; il lui arrive souvent de mettre en parallèle les animaux terrestres et aquatiques quant à leurs moyens de conservation individuelle; mais c'est aux poissons de mer qu'il s'attache tout particulièrement; il les décrit, raconte les ruses auxquels ils ont recours pour éviter les pièges ou pour s'en tirer, indique les parages que chaque espèce choisit de préférence et les procédés dont le pêcheur doit user pour les prendre plus sûrement.
Ce fragment fut mis au jour pour la première fois par Aide Manuce, d'après un manuscrit trouvé par Sannazar*.
(1) Voir l'édition qu'en a donnée Ant. Kunz, Wien, 1881. -- Cf. M. Schaai, Ueber die Veberlie/erung oon Ooido lib. de medicam, fac, Rhein. MuM. XXXIX, e, pp. 313-315.
(2) cr. Coor. Gesaer, In pref. libr. de Piacîbus et aquatilibua, Zurich , lo-S*, 15Si sq.
Pablié par G. Logus à la suite des Cynégéiiques de Gratius FaliscusS puis, dans les Auctores rei venatican*, par J. Ulititis. il lut attribué par cet érudit à Gratius lui-même.D'un autre côté» presque à la même époqoe» Barth, dans le grand ouvrage d'érudition qu'il a intitulé Adversaria^^ en reconnut pour auteur le poète du m'' siècle, 01. Némésien. Et depuis, naturellement, les discussions se sont prolongées jusque dans ces derniers temps *. Mais l'excellente dissertation de A. Zingerle' a laissé peu de doute sur la question, et l'on est généralement d'accord aujourd'hui pour affirmer, comme l'a fait W. S. Teuffel*, que nous avons bien un morceau d'Ovide. Du reste Pline le Naturaliste cite le traité d'Ovide en deux endroits distincts de son livre XXXII, et voici en quels termes : 1* au chapitre 2, au moment de parler de l'existence des poissons, il s'appuie sur le témoignage du poète : « Admirable aussi me parait cet instinct des poissons qu'explique Ovide dans l'ouvrage qu'il a appelé Halieutiques »; suit alors un certain nombre d'exemples, dont la plupart, ceux de la murène, du loup, du polype, du muge, de l'anthias sont les mêmes que dans notre fragment. 2"" Au chapitre 11, après une longue énumération de poissons de mer, il ajoute : c A cette liste joignons ceux que nomme Ovide et qu'on ne trouve cités chez aucun autre écrivain, sans aucun doute parce qu'ils sont particuliers au Pont-Euxin sur les bords duquel il commença cet ouvrage vers la fin de sa vie ». Or les poissons qu'il nomme sont encore ceux que nous retrouvons dans notre morceau et presque toujours mémo avec des épithètes semblables. Remarquez de plus cette expression « id volumen supremis suis lemparibu^ inchoavil » ; elle semble
(i) Venise, 1534.
(2)- Leyde, 16^.
(3) Francfort, i&U ; xlix, 7.
(4) Th. Birt, De Halieuty'Ooidio poeta/also adcsriptis, BerUo,1878. — Cf. E. Bâhreos, Jenaer Literaturxeitung^ 1879, n» 18 pp. 252-253.
(5) De Hal. fragmenta Ooidio non abjudicando, Verona, 1865, 28 p»
(6) Litt. roin.y traduction Bonnard et Pierson n« 250, note i.
□ iHor qu'Ovide n'avait faitque commcaccr ce livre aaos oir ou le temps de le flair, ce qui expliquerait l'état m perfectiOD dans lequel nout le voyous et,siDon la perte inmmeDcemeQt, tout au moins l'abseuce de la fia.
Comme pour compenser taat de pertes infligées par ]e tfiLi|js au trésor littéraire d'Ovide, on s'est aventuré trop souvoDt à lui attribuer uae quaatité de poèmes qui ne soot pus de lui. Lagraade réputation qu'avaient eue ses oeuvres Juus les écoles de rhétorique et la facilité de sa versiflcatioii luiavaieatcréé.déslepremier siècle, de nombreux imitateurs; au moyen âge, cette imitation se raviva puissam- TiKiit.' et l'on fut tenté de mettre ensuite sous son nom lieaiicaup de compositions écrites par d'autres.
Ji' n'ai pas à entrer ici dans l'examen de ces poésies apocryphes du moyen âge, dont la date d'origine ne i^it plus de doute pour personnne; je laisse donc de côU- les vers intitulés 0« PuUce*, De PhiUtmela' , les trois
ili iir.K. Ba.Ttacb, Albrecht oon Halberttadt undOoid in MitUlalter, (jiip-'iiirih,, 1861,ecLxi;t SOI p.; H. âcldoiayw, Beitrage »w Geschickte ,Ur i-niigtudien im Mittelalttr. Wiener Btadien, VI, 1, pp Ui-l!i8 ; W ^iL. uiiich, Paeado-OoidUcke Gedichte de» MittelaUera. ZeiUchri/t d,-- l.-utaclien MitteUtUera,\Sao.
:-^ I In attribue otlc pïocc à un certaio OQlius Serj;ianus ot il cd a ilé liiilii aAmslcrdam, en iTiO, uiio iraâucUuamnçutD aussi peu sérlcosa <[iir . iiLi^ie BouH la titre Les Tétons.
'.t 1:1 Philometa traite des voii diverses des dImbux et des quadrupèdes H ij' ~ Ilots latins qui les eipriinenl. Ct. Vossius, De oiliia Sermonia, 11, <! lit Idolatria, lit, J; 0. Schotl, Obaero. Poetic, 53; WcrnsJorr, [•:,.■! Uit. min., VI, p. 388 sqq. ; Ch. Nodier, EUgia de Philom. avec Iiri'liiii, A mn. et suivi U'uoe traduction de l'abbé Harolles, Paris, 18Î9, il.-N'«Up.
livres De Velula^, In Pediculos, De medicamine aurium, etc.
Je ne m^arrète pas davantage aux Epigrammata scholas^ tica de Vergilii XII librxs ^neidos, arguments en vers des livres de l'Enéide. Bien qu'ils se trouvent placés sous le nom d'Ovide dans plusieurs manuscrits^ on s'accorde à reconnaître qu'ils sont d'un autre auteur.
Il n'y a pas à lui attribuer non plus le Panégyrique de Pison, Carmen Panegyricum ad Calpurnium Pisonem, vers, à la vérité, faciles et élégants, où se reconnaît une grande connaissance de l'art des rhéteurs et de la littérature du siècle d'Auguste, mais qui doivent être renvoyés à un écrivain de la génération suivante» puisqu'il n'y est fait aucune allusion à un fait antérieur au règne de Claude.
Notre attention est surtout appelée sur les Priapeia et aussi sur deux pièces dont l'authenticité» quoique sérieusement contestée» ne peut être niée d'une manière certaine : l'une a pour titre Consolation à Livia Augusla sur la mort de />rtAsus Néron, son fils, {ad Liviam Augusiam de morte Drusi yerofiis, filii ejus, consolatio), et l'autre, le Noyer (Nux).
Les Priapeia renferment certainement quelque chose de la plume d'Ovide. Sénèque le Père * raconte que Scaurus, qui était très spirituel et ne laissait jamais passer une sottise sans la reprendre, arrêta tout court un ancien préteur, dans la discussion d'une controverse de nature obscène, par cette citation du mot d'Ovide ; « Inepla loci >. Or ce mot d'Ovide (illud Ovidianum) se trouve au huitième vers du troisième morceau des Priapeia ; ce morceau est donc de notre poète. La preuve que le hasard nous fournit ainsi pour cette pièce-là nous donne à penser qu'il y en a d'autres de même origine dans le recueil'; seulement» ne
(1) Voir sur l'auteur de Vetula les recherches de II. Cocheris en tète de La Vieille ou les derniers amours d'Ooide.,. etc., Paris, 1861. {t) Controo , 1,2, 22.
(3; Cf. Wcrnicke, Priapeia, pp. 120-124, 126-131.
44 LIVRE OL'ATRIÂME. Cit. IV, 6.
tronvADt nulle part od secours sembiable'à celui que nous a procuré Sénèque, il bous est impossible de les recoanaftro exactement.
La Consolation à Lîtie est un poème élé^iaque de 474 vers. Jos. Scaliger et après lui Vossius en ont fait le plaa grand élo^, en l'attribuant à Pedo Albiaovanus. N. Heinsias, qui, lui aussi, le juge digne du siècle d'Auguste, n'ose pas dire qu'il est d'Ovide. Mais J.Passerat, CI. Barth, Dan. Beck n'hésitent pas à le dire et il est facile à ceux qui pensent comme eux de combattre l'opinion de Scaliger favorable à Pedo. Ils rappellent que Quiutilien mit Pedo sur le même rang que Rabirius en leur accordant à tous deux cet éloge fort modeste « qu'ils ne sont pas indigues qu'on leur consacre quelques loisirs » ', et ils prétendent que cet excellent critique eût parlé en termes plus élogieux d'un poète auteur de la Consolation. Ils remarquent aussi que Sénèque le POre, qui plus d'une fois a prononcé le nom de Pedo et it menue cité un long passage de son poème sur la «avigalion •!■• Ctrmanicus ', n"a mentionné nulle partses vers à Livie, Kii ti a, et c'est pour eux l'objection décisive, ils demandent coiumeot Ovide, qui était l'ami de Pedo ^ qui le lélicitait ilVL-rire une épopée sur Thésée * et l'appelait poètedivin •, aurait pu passer sous sileuce un tel poème tout à l'honui'ur do la famille impériale. Mais, dans cette discussion, ils se sentent moins à l'aise pour asseoir leur propre thèse sur des preuves que pour réfuter l'avis de Scaliger. Ils iiioQirent bien que, la mort de Drusus ayant eu lieu l'anaée môme où Ovide fut condamné à la relégation, celui-ci a dOi saisir avec empressement l'occasion qui s'offrait à lui d'a- {'.iiscr la colère d'Auguste et de Livie. Seulement ils n'ex-
' I • \0D iDttigni cogniUonc, si Tuet ■. Quiot., [nat. 0ml., X, I.
' • Canssine ■. Pont.. IV, It), 3.
i| Ponf.lV. 10. 7l ïqq.
PonI , IV, 16. 6.
pliquent guère le silence absola que, dans ses lettres du Pont, il a toujours gardé sur cette œuvre alors qu'il y rappelait plusieurs autres de moindre importance. Il s'est tu, disent-ils, dans le premier moment pour que son nom ne nuisit pas à l'œuvre, avec Tintention de profiter plus tard de l'effet qu'elle aurait produit, et, plus tard, il ne l'a pas revendiquée parce qu'elle n'avait pas eu l'effet attendu. Mais Ovide, à notre connaissance, n'a jamais usé de ces sortes de précautions, et j'avoue que son silence sur ua ouvrage ayant eu pour lui un intérètsi vif me surprend singulièrement.
Je reconnais d'ailleurs que le poème en lui-même ne s'oppose nullement à l'attribution qu'on en ferait à Ovide. Les qualités en sont indéniables. D'abord il répond bien à la grandeur de la situation telle que nous l'explique ce passage de Sénèque : < Livie venait de perdre son fils en qui s'annonçait un grand prince et qui déjà était un grand général. Il s'était avancé jusqu'au fond de la Germanie en plantant les aigles romaines là où l'on savait à peine qu'il existât des Romains, et, dans cette campagne, il était mort au milieu de ses victoires, tandis que, pendant sa maladie, les ennemis lui témoignaient assez de respect pour suspendre toute hostilité sans oser souhaiter un malheur, pour eux si profitable. A la gloire de cette mort, regue pour la république, s'était joint le regret immense des citoyens, des provinces, de l'Italie entière, à travers laquelle, dans le concours des municipes et des colonies accourus pour lui rendre les lugubres devoirs, furent menées jusqu'à Rome ses funérailles semblables à un triomphe. La mère n'avait pu recueillir le baiser d'adieu, les douces paroles de son fils expirant. Durant le long trajet du cortège, elle suivit les restes de son Drusus, voyant fumer par toute l'Italie ces bûchers innombrables dont chacun, comme s'il renouvelait sa perte, irritait sa blessure. Et cependant, dès qu'elle l'eut déposé dans la tombe, elle y enferma avec lui son grand deuil : elle se montra, dans son affliction, telle que devait être la femme d'Auguste et la mère de
46 LIVHE QL'ATRIÈKE. CU. IV, 6.
Drusas. Aussi ne cessa- telle de célébrer le nom de son cher fils, de se représenter son image partout, en public -comme en particulier, de prendre plaisir à parler et à entendre parler de lui ' ». Voici, résumé, le développement poétique.
Faut-il parler de courage devant un tel malheur ? Dru- .sus, ce jeane héros» un de tes deux fils, est mort ! (v. 1-20). Et le coup qui te frappe, Ltvie, est d'autant plus cruel que ta t'apprêtais à célébrer ses victoires. Par toates tes vertas cependant tu méritais d'être épargnée par la Fortane ; mais elle ne respecte rien, pas même la maison de César à •qui viennent d'être ravis successivement Marcellus^ Agrippa et Octavie (v. 21-74). Non, l'éclat du nom de Drusus n'a pas désarmé la mort qui l'a séparé de son noble frère ; celui-ci du moins a pu l'embrasser et lui fermer les yeux ; mais ù toi, Livie. il n'a pas été donné de recueillir sur ses lèvres son dernier souffle (y. 75-100). Aussi on t'a Toe, malheureuse mère, répandre des torrents de larmes ; •on t'a entendue accuser la cruauté du sort. « Un bûcher, an tombeau, voilà, gémissais-tu, son char triomphal ; et pour moi le jour le plus affreux est le jour où je le vois -comblé des honneurs du consulat et de la victoire ! Pourquoi, avant de perdre un de mes fils, ne suis-jo pas morte moi-même pour être ensevelie par eux deux à la fois ? » '(v. 101-164). Larmes et plaintes inutiles! Déjà, ses restes précieux sont enlevés à ses soldats ; Drusus traverse mort les villes qu'il aurait traversées vainqueur; Rome s'enveloppe tout entière d'un voile funèbre ; les tribunaux sont fermés ; les dieux, dans leur temple, craignent de Justes reproches; tout le peuple, en pleurs, se rend à la triste cérémonie ; Auguste, la voix entrecoupée de sanglots, prononce l'éloge de son digne élève; et les cohortes en armes entourent le bûcher (v. 165-220). Alors le Tibre, frissonnant d'horreur, élève le front au-de$sus de ses ondes Jaunâtres et va, par un débordement subit, éteindre la-
(i) SéD,, Consol. ad Marciam^ 3. • - '
flamme, quand le dieu du Champ-de-Mars sort de son temple, lui représente que tout ce qui pouvait être fait pour Drusus a été accompli, les conquêtes, résultats de ses victoires, devant lui survivre, mais qu'il est impossible de lutter contre le destin et qu'éteindre le bûcher ne servirait qu'à priver des derniers honneurs le héros qui y repose. Le Tibre se retire ; aussitôt le feu dévore et le corps de Drusus et les espérances d'une foule de Romains, non pas toutefois la gloire que lui assurent ses nobles actions (v. 221-270). Lui cependant, dont les Romains vengeront un jour la mort sur la nation des Germains, ne lira pas son nom sur le fronton du temple qu'on élève sur le forum aux enfants de Léda; Tibère viendra seul y rendre un culte divin aux deux frères, en se désolant d'être privé du sien ! Les anciens compagnons d'armes du héros, eux aussi» comme toute la ville, sont peines. Et quel désespoir chez Antonia, sa jeune épouse, si aimante, si digne d'être aimée, qui tient continuellement embrassés ses enfants, les seuls gages restant de tout leur amour I Ah! plutôt que d'invoquer le trépas, qu'elle songe à l'illustration de celui qui va paraître, le front ceint de lauriers, devant ses aïeux étonnés de tant d'exploits accomplis en si peu d'années! (v. 271-340). Que cette même pensée, ô Livie, la meilleure des mères, calme aussi ta douleur! Dans ta situa* tion élevée, les regards sont fixés sur toi; sois digne de l'épouse de César, reste inébranlable aux coups du sort. Tu n'ignorais pas que Drusus, si grand qu'il fût, était mortel, et tu savais que la Fortune cruelle frappe tout âge sans pitié ; rappelle-toi de combien de faveurs elle t'a comblée et n'oublie pas tant de bienfaits pour une seule de ses rigueurs. Souviens-toi même des ménagements qu'elle a pris on te préparant par maint présage de Jupiter au coup qu'elle allait te porter. Et puis Tibère est là qui t'apporte ses consolations ainsi que César; tous les deux méritent bien des Romains en t'ordonnant de vivre (v. 341-426). Ainsi plus de larmes ; elles no sauraient rappeler au jour qijiiconque a été une. fois reçu dans la barque du nauto-
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nier des ombres; celles qui ont été versées jadis sur Achille par Tbétys et récemment sur Marcellus par Octavie, sur Octavie comme sur Marcellus par César, prouvent assez que la mort est inflexible non moins qu'inévitable. Si la voix de Drusus pouvait, de TAverne, arriver jusqu'à toi, lui-même te dirait : c La vie ne se mesure pas au nombre des années ; j'ai rempli, bien que mort jeune, une ample carrière ; ma gloire est grande ; célébré par tous et loué par la bouche sacrée de César, je ne suis pas à plaindre, et ne dois plus être pleuré par toi. » Voilà, s'il reste aux morts quelque sentiment, ce que pense assurément ce héros. Mais il te reste un fils qui en vaut plusieurs. Il te reste un époux, le protecteur de cet empire : lui vivant, le deuil de sa maison, Livie, serait un crime (v. 427-474). On peut, à la vérité, relever dans ce poème quelques défectuosités: outre des tournures et expressions anormales S il s'y trouve, par exemple, plusieurs répétitions : la mort do Marcellus et d'Octavie est rappelée deux fois, l'éloge prononcé par Auguste aux funérailles de Drusus deux fois également, et plus d'une des idées dont se compose le discours final de Drusus à sa. mère est déjà exprimée précédemment; il y a aussi dans certains développements partiels plus d^esprit que de sentiment Mais ce sont là des défauts qu'on rencontre dans la plupart des ouvrages d*Ovide et celui-ci est écrit avec la facilité abondante qui le caractérise. La beauté des détails, en somme, s'accorde avec la grandeur de l'ensemble et l'on ne s'étonne plus autant, après l'avoir examiné, des termes expressifs (carmen longe prapstafUissimum. . . dignum genio et mafestate sxculi Nasonis, . insignem ihesaurum. . . ob egregia in illo ingenii lumina) dont se sont servis, pour le qualifier, les grands érudits du xvi* et du xvii* siècle que j'ai cités plus haut.
Le Noyer est une composition élégiaque qui, bien que très développée par rapport au sujet qu'elle traite, n'a pas,
(1) Cf. N«Uleschip, On tke latinity of the Epicedion Drusi or Consol, ad Lio. Augustam, Trans. of Oxford phil. aoc^ 1885-i886, p. 16-18.
à beaucoup prôs^ la même étendue que la Con^o^aa'o. Nul doute qu'elle ne soit une imitation d'une épigramme de FAnthologie grecque, écrite soit par Platon, soit par Antipater de Sidon dont voici la traduction : « Pauvre noyer, planté sur le bord du chemin, les enfants qui passent se font un jeu de me lancer des pierres et de me frapper comme un but. Toutes mes branches ont été brisées, celles surtout qui avaient le plus de noix. A quoi sert aux arbres leur fécondité? Assurément, c'est pour mon malheur et ma honte que j'étais tout couvert de fruits**. La pièce grecque se renferme en huit vers, l'élégie latine en compte cent quatre-vingt-*deux ; mais, malgré la fécondité des détails, qui d'ailleurs n'a rien d'inconciliable avec la manière d'Ovide, le poème est bien conduit.
Le noyer, en se plaignant des attaques qu'il, subit à cause de ses fruits, remarque tout d'abord la différence du temps présent avec le passé : jadis, tous les arbres fruitiers produisaient chaque année en abondance, de même que les femmes ; maintenant, de même aussi que les femmes qui, par crainte de perdre leur beauté, détruisent le fruit qu'elles ont conçu et ne veulent plus être mères, ils aiment à se couvrir de riches et spacieux feuillages à ' l'instar des palmiers devenus l'objet de la prédilection des Romains (v. 1-32). De là des attaques plus fréquentes contre lui qui reste toujours aussi fécond; car on ne cherche jamais à nuire qu'à ceux dont la perte procure un profit. Et si ses voisins reçoivent encore quelques coups, ceux-ci ne proviennent que de pierres égarées qui lui étaient destinées, de sorte que leur haine contre lui vient s'ajouter à ses maux (v. 33-56;. Son maître lui-même, qui devrait lui être reconnaissant du peu de soin que réclame sa culture, ne récolte ses fruits qu'au moyen d'une gaule qui meurtrit impitoyablement ses plus beaux rameaux. Cependant, il serait trop heureux, s'il pouvait, à ce prix, fournir à la
(1) Anthol. gr. d'après lo texte du ms. palatin^ Ir. par F.Dchèque, Paris, 1863, 1. 1, p. 2U.
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ménagère les noix qu'utilise la table et aux enfants celles qui servent à leurs jeux^; mais, placé sur le bord d'uQ chemin, jamais il ne voit arriver tous ses fruits à maturité, et les pierres des passants lui en prennent avant le temps la plus grande partie, mutilant et dénudant sa cime (v. 57- 100). A le voir en cet état, on le croirait la victime des vents, de la sécheresse ou des frimas ; non, il Test de seâ propres richesses et de l'avidité des fripons (v. 101-112). Les arbustes épineux, de nature méchante, n'ont rien à craindre ; lui, parce qu'il ne nuit à personne et se contente de fournir son abri à qui en a besoin, est assailli par les méchants, et son maître va jusqu'à lui en vouloir des pierres qui retombent dans son champ, les rejetant sur le chemin où les passants s'en font de nouvelles armes. L'hiver seul, si détesté des autres, lui est bon, parce que, na alors, il ne présente rien à ravir (v. 113-128). Dira-ton que ce qui touche au chemin, domaine public, appartient à chacun ? Qu'on prenne alors les olives, les blés, les* lé gumes; qu'on prenne dans les maisons qui bordent les rues, l'or, l'argent, les pierreries. Mais le dieu qui a rendu le calme et la paix au monde. César ne le souffrirait pas. 11 n'y a de misère que pour lui seul : on Tattaque en plein jour et sans cesse ; nul ne peut le nier, car les pierres restées dans ses rameaux fourchus en sont la preuve, et ce suc noirâtre, son sang, qui s'attache aux doigts des ravisseurs, révèle leur forfait (v. 129-156). Ah! combien de fois n'a-t il pas désiré la mort! Sans aucun moyen de défense, il ne peut pas plus se soustraire aux tourments que le criminel livré au supplice pieds et poings liés. S'il a commis un crime, qu'on le condamne donc aux flammes, qu'on l'abatte à coups de hache une bonne fois; mais s'il est innocent, que les passants l'épargnent et poursuivent en paix leur ch'^rmin (v. 157-182).
(1) Ici U yj^A/t décrit ces jeux dont quelques-uns ont été expliqués par J. lUDgeart. ub Uf-^ traducteurs du Noyer (coll. Panck,, 1836), et par L. Beeq de Fi/u'iui*'rc9 dans l'ouvrage intitulé Les jeux des Anciens {t* é(j(. 1873, itt-8*, Viil et A.yj p.).
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Cette élégie ne manque pas d'éloquence et les moyens de rhétorique, comme dans les œuvres d'Ovide, y abondent; les descriptions y sont gracieuses ; elle présente une versification facile. Aussi Érasme s'est-il plu à s'en faire d'un bout à Tautre le commentateur ^ Je crois que des poèmes qui ont été attribués à Ovide sans certitude, aucun ne saurait l'être avec plus de vraisemblance. La seule objection est que lui-même n*en a fait mention nulle part; mais il a pu ne pas attacher une grande importance à un travail datant de sa jeunesse, et rien, après tout, ne nous empêche de l'en croire l'auteur. Il faudrait, en tout cas, en rattacher la composition à son époque et sans avancer aucun nom à la place du sien.
L'examen du Noyer devait donc précéder immédiatement celui de toutes les œuvres absolument authentiques du poète et que nous allons étudier maintenant dans l'ordre chronologique où nous les avons vues classées dans la biographie : Amours, HéroUes^, Art d'aimer et Remèdes d'amour ; Métamorphoses et Fastes ; Tristes et Lettres du Pont avec Ibis,
(1) Basilcœ, 1524. — Cf. Comm. do F. Liiidemaun, Zittau, ISii, iu-4*.
(2) 11 y a bieo eocori! dans les Héroîdes quelques pièces qui ne sont pas d'Ovide, mais il convient de reporter ce qui doit eo être dit à l'étude de ce recueil.