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CHAPITRE II

Saint Gyprien et son temps

BIBLIOGRAPHIE

Nous pouvons nous rendre compte de la façon dont s'est constitué le recueil des oîuvres de Gyprien. Avec ses habitudes méthodiques, saint Gyprien gardait par devers lui la copie de ses lettres. A ces dossiers, il joignait les lettres qu'il avait lui-même reçues sur telle question litigieuse; et il était bien aise de pouvoir les communiquer à l'occasion pour justifier sa conduite ou autoriser son opinion. C'est autour de ces documents ainsi groupés que, postérieurement à sa mort, d'autres lettres ont dû venir s'annexer. A côté de la division par sujets, on trouve dans les manuscrits la trace d'une division par destinataires. Il ne semble pas qu'il y ait eu de recueil général des lettres de Gyprien avant les temps modernes. C'est ce qui explique qu'un certain nombre de pièces, attestées par le témoignage explicite de l'évèque, se soient égarées', au cours de ces juxtapositions plus ou moins capricieuses. — Quant aux traités eux-mêmes, une liste dressée par le diacre Pontius, au § vu de sa Vita Cypriani, ou plutôt une série d'allusions transparentes, d'un tour oratoire, permettent d'affirmer que, du vivant même de Gyprien, une première collection de 11 traités avait été établie. Mommsen * a découvert dans un manuscrit du x" siècle de la bibliothèque de Philipp de Gheltenham un catalogue stichométrique, rédigé en 359, environ cent ans après la mort de Gyprien, qui coïncide à peu près avec la liste de Pontius, mais y ajoute quelques traités et quelques

I. Haunack (dans T.TJ., xxiii, 2 [1903]) en compte onze appartenant en propre à Gyprien.

a. Cf. Hermès, XXI (188G), p. i42 = Gesamm. Schriflen, VIT (1909), p. a8a.

lettres. Dom Morin ' a signalé enlin un autre index dans un sermon inédit de saint Augustin : le Quod îdola dii non sint ne figure que dans ce dernier document. C'est à l'aide de ces trois listes, contrôlées par le texte des dotations bibliques, que l'on circonscrit les traités certainement authentiques de saint Cyprien '.

Ij'autorité de l'évèque était telle que certaines sectes se formèrent un choix de ses œuvres pour leur usage particulier. Reitzenstein ' a étudié telle série de ce genre, incluse dans deux manuscrits, l'un de Wurzbourg, l'autre de Munich, et dont l'origine donatiste n'est pas douteuse.

L'édition moderne la plus complète est celle de G. von Hartel, dans le volume III du Corpus Script. Eccl. latinorum.

Hartel a établi son texte d'après une cinquantaine de manuscrits. Dans l'ensemble, la classification qu'il en a donnée est exacte, encore qu'il n'ait pas estimé tel manuscrit, comme le V&t'onensis, à sa juste valeur; son édition marque un progrès réel sur celles de Pamèle (Anvers, 1568), de Rigaut (Paris, 1648), de Baluze-Maran (Paris, 1718). Depuis Hartel, l'inventaire des manuscrits de saint Cyprien a été poursuivi. Hans Frhr von Soden, die Cyprianische Briefscmimlung (dans T. U., xxv, 3 [1904]), en a dénombré 157 qui renferment un Corpus Cyprianicum ; plus, 274 qui fournissent des écrits ou des morceaux isolés. Parmi ces manuscrits, certains remontent fort haut, jusqu'au vr et vir siècle. Celte abondance est un fait presque unique dans la littérature latine chrétienne. Le travail de von Soden a démontré la nécessité d'une nouvelle édition des œuvres de Cyprien. Une attention particulièrement scrupuleuse devra y être prêtée aux citations scripturaires, si importantes pour l'histoire de la Bible latine. Au surplus, une autre publication de H. von Soden, das latein. Neue Testament in Afrika zur Zeit Cyprians (T.U., xxxiii [1909]), a sensiblement déblayé la voie.

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