Cf. Ep. XLV, 3 (Hartel, II
4. Il paraît même avoir pleine confiance dans la sagesse du choix populaire. Cf. Ep. Lxvii, 4-5 (Hartel, II, 738).
trateur de son troupeau, et Dieu punira ceux qui se révoltent contre son autorité'. — La rançon de cette prééminence, c'est le dévouement, l'intégrité morale, le zèle constant dont il doit faire preuve. Les droits épiscopaux sont corrélatifs de devoirs beaucoup plus redoutables que ceux qui pèsent sur les fidèles : c'est parla qu'ils se justifient". D'ailleurs, même et surtout pour l'évêque, l'union avec l'ensemble des fidèles, avec l'Église, est la marque de l'orthodoxie. S'il compromet cette union, quelque régulière qu'ait été sa promotion, il perd son titrée
Telle est, sommairement résumée, la théorie de Cyprien sur l'Eglise et sur l'épiscopat. Il est encore un point toutefois qu'il est nécessaire de toucher ici. Ce grand corps de l'Eglise, Cyprien admettait-il qu'il eût quelque part une tête ? Acceptait-il une centralisation de cette unité ecclésiastique dont il était si ardent défenseur ? Autrement dit, s'inclinait-il devant la primauté romaine, devant le magistère du successeur de Pierre? C'est là un problème bien souvent discuté* et auquel, aujourd'hui encore, on apporte des solutions divergentes. Hugo Koch, un ancien élève de F.-X. Funk, le célèbre professeur de la Faculté de théologie catholique de Tubingue, y a consacré, en 19 10, tout un fascicule des Texte and Untersachungen (xxxv, i), comme premier gage de l'évolution doctrinale qu'il venait d'accomplir en dehors des cadres du
1. Ep. III, I (Hartel, II, 470. 1. i); Ep. lxix, 4 (Hartel, II. 670, I. iG).
2. Il n'hésite pas à conseiller au peuple de Léon et d'Asturie de ne plus « communiquer » avec deux évèques indignes (Ep. lxvii).
3. Ep. Lv, a4 (Hartel, II, p. 643, 1. 4); Ep. lxv, 4 (Hartel, II, p. 734, 1. 18).
4. On peut voir dans V Histoire de la théologie positive, de J. Turmei-, t. II (Paris, 190a), p. 216 et s., 269 et s., dans quelles ardentes batailles se sont entrechoqués polémistes catholiques et polémistes proles,tants ou gallicans autour des textes litigieux de Cyprien.
catholicisme. « Cyprien ne connaît de papisme ni dans la dogmatique, ni dans le droit » (p. iv). C'est ainsi que se résume sa thèse fondamentale. Pour la démontrer, Koch pouvait tenter de suivre l'évolution de la pensée de Cyprien à travers son œuvre, — l'ordre chronologique des traités et des lettres étant, en dépit de quelques incertitudes, suffisamment établi. Il a préféré un autre plan, dont sa dialectique s'accommodait davantage. Il va droit au de calhollcae Ecclesiae Unitate, et dans ce traité même il choisit deux courts chapitres, le iv* et le v^ D'une analyse très minutieuse, il déduit la conclusion suivante : si le Christ a établi l'Église d'abord sur le seul Pierre (cf. Mt. XVI, i8 et s.), c'était, selon l'estimation de Cyprien, uniquement pour rendre sensible et comme visible par cette unicité numé*"ique l'unité morale qui devait régner dans son Église. Mais une telle priorité temporelle ne conférait nullement à Pierre une prééminence d'autorité ni d'honneur : elle avait une portée purement symbolique, et les autres apôtres demeuraient les égaux de Pierre, pari consortio praediti et honoris et potestatis. Aussi saint Cyprien considère-t-il l'épiscopat, héritier du collège apostolique, comme formant un tout, où chaque évêque détient solidairement une parcelle du tout {ciiius a singiilis in solidum pars tenetur), en pleine égalité avec ses collègues.
C'est à la lumière de ces principes fondamentaux, ainsi déduits du de cath. Ecoles, mnitate, que Koch examine ensuite chacune des déclarations, éparses dans les écrits de Cyprien, où l'on a lu parfois l'aveu de la prépondérance exceptionnelle de la cathedra Pétri. Il ne trouve rien qui les dépasse ou qui y contredise, mais seulement l'affirmation réitérée de l'indépendance de chaque évêque dans son diocèse. L'attitude
SAINT CYPRIEN ET ROME igS
de Cyprien en face du pape Etienne dans l'affaire du baptême des hérétiques, le style plutôt vif dont il usa à l'égard du pontife romain, sa manière d'agir dans certaines afl'aires ecclésiastiques où Rome était intéressée, par exemple la déposition de Basilides et de Martial {Ép. lxvii), l'excommunication de Marcien, évêque d'Arles (Ép. Lxvin), tout confirme Koch dans la justesse de son interprétation.
Ses raisonnements sont d'une telle rigueur, sa construction se pare de tant de logique, qu'on se demande, à une première lecture, comment on a pu, se fondant sur les mêmes textes, en tirer autre chose que lui. Pourtant on ne saurait accuser uniquement le parti pris « confessionnel ». Koch lui-même, dans son introduction, répartit les critiques, ses prédécesseurs, en trois groupes : ceux qui veulent que Cyprien ait explicitement admis la primauté de juridiction de l'évêque de Rome ; ceux qui font de lui le représentant d'un (( épiscopalisme » caractérisé, à l'exclusion de toute espèce de primauté ; ceux enfin qui, prenant une position intermédiaire, pensent que Cyprien a reconnu à l'Eglise romaine, sinon une primauté d'ordre juridique, du moins l'autorité d'un centre réel d'unité pour l'Église universelle. Or, Otto Ritschl voisine dans la première catégorie avec dom Chapman ; Ehrhard et Tixeront coudoient. Loofs et Benson dans la seconde ; et l'on a la surprise de voir associés, dans la troisième, Harnack, Funk et Batiffol.
C'est qu'en réalité un certain nombre de points sont obscurs, et le demeurent même après la pénétrante étude de Koch. — Que l'interprétation donnée par Koch au § IV du de caih. Eccl. Unit, soit la seule vraisemblable, la seule légitime, et que toute autre fasse violence aux paroles de Cyprien ou y introduise
des sous-entendus arbitraires, c'est ce quïl ne faut point balancer à reconnaître. L'investiture spécialement conférée à saint Pierre est bien réellement envisagée par Cyprien dans ce chapitre sous l'aspect d'une préfiguration symbolique. Mais avant d'adhérer pleinement aux conséquences que Koch en déduit, on aimerait à se reposer sur une ou deux certitudes préalables dont la sécurité fait défaut. Dans ce traité où Cyprien n'a, en somme, d'autre objet que de déjouer, par un énergique rappel à l'union et à « l'unité », les intrigues qu'au sein même du groupe chrétien des esprits inquiets ne cessaient de nouer contre lui, nous livre-t-il didactiquement sa théorie intégrale sur l'organisation, la hiérarchie ecclésiastique, ou bien plutôt ne s'attache t-il pas à démontrer l'hétérogénéité de l'esprit de schisme à l'esprit chrétien par une série d'images nullement équivalentes à des formules théologiques surveillées et complètes ? Puis Cyprien n'est-il vraiment pour rien dans la fameuse « interpolation » (sensiblement plus favorable au primatas Pétri) du § IV, dans cette autre forme du texte, oii dom Chapman, approuvé par Harnack ', retrouve son style, sa main, tandis que Laurand y aperçoit jusqu'à ses clausules favorites ^ ? Même si cette double difficulté était tranchée définitivement dans le sens préféré de Koch, il resterait à se demander si celui-ci n'exténue pas à l'excès, en les
1. T.L.Z., 1903, col. 262, Cf./?. Bén., igoa-igoS. Errest H a. vet écrivait en i885 (Rev. des Deux Mondes, i" sept., p. 67) : « Je n'y vois rien qui contredise formellement les idées de Cyprien, et au lieu de supposer qu'on a fait des additions au texte dans l'intérêt de l'Eglise romaine, on peut supposer tout aussi bien que ce sont, au contraire, ceux qui se débattaient contre les prétentions de cette Eglise qui y ont fait des suppressions ; ou peut-être encore Cyprien lui-même, lors de sa querelle avec Etienne. »