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LES APOCRYPHES MIS SOUS LE NOM DE CYPRIEN

d'opuscules, OÙ il n^avait pas mis la main, aient été placés sous son patronage. On trouvera ailleurs la liste des « apocryphes » de saint Cyprien. Parmi ces ouvrages qui lui sont indûment attribués, il y en a plusieurs qui reflètent les préoccupations et les débats de son époque, et ont dû être composés autour de lui. Xinsi V ad Nouatianiun^, sorte d'instruction pastorale où Novatien est pris à partie sur un ton fort vif, et qui oppose aux rigueurs excessives qu'il préconisait à l'égard des lapsi, leffîcacité de la pénitence et le bienfait de la miséricorde divine. Le Liber de Rebaptisrnate, dont malheureusement le texte fort gâté n'est conservé que par deux manuscrits tardifs et qui ne sont même pas indépendants, indique sous une forme curieusement paradoxale la thèse de certains des adversaires de Cyprien dans la question du baptême des hérétiques.

V Exhortaiio de Paenitentia est un recueil de citations bibliques, du genre de celui qu'avait constitué Cyprien dans les Testimonia, et animé d'un esprit tout pareil au sien en matière pénitentiellc.

Dautres de ces apocryphes offrent maintes données intéressantes au point de vue de l'histoire des mœurs. C'est ainsi qu'on peut recueillir dans le de Spectaculis quelques-unes des excuses, parfois bizarres, dont usaient les chrétiens amateurs de spectacles pour justifier théologiquement leur goût ' :

« Où cela est-il défendu dans l'Écriture ? demandaient-ils (S n). Au surplus, Elie n'est-il pas le « conducteur (auri^a) d'Israël? »

I. L'attribution de cet écrit au pape Sixte H, proposée par Harnack en 1895 (T.U., XIII, i) est reprise par d'Alès, R. S.R. 1919. 3ao et s., qui impute également à Sixte VAduersus Iiidaeos.

a. Le de Spectaculis est revendiqué pour Cyprien par Hartel, A.L.L., 1892, 1-22. Un certain nombre de critiques l'attribuent à Novatien. Voy. d'Alès, art. cité, p. 298 et s., qui opine dans le même sens. Les rapprocliements de style ne me paraissent pas très signilicatifs.

David n'a-t-il pas dansé devant l'arche ? Nous y voyons mentionnés les nables, les cynares, les instruments d'airain, les tambours, les flûtes, les cithares, les chœurs. L'Apôtre, dans les luttes que nous avons à soutenir contre les esprits pervers, nous propose pour modèle le combat du ceste. Ailleurs, empruntant son exemple au stade, il promet la couronne comme récompense. Pourquoi donc serait-il interdit au chrétien fidèle de voir ce que l'Écriture sainte ne craint pas de nommer ? »

Contre ces avocats complaisants du vice {iiilioriim assertores blandi et indulgeiifes patroni), se développe une argumentation pareille à celle qu'avait jadis fait valoir ïertullien ; et ils se voient invités à substituer à un divertissement tout idolâtre... la contemplation des splendeurs de la nature ou la lecture des merveilleux récits de la Bible !

L'auteur de Vadaersus Aleatores, qui est un évêque, s'en prend aux joueurs, et leur déclare qu'il considère comme un des devoirs primordiaux de sa charge de leur faire connaître les périls de la passion à laquelle ils s'abandonnent. Leur « perversité sédentaire et paresseuse » {sedentavia et pigra nequUia. % vi) est le sûr moyen dont Satan se sert pour les acheminer à la fureur, à la perfidie, à la ruine, et aussi à la débauche; car les prostituées rôdent autour des tables de jeu. Le jeu est démoniaque; c'est le péché irrémissible contre l'Esprit, c'est une violation du temple de Dieu, qu'est tout chrétien.

Ces anathèmes inexorables s'expriment en une langue dont l'incorrection égale presque la véhémence. Les solécismes et même les barbarismes y foisonnent, surtout dans les manuscrits qui ont subi le moins de retouches '. Les philologues trouvent dans Vaduersus

1. Monacensis ao8, s. ix ; Trecensis 58i, s. viii/ix ; Reginensis ii8, s. x. Il y a aussi le Parisinus i3o47, s. ix, auquel Hartel et Harnack donnent la préférence.

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