‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 31 sur 460 · LA (( PATHOLOGIE » DE M IGNE · texte numérisé non relu

LA (( PATHOLOGIE » DE M IGNE

Renouveler sur un plan plus vaste les grandes collections d'écrivains ecclésiastiques héritées des XVP, XYII" et XYIIP siècles ; y incorporer les découvertes récentes ; ouvrir à tous l'accès des monuments de la pensée catholique, tel était le but poursuivi.

On se demande ce qu'il fût advenu de cette tâche démesurée, si Migne ne s'était laissé guider que par ses seules lumières. Il eut le bon esprit de s'adresser à dom Guéranger qui lui désigna dom J.-B. Pitra. alors prieur à Paris. Pitra qui, fort jeune encore (il avait à cette époque une trentaine d'années), était déjà profondément versé dans la patristique, comprit qu'il ne pouvait être question de confectionner pour chaque auteur une édition nouvelle, après collation des manuscrits ; mais qu'il fallait choisir parmi les éditions déjà existantes celles qui étaient les plus dignes d'entrer dans la bibliothèque projetée. Ce fut aux travaux des Bénédictins qu'il suggéra à Migne de faire les plus larges emprunts.

(( Les Bénédictins, remarque M. Paul Lejay ', avaient une méthode moins rigoureuse qu'aujourd'hui ; ils se guidaient d'après leur sentiment, d'après leur connaissance des auteurs, d'après l'ancienneté des manuscrits. C'était la méthode de leur temps, et elle a donné de bons résultats. Il est évident qu'on ne peut fonder, sur des textes ainsi établis, de minutieuses comparaisons de détail. Mais le principal défaut n'est pas dans la nature du texte ; il est plutôt dans l'incertitude et l'insuffisance des renseignements sur le contenu des

manuscrits. Le savant moderne demande moins un texte que des matériaux pour s'en faire un... Toutefois, ajoute M. Lejay, on ne peut reprocher à Migne de n'avoir pas tenté mieux que les Bénédictins. Il n'était pas philologue, et il ne faut pas oublier qu'en i844 on aurait été bien en peine de trouver en France, et même à l'étranger, des hommes au courant d'une méthode qui devait porter ses fruits quelques années plus tard seulement : si Lachmann avait déjà publié la plupart de ses éditions, son Lucrèce est pourtant de i85o ; Ritschl a commencé à publier son Plante en t848. Il ne faut pas demander à Migne plus qu'il ne pouvait et ne voulait donner. »

La Patrologie latine commença à paraître en i8/i4. L'imprimerie du Petit-Montrouge livra environ 20 volumes par an, débit énorme et supérieur à toute attente : dès i855, les 217 volumes promis étaient à la disposition des souscripteurs. En 1862-186/i, Migne publia encore quatre tomes d'Indices. Les 162 volumes de la Patrologie grecque furent imprimés de 1867 à 1866, au taux de i8 tomes annuels. On se rendra compte de l'immensité du travail, si l'on sait que la série latine représentait 297.667 pages, la série grecque 235.724 : soit au total 533.291 pages, qui furent toutes clichées, c'est-à-dire reproduites sur plaques d'étain permettant des tirages réitérés, sans corrections nouvelles.

Dès les premiers temps la critique s'exerça sur cette œuvre, et, s'en prenant d'abord, comme il est naturel, aux défauts les plus extérieurs, elle releva les nombreuses fautes typographiques qui déparent certains

LE CORPUS SCRIPTORUM ECCLESIATICORUM LATINORUM /jg

volumes de la Patrologie latine. Puis les juges compétents signalèrent des confusions, des bévues, le choix fâcheux de certaines des éditions reproduites ; mais en même temps ils rendaient hommage à la prodigieuse dextérité de l'éditeur et constataient de quel immense service lui étaient désormais redevables les études ecclésiastiques.

En fait Migne n'avait plaint ni son temps, ni sa peine, ni son argent. Il s'était assuré les concours scientifiques les plus autorisés. Il eut aussi la très heureuse idée d'incorporer à sa compilation les dissertations des anciens commentateurs. N'était-ce pas, au point de vue scientifique, un véritable bienfait que de grouper ainsi les travaux épars des Ballerini, de Basnage, de Baronius, de Dodwell, de Constant, de Garnier, de Mabillon, de Muratori, de Ruinart, etc. ? Aujourd'hui encore, si la Patrologie reste indispensable, même pour les volumes qui ont leur réplique dans le Corpus Scriptorum ecclesiasticorum laiinorum, c'est à cause des notes et des études érudites qui y sont profil tablement réunies.

Ce Corpus, cest l'Académie impériale des Sciences de Vienne qui le fait paraître volume par volume depuis 1866. Le plan de la collection comporte : rétablissement du texte, après enquête aussi complète que possible sur la tradition manuscrite; point de notes exégétiques (en principe), sauf pour indiquer les sources de l'auteur ; des Indices détaillés. Elle doit comprendre tous les écrivains ecclésiastiques latins, jusquau VIP siècle inclusivement. Ces éditions sont en général de sérieuse valeur. Quelques parties sont

5o INTRODUCTION

moins bien réussies ». Au point de vue bibliographique, on doit regretter la numérotation incommode et illogique des volumes de la collection.

Quelques auteurs chrétiens ont été édités aussi, partiellement ou en totalité, dans d'autres collections dont on trouvera plus bas la liste. Mais les deux qui viennent d'être indiquées sont fondamentales.

Page 1