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CHAPITRE I

Les PREMIÊBES VERSIONS LATINES DE LA BiBLE

BIBLIOGRAPHIE

Pour reconstituer les versions latines de la Bible antérieures à la Vulgate de saint Jérôme, on dispose des sources suivantes : 1° un important « matériel » de manuscrits épars dans les bibliothèques européennes ; 2° les citations des écrivains ecclésiastiques ; 3° d'assez rares citations dans les inscriptions; 4° les parties de la Vulgate où saint Jérôme s'est contenté de reproduire des testes préexistants (voy. liv, III, chap. v). Le bénédictin Sabatier a groupé les mss connus de son temps dans un important ouvrage intitulé Bibliorian sacrorum latinae uersioaes antiquae, etc.. Paris-, 1749-1751. Depuis Sabatier beaucoup de découvertes ont été faites dans les bibliothèques : voy. Schanz, IIP, 486; l'art, latin Versions dans le Dict. of ihe Bible ; l'art. Bibeliiberselzungen, dans R.E^ t. III, 28; l'art. Itala dans l'Index du Thésaurus linguaelat. D'où l'idée d'un « nouveau Sabatier ». Cette idée, amorcée par Wôlfflin, A.L.L., VIII (1893) p. 311, précisée par C. Weyman, Hist. pol. Blàlter 144 (1909). p. 897-905, était en train d'être réalisée avant la guerre par Joseph Denk {dev neiie Sabatier, L. 1914) qui annonçait pour 1915 trois amples volumes de 1000 p. chacun, plus un volume de prolégomènes et d'Indices (400 Alks en souscription). Le plan de Denk a d'ailleurs soulevé des objections : Cf. Jùlicher, T. L.Z. 1917, n" 2.

Sur la langue de ces versions, voy. H. Uônsch, Ilalu und Vulgata, Marburg et Leipzig, 2* édit., 1875 ; m. Collectanea philol., Bremen, 1891 ; Gœlzer, Etude lexicog. et gramm. de la latinité de saint Jérôme, thèse, Paris, 1884 ; G. Kolïmane, Gesch. des Kirchen-

lateins, Breslau, I, 1879 ; II, 1881 (inachevé, et d'ailleurs médiocre) ; Burkitt, the old Latin andthe /toto, dansT. S., iv, 3 (1896) : cf. G. Weyman, dans B. ph.W., 1897, p. 11-16, iieev; die Versio latina des Barnabasbriefes und ihr Verh. zuraltlat. Bibcl, Frib. i.B., 1908 ; L. Wohleb, die latein. Uebers. der Didache, Paderborn, 1913 (dans les St. zur Gesch. u. Kultur des Alt. hsg. von Drerup, Grimme et Kirsch, VII, 1) ; nombreuses indications éparses dans VArchiv. f. lat. Lexic, de \\'ôlfflin (2 tables, l'une pour les tomes i-x [1898], l'autre pour les tomes xi-xv [1909]).

SOMMAIRE

Eclosion tardive de la littérature latine chrétienne. Le grec, idiome méditerranéen. — II. Les premières traductions latines de la Bible. Leur caractère littéraire et grammatical. Leur influence sur la langue latine.

La littérature latine ciirétieniie n'offre aucun monument de quelque importance avant la fin du second siècle. A ce moment la littérature grecque chrétienne avait déjà produit nombre d'œuvres marquantes, en particulier toute cette brillante floraison d'apologies destinées à plaider la cause du christianisme devant les pouvoirs publics et devant l'opinion elle-même.

Un tel retard étonne d'abord. Des raisons fort simples l'expliquent. La Grèce avait si bien conquis le monde romain qu'il n'était guère de ville importante en Occident où la langue hellène ne fut couramment parlée. A l'époque impériale, l'Occident était relié à l'Orient par les innombrables échanges commerciaux. De la Grèce, du Pont Euxin, de la Syrie, de l'Egypte, les marchandises de toutes sortes, dirigées d'abord sur

LE GRi:C, IDIOME .Mi:!)[TERRANEEN 09

Brindisi, Ostie ou Pouzzoles. étaient ensuite acheminées vers Rome, centre du trafic mondial, qui en réexjx'diait une large part sur la (îaule, l'Espagne et l'Afrique. La paix romaine rendait aisées ces transactions : (( Scd et mundus pacem liabet per eos {se. Romanos), — écrit saint Irénée vers 180 — , et nos sine timoré in uiis ambulamus et nauigamus quocumque uoluerimus. » En même temps que leurs denrées, les commerçants levantins apportaient avec eux leurs idées, leurs croyances, leurs cultes — et leur langue. Cicéron avait dit autrefois, dans son discours pro Archia (x, 23) : u Graeca legiintar in omnibus fere geniibus ; latina suis fînibus, eviguis sane, continentur. » Bien plus encore que de son temps, le grec était devenu, durant les premiers siècles de l'Empire, un idiome u méditerranéen ».

7V Rome même, des épigrammes populaires, des mots satiriques, des calembours en grée couraient sur le compte des empereurs, et Suétone nous en a conoervé une assez riche collection '. Ces traits étaient évidemment compris d'un très large public. — On recueillerait aisément dans l'Afrique du Nord d'autres faits également significatifs. Il paraît exagéré de parler avec Mommsen d'une sorte d'élimination dont le latin y aurait été menacé, si Rome n'en avait imposé l'usage officiel -. Mais dans les villes de la côte, Hadrumète, Carthage, Œa, Leptis maior, etc., le grec était fort usité, les insci'iptions en font foi '. Les lettrés aimaient

I. On les trouvera groupés dans A. Macé, E^sai sur Suétone, Paris, 1900, p. a']ti et s.

». Rom. Gesch., V, 643 ; trad. franc., XI, 28/1.

3. TouTAiN, Les Cités roin. de la Tunisie, Paris, 1896, p. aoo; Audollent, Carthwje romaine, Paris, igoi, p. 701 ; et surtout Thieling, der Hellenismus in Kleinafrica, Leipzig et Berlin, 1911, p. .Ho et s. (inscriptions); p. 43 et s. (Labulae dejlxionis), p. 48 et s. {amulettes) . Sur 90 labulae dejlxionis africaines

6o LES PREMIÈRES VERSIONS LATINES DE LA BIBLE

à s'en servir. L'ouvrage sur l'éternité de la matière, que le peintre Hermogène avait écrit à Carlhage et que Tertullien devait réfuter, semble avoir été composé en grec K Tertullien lui-même oscilla quelque temps entre les deux langues : il avait donné de son de Virginihus ueiandls, de son de Spectacidis et de son de BapUsmo une première rédaction grecque. De même pour le de Ecslasi, qui n'eut pas de succédané latine Constatations pareilles, si nous passons en Gaule. L'usage du grec y était répandu de longue date, dans le Midi \ Déjà Varron avait noté le fait*. L'apport des éléments orientaux renouvelait constamment ce fond linguistique. « Les sillages des Phocéens, remarque E. Renan ', n'étaient pas tout à fait effacés. Les populations d'Asie et de Syrie, très portées à l'émigration vers l'Occident, aimaient à remonter le Rhône et la Saône, ayant avec elles un bazar portatif de marchandises diverses, ou bien s'arrêtant sur la rive de ces grands fleuves aux endroits ovi s'offrait à elles l'espérance de vivre. »

Au surplus, la mode littéraire, à laquelle personne n'échappe complètement, s'en était mêlée. Néron, puis Claude % puis Hadrien ', avaient eu le goût, la passion,

du 2' et 3° s. p. C, Thieling en compte (d'après le répertoire d'AuDOLLENT) 20 totalement grecques, 29 gréco-latines, lu latines, avec des lettres grecques quelquefois.

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