CHAPITRE III
La Poésie latine chrétienne au V" siècle
BIBLIOGRAPHIE
I. — Prudence. — Un savant suédois, Bergman (S.B.W., CLVII [1908], Abli. V), a dénombré 320 manuscrits des poésies de Prudence. Parmi ces manuscrits, 27 seulement contiennent toute l'œuvre du poète; la plupart appartiennent au x" siècle; ils se divisent en deux familles, que permettent de distinguer l'ordre de succession des poèmes et, dans la seconde famille, le rattachement au Peristephanon des deux dernières hymnes du Cathemevinon. Le manuscrit principal est le Puteanus siue Parisiensis 8084, du vi° siècle (Bibl. Nat.). Bergman a promis une édition critique de Prudence. La dernière en date est celle de Dressel, Leipzig 1860. Migne (t. LIX et LX) a reproduit l'édition d'Arevalo, Borne 1788. Ed. spéciale de la Psiichomachia par Bergman, Upsala 1897 (avec commentaire). Bon choix, de Lietzmann, K.T., n° 47/49 (1910).
L'ouvrage essentiel sur Prudence est toujours la thèse de A. Puech, Prudence, Étude sur la Poésie latine chrétienne au IV' siècle, Paris 1888. Il y faut joindre la série d'articles de Paul Allard, dans R.Q.H., t. XXXV à XXXVII, et le travail de P. Chavanne sur le Patriotisme de Prvdence, dans la R.H.L.R., IV (1899), p. 385. Une étude sur la langue de Prudence s'imposera dès que l'édition Bergman aura paru.
UApotheosis est traduite en partie dans Félix Clément, Les poètes chrétiens..., P. 1857, p. 139-161. Le Cathemerinon l'est aussi dans Bayle, P. 1868, et dans Anot de Maizicres, Nouveau choix de Pères latins, P. 1853, p. 126499; spécimens du Contra Sym-
BIBLIOGRAPHIE Ôgy
niachiim, dans Clément, op. cit., p. 88-138. Poizat, Les poètes chrétiens, Lyon-Paris 1902, p. 243, a transposé quelques hymnes de Prudence en français.
II. — Orientius. — Texte dans P.L., t. LXI, 977-1000 (qui reproduit Martcne), et dans C.V., XVI, 171 (1888, R. Ellis). — Traduction française du Commonitorium et des prières dans Louis Bellanger, Étttde sur le poème d'Orientius, Paris 1902, p. 293-339.
III. — Alethia. — P.L., LXI, 937-970 (Migne a en le tort de reproduire l'édition fantaisiste de Gagny [Lyon 1536] au lieu de celle de G. Morel [P. 1560]) ; C.V., t. XVI, p. 335 (1888. Schenkl).
IV. — Paulin de Pella. — L'Eucharisticos n'a pas été recueilli dans Migne; la meilleure édition est celle de Brandes, dans C.V., XVI, p. 263-334. — Traduction française par Corpet, dans les Œuvres d'Ausone (collection Panckoucke), I, 348 et s. — Pour la langue de Paulin, cf. Devogel, Étude sur la latinité et le style de Paulin de Pella, Bruxelles 1898.
V. — Claudianus Mamertus. — Texte dans P.L., LUI, 697-790 (qui reproduit Gallandi); et dans C.V., t. XI (1885, Engelbrecht), qui donne seulement le de Statu animae et les Lettres.
VI. — Dracontius. — Texte dans P.L., LX {VHexaemeron [= Laudes Dei, I, 118-754], figure aussi, comme morceau séparé, au tome LXXXVII); dans M.G.H., XIV (1905, Vollmer); et dans P.L.M., vol. V (1914, Vollmer, avec des améliorations). — VOrestis Tragœdia et les Carmina minora (un florilège de Vérone leur donne le titre de Romulea, synonyme probablement de Latina [carmina]) se trouvent dans M.G.H., p. 197 et 132, et dans P.L.M., V. — Pour la langue, v. M.G.H., p. 431 et s.
VII. — Sedulius. — Nombreux manuscrits des poèmes de Sedulius, dont deux Bobienses du vu" s. pour le Carmen Paschale, dont le prestige fut considérable au moyen-âge (v. Manitius, Gesch. d. lat. Litt. d. Mittelalt., à l'Index s. u. Sedulius). — Texte dans P.L., XIX, 533-754 (qui reproduit Arevalo, Rome 1794); C.V., t. X(1885, Huemer).
VIII. — Sidoine Apollinaire. — Texte dans P.L., LVIII (qui reproduit Sirmond, Paris 1614); et dans M.G.H., VIII (1887, Lutjohann). Petite édition de P. Mohr, 1895 (B. T.). — Traduction française par Grégoire et Gollombet, P. 1836, 3 vol., et {)ar
•Eug. Baret, P. 1887 (coll. Nisard). — A consulter : Paul Allard, Saint Sidoine Apollinaire (coll. les Saints), P. !910. Quelques
SgS LA POÉSIE LATINE CHRÉTIENNE AU V SIÈCLE
bonnes observations grammaticales dans Eug. Baref, Œuvres de Sidoine Apollinaire, P. 1879. p. 106-123. Voir surtout Liitjohann, Index, p. 449 et s.
SOMMAIRE
Prudence. Sa vie. — II. Le Cathemerinon. — III. Le Peristephanon. — IV. Les poèmes didactiques. Le patriotisme de Prudence. La Psychomachia. Le Dittockaeon. — V. La poésie de Prudence.
— VI. Le poème d'Orientius. L'Alethia. — VIL Paulin de Pella.
— VIII. Giaudianus Mamertus. — IX. Dracontius. — X. Sedulius. — XI. Sidoine Apollinaire.
« Je vis, sauf erreur, depuis cinquante années, auxquelles il en faut ajouter sept encore... Le terme n'est pas loin, et je vois venir les jours qui confinent à la vieillesse. Qu'ai-je fait d'utile pendant un si long temps ? mon enfance a pleuré sous le claquement de la férule. Puis, déjà gâté, j'ai revêtu la toge, j'ai appris à débiter de coupables mensonges. Les impudences du vice, les emportements de la luxure, toutes les vilenies fangeuses et perverses (quel remords et quel dégoût !) ont souillé ma jeunesse. Les luttes de la parole ont ensuite armé mon esprit inquiet; l'entêtement malsain de vaincre m'a jeté dans des conjonctures pénibles. Deux fois j'ai gouverné de nobles cités sous l'autorité des lois, rendant la justice aux bons, terrifiant les coupables. Enfin la bonté du prince m'honora d'un grade élevé dans la milice et me plaça au premier rang auprès de sa personne. Et pendant ce temps la vie s'envole, mes cheveux blanchissent, et j'oublie que je suis né sous le consulat du vieux Salia [a. 3A8]... Ma fin approche. Eh bien! que mon âme pécheresse dépouille ses folies, et, si elle ne peut rendre hommage à Dieu par ses mérites, qu'elle le fasse par sa voix tout au moins !»
C'est dans la Préface de ses poésies, publiées par
lui-même en /io5 que Prudence nous livre ces détails biographiques et le secret de sa vocation poétique. Avocat, haut fonctionnaire, peut-être cornes priml ordinis, il avait senti le besoin de réparer les fautes de sa vie, et il attribua à son tardif effort poétique la valeur d'une pénitence et d'une expiation.
Il énumère dans cette même Préface (v. 87 et s.) la série des œuvres qu'il présente à ses lecteurs :
« Que les hymnes enchaînent le jour au jour, et que nulle nuit ne s'écoule sans chanter le Seigneur (= Cathemerinon), que ma voix combatte les hérésies (= Apotheosis), défende la foi catholique (= Hamarligenia), foule aux pieds les sacrifices des païens {= Psychomachia), prépare, ô Rome, la chute de tes idoles (= Contra Symmacham), dévoue ses vers aux martyrs et loue les apôtres {Peristephanon). »
En dehors des poèmes que Prudence désigne ainsi par des périphrases (on notera l'imprécision de celle qui vise la Psychomachia), Gennadius lui attribue un Tropaeum — sans doute faut-il lire Dittochaeon — ; et un Hexaemeron dont nous ne savons rien par ailleurs.
Poésies lyriques, poésies didactiques, telle est la division traditionnelle de l'œuvre de Prudence, et il y a lieu de s'y tenir.
Le Cathemerinon est un recueil de douze hymnes, dont les six premières sont destinées à célébrer les différents « moments mystiques » de la journée du
6oo PRUDENCE
chrétien. Hymne pour le chant du coq (i) ; hymne du matin (ii) ; hymne avant et après le repas (iii-iv) ; hymne pour l'heure où on allume les lampes (v) ; hymne avant le sommeil (vi). Le cycle des actes quotidiens est clos. Les hymnes vu et vin disent les vertus du jeûne, la seconde étant faite spécialement pour la neuvième heure qui en marque le terme. L'hymne ix {Hymnus omni horae) est un cantique d'actions de grâces envers le Christ, dont les principaux miracles y sont rappelés. L'hymne x s'adresse aux morts et leur promet la résurrection. Les hymnes xi et xii célèbrent les fêtes de Noël et de l'Epiphanie.
De cette œuvre lyrique, une faible partie seulement a passé dans l'usage liturgique de l'Église'. C'est que Prudence s'est volontairement dérobé à l'extrême simplicité dont saint Ambroise et saint Hilaire s'étaient imposé la loi dans leurs chants d'Église. A côté du populaire dimètre iambique acatalectique (i, ii, xi, xii) ou catalectique (vi), il a employé des vers et des strophes de caractère beaucoup plus ambitieux : sénaire iambique (vu) ; tétramètre trochaïque catalectique (ix); trimètre dactylique hypercatalectique (ni) ; dimètre anapestique catalectique (x); hendécasyllabe phalécien (iv) ; petit asclépiade (v) ; strophe saphique (viii). Il a voulu faire œuvre de lettré, de poète dodus, comme on disait au temps de Catulle et d'Horace. — La même prétention se trahit dans la composition des pièces. Prudence cherche à amplifier, à féconder sa matière en y insérant des récits ou des descriptions empruntées à la Bible. Il cultive le développement littéraire, avec le désir conscient et avoué de capter un peu du prestige dont rayonnaient encore les poètes