P. DE L
La Littérature latine chrétienne et la Culture antique
SOMMAIRE
I. La littérature latine chrétienne et la critique moderne. — II. Intérêt esthétique qu'offre cette littérature. — III. La formation intellectuelle des écrivains chrétiens. — IV. Quel accroissement de dignité la littérature romaine a reçu d'eux. — V. Culture antique et Christianisme : comment le problème s'est posé. Le songe de saint Jérôme. — VI. L'hostilité chrétienne contre cette culture. — VII. Les compromis nécessaires. — VIII. Quelle doctrine moyenne se dégagea finalement. — IX. La transmission des lettres antiques par le Christianisme. — X. A quel point la culture profane a pénétré la pensée chrétienne. ,
XI. Notes bibliographiques. La Patrologie de Migne. Le Corpus Scriptoram ecclesiasticorum latinonim. Explication des sigles.
Si l'on compare les histoires ou manuels relatifs à la littérature latine qui ont paru en ces dernières années avec ceux qui étaient le plus en faveur autrefois, on constate la place de plus en plus large qu'y occupe la littérature latine chrétienne.
Dans les ouvrages classiques de Pierron (i852), de Paul Albert (1871), de Talbot (t883), cette littérature
n'est pas touchée (sauf en une courte page, chez Talbot, pour les hymnes chrétiennes). Nageotte (i885) accorde 32 pages sur 5/i/i aux auteurs chrétiens, mais ses appréciations sont faibles et sans relief. Le progrès ne fut sensible qu'avec la petite Histoire de la Littérature latine de Jeanroy et Puech (1891), grâce à la compétence personnelle de M. Puech que ses travaux sur Prudence (1887) avaient familiarisé avec une catégorie d'écrivains systématiquement tenue dans l'oubli. Il est devenu tout à fait décisif chez M. René Piclion, lequel a consacré i55 pages sur 935 à la littérature proprement chrétienne — près du sixième de l'œuvre totale — dans la première édition de son manuel aujourd'hui si répandu : « Elle est aussi vivante, aussi intéressante que la littérature profane, affirmait M, Pichon ; elle est presque aussi romaine et beaucoup plus moderne. »
En Allemagne, dès 1837, Baehr ajoutait à son Histoire de la Littérature latine un appendice sur la littérature latine chrétienne. Cependant Munk {Geschichte der rôm. Lit. fiir Gymna^ien, Berlin, i858-i86i ; revue par Seyffert, 1875-1877) n'a que quelques mots sur les auteurs chrétiens. Il en va de même de Rudolf Nicolaï {Gesch. der rÔm. Lit., Magdebourg, 1881-1882). Et c'est à peine si, de temps en temps, le Jahresberichi de Bursian et Millier condescendait à octroyer une courte notice aux travaux de détail relatifs à la période postérieure aux Antonins. Teuffel, pourtant, l'avait fait entrer dans son cadre (1'* éd., 1870). Mais, si tenace était le préjugé, que lorsque Martin Schanz, chargé de rédiger l'histoire de la littérature romaine dans le