‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 5 sur 460 · LETTRES CHRÉTIENNES ET CRITIQUE MODERNE · texte numérisé non relu

LETTRES CHRÉTIENNES ET CRITIQUE MODERNE

Handbuch d'iwan von MûUer, crut devoir analyser largement le contenu même des ouvrages ecclésiastiques des premieis siècles, il s'attira de vives critiques pour avoir empiété sur un domaine réservé, lui disaiton, à d'autres spécialités '.

Cette incuriosité s'explique assez bien, historiquement. Dès l'époque de la Renaissance, un bon nombre d'humanistes, tout férus de Gicéron, d'Horace et de Virgile, firent profession d'étendre aux œuvres chrétiennes primitives, et à la Bible latine elle-même, leur mépris du latin « scolas tique » ou « monastique ^ ». Ils en opposèrent la rusticité sans art au charme divin des ouvrages classiques. Il leur fut aisé de se prévaloir de certaines déclarations plus ou moins sincères des auteurs chrétiens. Quoique initiés, et de très près, pour la plupart, à la culture profane, ceuxci avaient affecté den faire bon marché et d'en opposer le faste puéril à la noble simplicité des Écritures. C'est qu'il s'agissait pour eux d'émousser les critiques d'ordre littéraire dont les païens accablaient le langage des Livres Saints ; et ils ne croyaient pouvoir mieux faire que de disqualifier le principe même de l'art du style, — tout en s'y conformant de leur mieux. On les prit au mot. Et dès lors, les textes oiî ils s'étaient exprimés parurent n'avoir d'importance qu'en tant que documents sur le dogme, la liturgie, l'histoire ecclésiastique, etc. Les philologues les abandonnèrent aux théologiens, avec un dédain où leur

1. Cf. Alt, dans le Jaliresbericht de Bursian, t. XCVIII (1898), p. 8-9. a. L'humaniste Pielio Bembo appelait dédaigneusement epistolaccie les lettres de saint Paul.

prudence trouvait aussi son compte : car d'y toucher pouvait les induire à de périlleuses disputes, où mieux valait ne pas se fourvoyer. La transformation de la langue latine sous l'influence du christianisme fut considérée comme une décadence lamentable. Et jusqu'à notre temps on a vu des critiques parier avec désolation, avec dégoût, de la déchéance du latin entre les mains chrétiennes !

On revient d'un ostracisme aussi peu intelligent, qu'explique, mais que n'excuse point, l'ignorance remarquable de la plupart de ces délicats sur la période qu'ils condamnaient en gros. Depuis une cinquantaine d'années la philologie a commencé à s'orienter vers l'époque chrétienne. Des entreprises comme celle du Corpus Scriptorum ecclesiasiicoriim latinoram, dont le programme fut tracé dès i864 S ont beaucoup contribué à rapprocher philologues et théologiens ; et progressivement les philologues ont reconnu qu'il est impossible de se former une idée exacte du développement de la littérature latine, si l'on en exclut a priori les œuvres chrétiennes *.

Cette attention croissante que tant de bons esprits prêtent à la littérature latine chrétienne, il ne sera pas inutile de la justifier brièvement, non pour le plaisir

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