‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 437 sur 460 · I. Ep. VI ad Braulionem · texte numérisé non relu

I. Ep. VI ad Braulionem

a. Elym. \, ixvnr.

3. Scgnis, sans esprit, sans feu, viendrait de sine igné ; arnicas, d&

elles ne le sont guère plus que celles qu'avaient fournies Platon dans le Cralyle ou le docte Varron dans ses ouvrages de grammaire. L'autre souci dont est animé Isidore, c'est de tourner vers l'édification les détails qui semblent d'abord y prêter le moins. Il (( spécule » sur les lettres mêmes de l'alphabet et leur prête un sens mystique. Au surplus, là encore, il ne fait que continuer une tradition beaucoup plus ancienne.

En dehors des Etymologiae, il faut citer le de Natara Reriim dédié au roi Sisebert : c'est une sorte de cosmographie, où la théologie trouve aussi son compte. Ainsi, à la fin du § xxvii, Isidore se demande ce qui arrivera aux étoiles lors de la résurrection, si réellement elles ont une âme. Il a déjà, dans le raisonnement dialectique, cette confiance imperturbable qui encouragera le moyen âge à discuter minutieusement les questions les plus inaccessibles. La Chronique, en deux rédactions, va du commencement du monde jusqu'à l'année 6i5 ; Isidore, à l'exemple de saint Augustin, y divise l'histoire de l'univers en six périodes, correspondant aux six jours de la création. Le de Viris illustribus, où il n'est probablement pas le seul à avoir mis la main, fournit un utile supplément aux opuscules similaires de saint Jérôme et de Gennadius. Ses Historiae s'ouvrent par un éloge de l'Espagne, qui est célèbre.

Ce grand travailleur, dépourvu de critique et de méthode, exerça une influence immense. Pour se former une idée de la prodigieuse diffusion des Etymo-

hamus, crampon, ua ami étant celui auquel on se cramponne; pectus est la partie couverte de poils (pexus) entre les doux seins ; auis vient de auia, parce que l'oiseau vole là où il n'y a pas de route, etc. — Isidore cite assez souvent des mots grecs. Certaines bévues font penser qu'il ne devait spas être très familiarisé avec cette langue (v.g. III, xxi, 6).

logiac au moyen âge, il faut lire les Isidor-Stadien de Ch.-ll. Beeson '. Beeson y a groupé tous les manuscrits non espagnols qu'il a pu trouver jusque vers le IX" siècle, et il en donne la liste par pays. Ce simple catalogue est à soi seul instructif et montre le rayonnement de la réputation d'Isidore. C'est en France que la science isidorienne fut d'abord le plus fêtée ; mais un grand nombre de manuscrits sont aussi d'origine irlandaise : on sait le rôle important que joua l'Irlande dans le développement de la « culture » au moyen âge.

Après Boèce, Cassiodore, Isidore de Séville, les cadres où s'enferma la vie intellectuelle du moyen âge étaient pour longtemps constitués. Une ligne de démarcation naturelle clôt ici l'histoire de la littérature latine chrétienne.

Je crois n'en avoir pas surfait les mérites. Je n'ai point dissimulé que les véritables artistes littéraires y furent rares. Avec sa sensibilité vibrante, sa chaude imagination, saint Augustin en avait l'étoffe : l'action pratique l'accapara de bonne heure, et on ne rencontre qu'exceptionnellement, dans son œuvre de polémique ou d'exégèse, des pages qui égalent certains chapitres merveilleux des Confessions. Saint Jérôme eût été, lui

I. Dans les Qaellen und Unlers. ziir lat. Philologie des MittelaUers, IV, 2 (igiS). — Vers la fin de son travail, Beeson publie d'après une quinzaine de manuscrits plusieurs tiluli en vers qu'il est disposé, sur le témoignage formel de la tradition manuscrite, à attribuer à Isidore, en dépit du l'opinion contraire d'EBERT et des doutes de Makitils. Ces petites pièces offrent d'ailleurs un intérêt fort modeste.

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aussi, un maître en fait de style, sïl l'eût voulu, ses lettres le démontrent assez : il s'est assujetti, sacrifié à ses travaux scripturaires. N'oublions pas ïertullien, incomparable quand la passion le soulève, mais gâté à demi par sa propre subtilité. A tous, la rhétorique a fait beaucoup de mal, en ce sens que leur souci du bien dire s'est contenté des procédés traditionnels qu'elle enseignait, et, soit scrupule religieux, soit erreur de goût, s'est trop rarement mis en peine d'une originalité plus exquise. — Quant à la poésie chrétienne, elle ne saurait soutenir la comparaison avec la poésie profane. Point de poète épique de quelque envergure, point de poète dramatique, point même de fabuliste : quelques poésies lyriques assez bien venues, quelques belles hymnes d'Eglise, en voilà les seules parties vraiment viables.

Gardons-nous, au surplus, de certain m humanisme » assez étroit qui ne voudrait juger les œuvres chrétiennes que du point de vue de l'idéal classique. Quand nous aurons reconnu chez les écrivains profanes une diversité plus marquée de tons et de sujets et une perfection plus soutenue, faudra-t-il que cette concession compromette en quoi que ce soit l'admiration que les écrivains chrétiens nous inspirent*?

Quels qu'en soient les déficits, cette vivante littérature chrétienne latine mérite d'être mieux étudiée qu'elle ne paraît l'être communément, et quiconque s'intéresse à l'histoire des idées ne regrettera pas d'avoir porté de ce côté son effort. Nombreux sont les

I. Remy de Gourmont, qui ne craignait pas de donner aux idées justes l'allure de i^aradoxes, a écrit : « Le latin d'Église est, nous semble-t-il, un peu plus attirant que celui d'Horace, et l'âme de ces ascètes jilus riche d'idéalité que celle du vieux podagre égo'isLe et sournois {sic). » {Le Latin mystique, P. 191 3, p. 5.)

problèmes historiques et littéraires qu'on ne saisit dans leur plénitude que lorsqu'on a vu s'en constituer les données dans la période même que nous venons de parcourir. Et puis, combien de personnalités puissantes s'y révèlent, combien de magnifiques consciences, combien d âmes pathétiques, anxieuses de la destinée humaine, et conservant chacune, en dépit de la communauté des croyances et de l'identité des solutions théoriques, leur réaction originale en face de cette énigme éternelle ! Du jour où notre Enseignement supérieur fera une part plus généreuse à quelques-unes de leurs œuvres maîtresses, la recherche scientifique s'orientera de nouveau vers les études patristiques, et nous serons en voie de reconquérir dans ce domaine l'ancienne hégémonie dont une longue incuriosité nous a dépossédés.

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