I. Vita M., U, Préf
Un écrivain qui entreprendrait aujourd'hui de traiter à soi seul la théologie, l'hérésiologie, la polémique, la chronologie, l'histoire, la biographie, la symbolique, le droit, la liturgie, la grammaire, l'étymologie, la cosmographie, l'histoire naturelle, la ifiinéralogie, l'ethnologie, l'agriculture, l'art du bâtiment, l'art du vêtement, l'art d'apprêter les mets, cet écrivain-là aurait du mal à se faire prendre au sérieux. Le moyen âge, qui ne distinguait pas toujours très nettement de la science la compilation, a pourtant célébré Isidore de Séville comme le doclor egregius par excellence. S'il s'est mépris sur la qualité du vaste savoir d'Isidore, du moins a-t-il eu raison de se sentir très obligé à l'égard du laborieux excerpteur qui n'épargna point sa peine pour recueillir et transmettre à l'avenir les données positives qu'il avait recueillies dans ses immenses lectures. Beaucoup moins original que Boèce, qu'il a plus d'une fois utilisé, Isidore a rempli dans des domaines plus variés un rôle assez analogue au sien. Il a fourni aux siècles ultérieurs une somme commode de la science antique, dont il condensait dans ses manuels les résultats. Non qu'il fût particulièrement favorable à la culture gréco-latine. Il déconseille aux moines la lecture des livres des u gentils » '. Mais, sans ignorer le danger des lettres profanes, il les aimait pour son compte, et se flattait d'en tirer de précieux matériaux pour l'élucidation des Livres saints.
1. Régula monach.. vm. 3 (P.L., LXXXIII, 877) : « Geatilium libros u«l haereticorum uolumina monachus légère caueal. »
Isidore était né vers 670 d'une famille originaire de Cartliagène qui avait émigré à Séville, sans doute après la destruction de Carlhagène en 552. II fut élevé par son frère Léandre, de qui nous avons un ou deux opuscules ', et qui devint évêque de Séville, métropole de la Bétique, vers 576. Isidore lui succéda vingt-cinq ans plus tard et mourut le 4 avril 636. Ses biographes font un grand éloge de son caractère et de sa piété. Il tint même une certaine place dans l'histoire religieuse de son temps. C'est lui qui présida le quatrième concile national de Tolède, en décembre 633. Mais l'étude l'attirait plus encore que l'activité pratique. Il lisait continuellement, la plume à la main, élargissant ses investigations bien au-delà du cercle des auteurs chrétiens, jusqu'aux écrivains et aux scoliastes profanes, et il transcrivait tout ce qui lui paraissait digne d'intérêt, sans se donner le souci d'indiquer les sources oh il puisait -.
Son œuvre maîtresse, ce sont les Etymologiae ou Origines, véritable encyclopédie des connaissances humaines que son ami Braulio, l'évêque de Saragosse % reçut de ses mains encore inachevée et divisa en 20 livres, après y avoir introduit peut-être quelques remaniements : I. la Grammaire ; — II. la Rhétorique et la Dialectique ; — 11! . les quatre disciplines mathématiques (Arithmétique, Géométrie, Musique, Astronomie) ; — IV. la Médecine ; — V. les Lois et les Temps ; — VI. les Livres et Offices ecclésiasti-
1. Un de Institutione uirglnum et contemptu miindi et une Homilia de triumpho Ecclesiae ob conuersionem Gothoram : P.L. LXXIl, 878-898.
2. Nombreux travaux, en ces dernières années, sur les sources d'Isidore : Manitius, G.L.L.M., p. 6a et s. ; A. Philipp, die histor. u. geogr. Quellen
n den Etymologiae des Is. v. Sev., Berlin igiS; G. Probst, Isidors Schrijt de medicina, extrait de VArchiv fiir Geschichte der Medizin, VIII, i (1916); P. Lehmann, Kassiodorstadien(Philologus, t. 71 [1913] et 72 [igiS]); P. Wess- MER, Tsidor und Sueton (Hermès, 191 7, p. 2oi-3oo).
3. Quelques écrits de Braulio sont inclus dans Migne, t. LXXX.
ques ; — YII. Dieu, les Anges, les Fidèles ; — VIII. l'Église et les Sectes ; — IX. les Langues, les Nations, les Royaumes, l'Armée, les Citoyens, les Parents ; — X. Listes étymologiques ; — XI. les Hommes et les Monstres ; — XII. les Animaux ; — XIII. l'Univers et ses divisions ; — XIV. la Terre et ses parties ; — XV. les Édifices et les Champs ; — XVI. les Pierres et les^ Métaux ; — XVII. les Choses rustiques ; — XVIII. la Guerre et les Jeux ; — XIX. les Navires, les Édifices et les Vêtements ; — XX. les Provisions de bouche et les Ustensiles domestiques et rustiques. — Isidore confesse lui-même qu'il n'a guère fait que classer des notes recueillies chez les « Anciens » : a En tibi, sicut pollicitussum, misi opus de origine quarundam rerum ex ueteris leclionis recordaiione collectum atque ita in quibusdam adnotatum sicut extat conscriptam stilo maiorum *. » Mais une double préoccupation domine cette collection d'extraits, quelquefois copieux jusqu'à la prolixité, le plus souvent sommaires jusqu'à la la sécheresse. La première idée qui y préside, c'est que pour approfondir une science quelle qu'elle soit, il faut connaître exactement l'étymologie des mots qu'elle emploie : « L'étymologie, déclare-t-il, est l'origine des mots, lorsqu'on explique par le raisonnement la valeur d'un verbe ou d'un nom. Aristote l'appelait 0\5}aPo\ov, Cicéron annotatio. C'est ainsi que le mot flumen tire sa forme de Jlaendo, parce que le u fleuve » s'accroît en coulant. Le nom même de cette science en fait connaître l'utilité et la nécessité : car lorsqu'on voit d'oii un nom est issu, on en comprend plus promptement la valeur* ». La plupart des étymologies proposées par Isidore sont arbitraires', mais