‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 59 sur 460 · Ibid., ixxvii, a · texte numérisé non relu

Ibid., ixxvii, a

3. Ad Nat., I, XIV. Cf. Apol., xvi. Le sens d'onochoeles n'est pas encore

fait courir sur notre Dieu. Il n'y a pas bien longtemps, dans cette ville même, un parfait scélérat, — déserteur de sa propre religion et qui n'est Juif que par le dommage qu'a subi sa peau [on saisit l'allusion à la circoncision], a exposé un tableau contre nous avec cette inscription : Onochoetes. Gela représentait un personnage avec des oreilles d'âne, une toge, un livre, un pied cornu. Et la multitude de croire cette canaille de Juif.., Il n'est bruit par toute la \\\le que de l'Onochoetes. »

Il fallait réagir à tout prix contre les préjugés populaires, que partageait plus d'un esprit cultivé. Tertullien ne fit, en somme, qu'obéir à la pression des mêmes circonstances qui avaient provoqué l'apparition des apologies grecques. Ces apologies, il les a exploitées : mais sur ses emprunts, il met sa marque, si caractérisée, si vigoureuse, reconnaissable entre toutes. C'est en comparant Justin à Tertullien qu'on se rend le mieux compte de la maîtrise littéraire et de la force d'esprit de rinoxorablc dialecticien. Soit dédain des vaines techniques, soit impuissance à organiser ses idées, Justin ne s'était guère astreint à un pian suivi. Veut-il faire un tableau de la vie chrétienne, il en disperse les traits aux chapitres xii, xiv, xv, xxix, lxvii, de sa première Apologie, au chapitre x de la seconde. Il amorce certains développement heureux, sans les pousser à bout, sans en extraire toute la moelle. Au contraire, V Apologeticum est d'une composition serrée et puissante. La chose a été contestée parfois : elle n'a pu l'être que faute d'une considération assez attentive des jalons que Tertullien lui-même a pris soin d'établir tout au long de son plan *. D'abord une introduction

fixé (asinarius sacerdos : Œhler, Rauschen ; « qui couche avec les ânes » : AuDOLLENT ; « engendré par accouplement avec un âne » : Dom Leclercq, etc.).

I. Ces articulations sont marquées aux passages dont voici l'énumération : i, 4 ; iv, i-a, 3 ; vi, 11 ; ix, i, 20 ; x, i ; xv, 8 ; xvii, i ; xxviii, 3; XXXIX, I ; XL, I ; xlii ; xlvi, 1, a; l.

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■(i vi) OÙ il établit en premier lieu Viniqultas odii erga iiomen chrislianoram (i, 4), en second lieu le caractère précaire de ces lois humaines qu'on oppose aux chrétiens comme si elles étaient irréformables. Dès le § iv, la ligne générale de l'argumentation est indiquée : c( Je vais démontrer positivement l'innocence des chrétiens. Et je ne réfuterai pas seulement les accusations portées contre nous, je les retournerai contre leurs auteurs [telle est, en effet, sa méthode tout au long de l'ouvrage]... ; je répondrai à chaque catégorie de griefs, qu il s'agisse des crimes clandestins qu'on nous attribue [ce point sera étudié du § vi, 11. au §ix, 19], ou de ceux que nous perpétrons (dit on) au su de tous [à savoir le crimen laesae diuinitatis, examiné du § ix, 20, au §xxvin, 2 ; et le crimen — ou titalus — laesae malesiatis qui fait l'objet des § xxviii, 3, à xlv], crimes pour lesquels on nous considère comme des scélérats, des extravagants, dignes de châtiment et voués à la dérision, m qulbiis scelesti, in quibiis uani, in qiiibus damnandi, in qaibus inridendi depalamur '. » Une conclusion en cinq chapitres (xlvi à l) oppose la doctrine chrétienne aux doctrines philosophiques et en appelle de la justice dérisoire des hommes à la justice de Dieu.

Tout cela est d'un enchaînement autrement rigou reux que la contexture indécise et flottante des Apologies de saint Justin. C'est surtout dans les passages juridiques que la supériorité de Tertullien s'afïîrme. Ainsi, au chapitre iv de sa /'* Apologie, Justin avait critiqué sommairement l'illégalité de la procédure

I. Ces deruières qualifications sont trop vagues, ce me semble, pour qu'on puisse y rattacher, comme le veutCALLEWAERT, les diverses parties du développement qui va du S vu au S xlix.

usitée contre les chrétiens. Tertullien reprend ce point de vue, mais avec une force, une suite, une précision technique, qu'une longue pratique du droit romain pouvait seule lui permettre. Cette discussion, qui remplit les premiers chapitres de V Apologetlcum, est irrésistible de logique et d'éloquence. Elle se ramasse en formules martelées, elle se resserre en dilemmes inéluctables, oij apparaît invinciblement la sottise, l'illogisme complet d'une procédure qui met en échec toutes les formes traditionnelles de l'administration de la justice. Devant un débat ainsi conduit, les Romains devaient comprendre qu'ils avaient affaire, non pas à un avocat improvisé, de plus de zèle que de science, mais bien à un homme de loi, rompu aux finesses du barreau, familier avec l'histoire et avec le droit, et dont les griefs étaient dignes d'émouvoir (sinon de convaincre) leurs hauts magistrats *.

Le ton général de l'ouvrage est d'une rudesse iiupérieuse et ironique, très différente de l'aménité conciliante de Justin. Même quand il plaide une cause sacrée, Tertullien n'est point l'homme des ménagements concertés ni des prudences diplomatiques. Sa verve s'en donne à cœur-joie sur la mythologie, et rajeunit ces thèmes hérités de l'apologétique grecque, qui les avait reçus elle-même tant de l'apologétique juive que de la philosophie hellénique. Plus respectueux à regard des pouvoirs publics, comme les préceptes pauliniens lui en imposaient le devoir, il réclame cependant pour ses frères le droit de se dérober aux orgies dont les fêtes des empereurs fournissaient le

I. M. Monceaux a pourtant imaginé avec beaucoup de finesse ce que les magistrats romains pouvaient opposer aux arguments de Tertullien, les réflexions que devaient leur suggérer sa thèse juridique. Hist. litt. de l'Afrique chr., I, p. ahg et s.

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prétexte, et d'éluder toute apothéose des Césars. A l'endroit des philosophes, nulle concession, nulle coquetterie : là où il veut mettre en relief l'humilité, la pureté, la dignité chrétiennes, c'est à l'orgueil de Platon et de Diogène, aux dépravation de Socrate et de Speusippe, aux basses flatteries d'Aristote qu'il les oppose. Il ne se détend un peu que pour décrire la vie toute simple et toute droite des croyants : encore mêle-t-il à ce tableau plus attendri des traits mordants qu'il ne sait pas se refuser.

11 est déjà presque tout entier dans cette œuvre, avec sa forte logique dont la virtuosité même avoisine parfois le sophisme ; avec son àpreté incisive et hautaine qui, dirait on, cherche à humilier ses adversaires plus encore qu'à les convaincre ; avec sa verdeur nerveuse de style.

Il arrive souvent aux écrivains de mettre dans un de leurs premiers ouvrages le meilleur d'eux-mêmes. Tertullien a jeté dans V Apologeticum quantité de réflexions qu'il reprendra plus tard pour les développer, pour les approfondir, et qui formeront la substance de plusieurs de ses traités. Presque toute la thèse du de Testimonio animae est amorcée au chapitre xvn. Il n'aura qu'à accentuer dans Vad Scapulam ses fières déclarations du chapitre xxvm sur la liberté de conscience. Au chapitre xxxviii, il prélude à ses rigueurs contre le théâtre, telles qu'il les fera tonner dans le de Spectaculis. L'idée maîtresse du de Praescriptione est esquissée déjà au chapitre xlvii, 9 et s. Et le chapitre xxi trace les linéaments de la théorie du Verbe, qui réapparaîtra parachevée dans l'aduersas Praxean. Toutes ces questions, indiquées en passant et qu'il n'a ni le loisir ni la volonté d'étudier à fond, il saura s'en ressaisir, le moment venu, pour les

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mettre en leur plein jour et en épuiser la fécondité.

h" Apologeticum est un de ces ouvrages qui survivent aux circonstances qui les ont fait naître et qui entrent dans le trésor commun des nations civilisées. Nulle part on ne peut entendre, exprimées avec la forte brièveté latine, plus de chaleureuses revendications en faveur de la justice, de la tolérance, des droits de l'accusé ; de plus vives protestations contre la tyrannie des lois injustes et prétendument intangibles ; enfin une défense plus éloquente du Christianisme, de sa noblesse morale, de l'héroïsme de ses martyrs. Qu'il y ait dans cette admirable plaidoirie des parties caduques, des arguments périmés, c'est le contraire qui étonnerait plutôt. Dans l'ensemble, l'œuvre se tient, elle vit encore. « TertuUien, a dit Chateaubriand, parle comme un moderne ; ses motifs d' éloquence sont pris dans le cercle des vérités éternelles. Une partie de son plaidoyer en faveur de la religion pourrait servir encore aujourd'hui la même cause. » {Génie du Christian., III, IV, 2.)

Les chrétiens lettrés eurent tout de suite le sentiment de cette supériorité éclatante. V Apologeticum fut traduit en grec, peu d'années, semblc-t-il, après son apparition. Ce n'est pas TertuUien lui-même qui prit ce soin, car quelques fragments conservés par Eusèbe trahissent de menues erreurs d'interprétation '. En un temps où les traductions d'œuvres latines en grec étaient si rares ^ l'intérêt de la foi allait favoriser ces

I. Comparez par ex. Eusèbe, Hist. eccL, II, ii, 4, et ApoL, v, i-a ; E. II, XXV, k, et Ap. V, 3 ; E. III, xx, 7, et Ap. v, /, ; E. III, xxxiii, 3 et Ap. II, 6-7 ; E. V, V, 5, et Ap., v, 6-7. — Pour les inexactitudes de traduction, TOir surtout Eusèbe, II, xxt, h.

a. Cf. E. Egger, Mémoires d'Hist. anc. et de Philologie, Paris, i865, p. 266 et s. Ou peut citer les Géorgiques traduites par un certain Arriea (qui est à distinguer du disciple d'Epictète) sous Hadrien ; les Histoires, de Salluste, traduites par le sophiste Zenobios, également sous Hadrien.

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échanges entre l'Occident et l'Orient, au mépris des susceptibilités nationales de l'hellénisme.

A côté de ce chef-d'œuvre de passion et d'éloquence, le de Testimonio animae apparaît un peu frêle. On y voit Tertullien préoccupé d'instituer une méthode originale pour trouver accès dans le cœur des nonchrétiens. Il constate que la tactique des apologistes, ses prédécesseurs, n'a pas réussi. Ils ont voulu prouver par quantité d'extraits tirés des philosophes et des poètes profanes, qu'entre la doctrine nouvelle et l'antique sagesse païenne, c'étaient des accords qui s'accusaient plutôt que des divergences. Ces essais de conciliation n'ont abouti à rien de bon : les adversaires de la foi se sont contentés de récuser leurs maîtres les plus admirés, là où ils paraissaient offrir un appui à la vérité chrétienne. Inutile de recourir à ce vain travail d'érudition ; inutile aussi de faire état des livres saints, puisque, pour y croire, il faut être chrétien déjà {ad qiias [litleras] nemo iienit, nisi iam Chris tianus). Le véritable point d'attache pour la foi, c'est dans l'âme humaine qu'il le faut chercher, avant qu'elle ait subi la déformation d'aucune culture : te simplicem et rudem et impolitam et idioticam compello. Si on écoute le témoignage de cette âme encore ingénue, on y percevra le christianisme qui y est latent {testimoniam animae naturaliter christianaé) . Dans la spontanéité de son langage, de ses prières, de ses exclamations même, l'âme proclame lunité et la bonté de Dieu, l'existence des démons, sa survie à venir, et la réalité des rémunérations d'outre-tombe. Voilà les vérités dont la nature elle-même, la nature sans art et sans fard, lui a fait confidence. Et qu'on

ne voie pas seulement, dans ces formules révélatrices, de simples clichés, vides de tout sens réfléchi, des locutions vicieuses dont la littérature aurait contribué à développer l'usage. A qui la littérature a-t-elle emprunté ces eraptiones animae, sinon à l'âme véridique? Puisse le païen sincère prêter l'oreille à cette vérité qu'il porte en lui-même et dont il ne sait pas com prendre les accents !

Rien de plus curieux que les divergences des critiques sur cet opuscule. Mœhler, Néander l'ont admiré. Un théologien protestant. Viala. a écrit* : « C'est de tous les ouvrages de TertuUien celui qui me paraît le plus profond, le plus universel, et peut-être aussi le seul qui restera. » D'autres, par contre, le considèfent comme « un des plus faibles » de l'auteur, et remarquent « qu'il est fait tout entier de l'étude sophistique d'expressions convenues du langage courant ^ ».

Il y a peut-être dans le de Tesllmonio animae de quoi justifier en une certaine mesure cet enthousiasme et ce dédain. TertuUien promet plus qu'il ne donne ; il trace les linéaments d'une méthode plus qu'il ne réussit à l'appliquer : il esquisse la théorie d'une convenance entre le surnaturel et l'âme humaine, sans l'établir sur des faits suffisamment caractérisés. 11 a eu une intuition intéressante, qu'il doit d'ailleurs, semble-t-il, à la philosophie stoïcienne % mais pas assez de pénétration psychologique pour en faire

I. TertuUien considéré comme apologiste, Strasbourg, 1868, p. 29.

a. GuiGNEBERT, TertuUien..., p. a52.

3. L'idée du (c consentement universel » est une idée stoïcienne. Voy. Diog. Laert., VII, liv. On trouve même, dans le stoïcisme, des auscultations analogues du langage vulgaire, en tant que révélateur de certaines vérités : Chrysippe, dans les Fragm. stoic. ueterum, fragm. 89a (Arnim, II, 243); Sénèque, de Benef., V, vu, a ; Marc-Aurèle, v, 8 ; x, ai.

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sortir ce qu'elle pouvait contenir de vital, et son pressentiment n'a abouti qu'à des à peu près.

Vad Scapulam est un court u avertissement » en cinq chapitres adressé au proconsul d'Afrique, Scapula, qui, en 212/3, rompant avec la longanimité relative de certains de ses prédécesseurs, pourchassait haineusement les chrétiens et n'hésitait pas à leur appliquer la peine du feu que les pires criminels évitaient le plus souvent. La soldatesque profitait de ces rigueurs officielles pour rançonner les suspects, menacés également par leurs inimitiés privées qui se faisaient volontiers dénonciatrices. Dès le début de l'ouvrage, TertuUien détermine avec une dignité parfaite la position qu'il entend prendre et garder : ce n'est pas la pitié qu'il réclame pour les chrétiens, — en le devenant, ceux-ci ont fait le sacrifice de leur vie — ; mais c'est à l'intérêt même de leurs ennemis qu'il veut faire appel. Il se reprend : que dis-je, de leurs ennemis? de leurs amis plutôt, car « aimer ceux qui nous aiment est un sentiment naturel à tous, il n'appartient qu'aux seuls chrétiens d'aimer leurs ennemis (amicos enun diligere omnium est, inimicos autem solorum Chris tianorum) ». Il rappelle quelques principes fondamentaux : d'abord la liberté de conscience (il l'affirme en termes si formels qu'un des éditeurs de ses œuvres au xvii® siècle, Pamelius, ne peut cacher son inquiétude et observe qu'il y a au début du Scorpiace des maximes toutes contraires * ) : « Chaque homme reçoit par droit naturel la liberté d'adorer ce que bon lui semble... Il n'appartient pas à

j. Ap. Migre, P. L., 1, 777, note a.

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la religion de contraindre la religion, qui doit être embrassée spontanément, et non par force (nec religionis est cogère religionem qaae sponte susclpi débet, non ui) ». Ensuite le parfait loyalisme des Chrétiens : « Le Chrétien n'est l'ennemi de personne, à plus forte raison du prince. Comme il sait que celui-ci est établi par son Dieu, il faut nécessairement qu'il le chérisse, qu'il le respecte, qu'il l'honore et qu'il veuille son salut, en même temps que celui de l'empire romain tout entier, tant que le monde durera, car l'empire durera autant que le monde. Nous honorons donc l'empereur comme il nous est permis de l'honorer, et comme il lui est avantageux de l'être, c'est-à-dire comme un homme qui est le second après Dieu... » Quels sujets plus pacifiques que les chrétiens, — et cependant si nous voulions... Une sourde menace gronde ici. Déjà on avait pu en percevoir la rumeur au chapitre xxxvii, 3, de YApologeticum. Au surplus, V Apologeticum fournit à Vad Scapalam la plupart des thèmes qui y sont développés. Il en est un cependant qui est nouveau et qui donne à l'opuscule son sens particulier. TertuUien énumère un certain nombre de faits récents où Scapula devrait lire les signes précurseurs de la colère divine : pluies dévastatrices, feux suspendus au-dessus des murs de Carthage, éclipse de soleil *. On reconnaît là un développement favori des historiens romains. Notons que TertuUien retourne fort spirituellement contre les païens et met à leur compte le grief coutumier qui imputait aux chrétiens, contempteurs des dieux nationaux, toutes les calamités publiques. Prenant ensuite directement à partie

I. Cette éclipse eut lieu, d'après les calculs des astronomes modernes» le ili août a» 2. L'allusion permet de dater le traité d'une façon certaine.

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Scapula, il dresse devant lui l'épouvantail des châtiments dont ont été frappés certains magistrats persécuteurs : l'un, Vigellius Saturninus, perdit la vue ; l'autre, Claudius Herminianus, fut atteint de plaies affreuses où bouillonnaient les vers : il reconnut son erreur et mourut presque chrétien. Scapula lui-même n'est-il pas en ce moment même travaillé par la maladie? Or, quand a-t-elle commencé, cette maladie? Juste après qu'il a eu livré aux bêtes le martyr Mauilus, d'Hadrumète...

Cette idée que la Providence manifeste dès ce bas monde les effets de sa rigueur par les châtiments dont elle frappe les impies dans leur corps et dans leur vie apportait depuis longtemps aux chrétiens (comme jadis aux Juifs) ses consolations vengeresses. Josèphe ' avait montré Hérode, tombant en putréfaction, rongé tout vivant par les vers, affolé de souffrance, et mettant un terme par le suicide à ses inénarrables maux. Hérode Agrippa, persécuteur des Apôtres, avait expiré, lui aussi, dévoré de vermine ^ Pilate passait pour avoir subi l'étreinte de telles infortunes qu'il était devenu « par force son propre meurtrier et son propre bourreau » '. Lactance donnera au même « motif » une ample orchestration dans son de Mortihiis Persecutorum. TertuUien en tire déjà des effets puissants dans Vad Scapulam ; mais il a assez de tact moral et littéraire pour ne pas les grossir à l'excès. L'opuscule est d'une énergie noble et vigoureuse, dont le pathétique devient encore plus pressant vers la fin, là oiî Tertullien supplie une dernière fois le proconsul « de ne pas combattre Dieu » (^r| Oeojiaxeîv : l'expression,

I. Cité dans Eusèbe, H. E., I, vm, 3-i/i. s. Actes, XII, 23 ; cf. Eusèbe, I, x. 3. H. E., II, VII.

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empruntée aux Actes des Apôtres, xxiii, 9, est citée sous sa forme grecque).

Ce n'est pas seulement contre l'hostilité des pouvoirs publics et les sévices de la foule que les chrétiens avaient à se défendre, c'était aussi contre les Juifs. Né du Judaïsme, longtemps confondu avec lui dans l'estimation commune, le Christianisme ne tarda pas à subir les effets de l'hostilité d'Israël à qui il voua lui-même une antipathie profonde, a Nam et nunc adaentam eius (:= Chvisli) expeclant {ladaei), nec alla magis inter nos et illos compulsatio est, qiiam qaod iam uenisse non credunt » : « Les Juifs attendent encore la venue du Christ, et il n'y a pas entre eux et nous de plus fort sujet de dissentiment que leur refus de croire qu'il est déjà venu'. » Tel était, en effet, le point cardinal du débat entre juifs et chrétiens. Mais bien d'autres contestations secondaires étaient venues s'ajouter à ce grief fondamental ^

Très nombreux en Afrique', les Juifs attisaient de leur mieux les haines païennes. Synagogas hidaeorum, fontes persecationum : le mot est encore de Tertullien *. Ils provoquaient aussi les chrétiens à des controverses. Une récente dispute publique, qui n'avait donné aucun résultat, à cause de la mauvaise tenue de certains auditeurs, suggéra à TertuUien l'idée de

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