‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 58 sur 460 · I. Ad Nat., l,\\u; ApoL, xxxv · texte numérisé non relu

I. Ad Nat., l,\\u; ApoL, xxxv

l'apologeticum 95

corps entier de ces hauts magistrats de qui dépendait pratiquement le sort des chrétiens. Tertullicn donne à son Apolo'jeiicum la forme d'une plaidoirie. En réalité, nulle défense n'était concédée à l'accusé chré tien devant le tribunal. C'est justement de cette illégalité que TertuUien prend texte pour développer par écrit son plaidoyer qui, plutôt encore que les praesides qu'il feint de haranguer, vise l'opinion elle-même.

A quelle occasion TertuUien crut-il devoir élever la voix? Depuis une quinzaine d'années, les proconsuls d'Afrique avaient fait preuve d'une certaine tolérance à l'égard des chrétiens. Mais des indices non équivoques révélaient la virulence des haines populaires, auxquelles peu d'années plus tard, en 202, l'édit de Septime-Sévère allait donner libre cours. « Tous les jours on nous assiège, affirme TertuUien ' ; tous les jours on nous trahit et, bien souvent, c'est jusque dans nos réunions, dans nos assemblées même, qu'on vient nous faire violence. » Et encore ^ : « Combien de fois, sans vous consulter [vous, les praesides], de son propre mouvement, le peuple, qui nous hait, nous a-t-il attaqués à coups de pierre et la torche à la main? Dans la fureur des Bacchanales, on n'épargne même pas les chrétiens défunts ; du repos de la sépulture, de l'asile de mort, on arrache des cadavres déjà dévorés par la corruption, on les déchire, on en disperse les lambeaux. » Aux violences s'ajoutaient les railleries. Un Juif apostat avait imaginé de figurer le Dieu des chrétiens sous la forme d'un âne bipède et de faire circuler cette caricature dans Carthage.

« Voici, raconte TertuUien ', une nouveauté que la voix publique

Page 1