‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 61 sur 460 · TERTULLIEN ET LES JUIFS · texte numérisé non relu

TERTULLIEN ET LES JUIFS

consigner par écrit les arguments qui n'avaient pu être fournis oralement. C'est de là que sortit Vadaersiis Indaeos. Le dessein général de ce traité est fort clair. Tertullien veut démontrer aux Juifs que l'économie de la révélation ne permet d'attribuer à la Loi de Moïse qu'une valeur temporaire, et qu'ils ont tort de s'y cramponner, puisque la Loi nouvelle s'est substituée presque totalement aux anciens rites abolis. L'examen des prophéties prouve que le Messie attendu a apporté aux hommes son message de salut. D'Adam au Christ, les ordonnances divines ont continuellement évolué, mais désormais le terme est atteint : « Non potes fulunim contendere, quod aides fleri ». Dans le détail, la discussion souffre de quelque confusion. Les derniers chapitres (ix-xiv) sont empruntés pour la plus grande part au IIP livre de VAduersus Mareionein^ ; et cela avec des maladresses qui font douter que ce soit Tertullien lui-même qui ait opéré une si inhabile transcription -.

Les écrits apologétiques de Tertullien constituent la partie la plus généreuse, la plus vibrante de son œuvre, mais non peut-être la plus curieuse à qui

I. On peut comparer ada. lad. ix et adu. Marc. III, xii, xiii, xiv, xvi, XVII ; adu. lud. x et adu. Marc. IH, xviii-xix ; adu. lad. xi-xii et adu. Marc, m, XX ; adu. lud. xiit et adu. Marc. III, xxin ; adu. lud. xiv, et adu. Marc. III, xx-xxi.

1. Ce problème critique pourrait être étudié à nouveau, Monceaux, Hist. litt. de l'Afr. clir., I, sgS, et s., et Harnack., Chron. II, 290, tiennent pour l'authenticité. De même Aierman, Ucber die Echtheit der leizleren Haelfle von T. adu. ludaeos, Lund, 1918. Mais Einsiedler, de Tert. adu, ludaeos libro, Diss., Aug-sbourg, 1897, et Krijger, Gôtt. Gel. Anz. 190& p. 3i et s., élèvent de très fortes objections.

essaie de pénétrer dans cette âme de colère et de passion. Bien plus significatifs à ce point de vue sont les traités où il entreprend de déterminer l'attitude de la chrétienté d'Afrique à l'égard de la société païenne et des formes diverses de la civilisation de son temps. Cest là que nous le connaîtrons tout entier avec les fougues et les manies de son tempérament.

« Le Christianisme et l'Empire, affirme Ernest Renan*, se regardaient Fan l'autre comme deux animaux qui vont se dévorer... Quand une société d'hommes... devient dans l'Etat une république à part, fût-elle composée d'anges, elle est un fléau. Ce n'est pas sans raison qu'on les détestait, ces hommes en apparence si doux et si bienfaisants. Ils démolissaient vraiment l'empire romain. Ils buvaient sa force. Rien ne sert de dire qu'on est un bon citoyen parce qu'on paye ses contributions, qu'on est aumônieux, rangé, quand on est en réalité citoyen du ciel et qu'on ne tient la patrie terrestre que pour une prison où l'on est enchaîné côte à côte avec des misérables. » Beaucoup se représentent comme faisait E. Renan les premières générations chrétiennes ; ils les imaginent s'exilant de la vie sociale, rétives aux tentations que celle-ci leur offrait. C'est prendre trop au pied de la lettre les déclarations un peu emphatiques de certains apologistes et les exigences grondeuses de certains moralistes. La réalité apparaît assez différente. Il suffît de lire attentivement les opuscules où TertuUien règle les questions d'ordre intérieur pour voir combien diverses étaient les tendances des fidèles de Carthage et d'Afrique. 11 y avait les simples, incapables et insoucieux de spéculation, se contentant de la tranquille

I. Marc-Aurèle,p. k'i8. Développement assez analogue dans E.Schuerer, die aellesten Christeiujerneinden in roemischen Eeiche, Kiel, 1894, p- 9.

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