‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 7 sur 460 · INTÉRÊT ESTHÉTIQUE DES LETTRES CHRETIENNES · texte numérisé non relu

INTÉRÊT ESTHÉTIQUE DES LETTRES CHRETIENNES

d'étaler des généralités ambitieuses, mais afin de poser quelques observations fondamentales qui, une fois établies, serviront en quelque sorte de substructure à nos études particulières.

Je note tout d'abord que pour ceux qui aiment à retrouver dans les œuvres qu'ils étudient les qualités de composition et d'art caractéristiques des écrivains classiques, la lecture des écrivains chrétiens — surtout les Latins — leur réserve d'heureuses surprises. Je dis : surtout les Latins. En effet, si nous avions à décrire le développement de la littérature chrétienne grecque, il nous faudrait porter tout d'abord notre examen sur une série d'œuvres — extrêmement intéressantes au point de vue moral et religieux — mais très faibles au point de vue proprement esthétique. Des lettres, des « apocalypses », des paraphrases simples et nues des livres saints, voilà par quoi cette littérature a débuté. Lisez la Aiba/rj. le Pasteur d'Hermas, les Épifres dites de Barnabe ou de Clément de Rome : ce sont des écrits tout populaires, destinés à rappeler, sous forme directe ou sous forme allégorique, à des gens de condition et de culture manifestement très humbles, les principes de fraternité (àyajTt^), de répression des mauvais instincts (èyxpaTeia) qu'ils sont trop portés à oublier. Nulle préoccupation littéraire, nul souci de l'agencement des idées et des phrases ne s'y trahit.

b INTRODUCTION

Ce n'est qu'avec prudence et circonspection que l'Église s'est successivement approprié, pour les adapter à son objet propre, les formes de la littérature profane. Quand le canon du Nouveau Testament fut clos et placé hors de contestation, elle se reconnut le droit de les utiliser plus largement. Chez les premiers apologistes grecs, Tatien, Athénagore, Justin, etc., qui s'adressent aux empereurs ou au grand public païen pour détourner des accusations meurtrières et les rétorquer contre ceux qui les portent, l'accent devient plus personnel, plus vibrant, le tour plus soigné, la discussion plus serrée et plus philosophique. Malgré tout, l'art est encore insuiïisant ; la composition flotte au hasard : « Les emprunts qu'ils font à la tradition grecque sont des emprunts de pensée, remarque M. Maurice Croiset'... Mais ils sont aussi aff'ranchis qu'on peut l'être de ce désir de satisfaire le goût, de charmer ou de frapper l'imagination, sans lequel il ne peut y avoir de création littéraire à proprement parler. » Ce n'est qu'avec le temps que les écrivains grecs chrétiens comprirent que bien écrire n'est point frivolité pure et que l'idée a besoin de cette beauté formelle qui avait si longtemps paru recherche inconvenante et prétentieuse.

Ce long travail d'accommodation a été épargné aux écrivains latins, et cela s'explique d'abord par une raison chronologique. Les premières œuvres chrétiennes latines dont nous aurons à parler ne sont pas antérieures à la fin du IP siècle. Jusqu'alors le grec

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