‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 8 sur 460 · INTÉRÊT ESTHÉTIQUE DES LETTRES CHRETIENNES · texte numérisé non relu

INTÉRÊT ESTHÉTIQUE DES LETTRES CHRETIENNES

^tait la langue communément usitée dans les chrétientés occidentales, à Rome en particulier. Les seuls «crits chrétiens rédigés en latin étaient des transpositions très littérales, mais fort peu littéraires, de la Bible grecque, à l'usage de ceux des fidèles qui ne comprenaient pas bien le grec. Or, vers la fin du IP siècle, au moment où naît en Afrique la littérature chrétienne latine, sous l'impulsion décisive de Tertullien, une part de l'élite a été conquise. Des esprits raffinés, initiés aux meilleures disciplines, ont adhéré à la croyance nouvelle. Ils vont lui apporter l'efficace prestige du bien dire, où ils sont passés maîtres et où ils continueront d'exceller, même en se targuant (sans doute à limitation de leurs devanciers grecs) de l'estimer à faible prix, même en éprouvant quelque secret repentir de s'y complaire encore. Leur art de la mise en œuvre va bientôt se révéler à nous dans V A pologeticum de Tertullien ou VOctauius de Minucius Félix. Aucun dialogue de Cicéron ne surpasse la grâce élégante de VOctauius. Dès son aurore, la littérature latine chrétienne nous apparaît telle qu'elle continuera d'être dans la suite : soucieuse non seulement de répandre des idées, mais aussi de les insinuer par l'art, et, selon l'image de Lucrèce, d'enduire de miel les bords de la coupe, pour corriger le breuvage parfois amer de la vérité :

... Pocula circum Contingunt mellis dulci flavoque liquore. (IV, i3.^

11 n'y a donc pas eu entre la littérature latine profane et la littérature chrétienne le divorce qui a longtemps séparé l'hellénisme chrétien et l'hellénisme païen. Je dirai même qu'on ne saurait comprendre TertuUien, Gyprien, Arnobe, si l'on ne connaît quelque peu la littérature purement laïque de leur époque. Ils ont été formés par la même éducation que tous les Romains instruits, sous l'Empire, et il ne faudrait pas croire que leur adhésion au Christianisme ait très profondément modifié leurs habitudes intellectuelles.

Cette éducation, quelle était-elle? Il importe de la bien connaître pour comprendre des écrivains chez qui le pli scolaire est resté toujours si fortement marqué.

Une hiérarchie à deux degrés : d'abord le grammairien, puis le rhéteur. Le grammairien prenait l'enfant très jeune encore, et sa tâche consistait à lui apprendre à parler et à écrire correctement soit en latin, soit même en grec : d'oij étude de la grammaire, soit pour la morphologie, soit pour la syntaxe. Puis il lisait et commentait les poètes, Homère, Ménandre, Térence, Horace et Virgile, et c'est seulement à propos de ces explications qu'il donnait à ses élèves des notions de versification, de philosophie, d'histoire, de musique, d'astronomie, etc. L'éducation générale s'acquérait donc au hasard de cette exégèse littéraire

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