‹ Histoire de la littérature révolutionnaireChapitre 24 sur 40 · HE VOICI · texte numérisé non relu

HE VOICI

Dans ma première jeunesse, j'ai saisi dans V Esprit des religions une idée mère, un principe actif et de perfection ; j'ai présenté cette idée sous mille formes diverses, mais quoi qu'il soit toujours utile de connaître ses droits, il n'est pas toujours sage de les réclamer tous à la fois.

De là cette obscurité volontaire dont je prenais pfaisir à envelopper mes justes réclamations. Mais aujourd'hui que do toutes parts les yeux sont ouverts, et quc'/'A^ttre de V exécution est proche, il n'y a pas un instant à perdre pour la rendre sûre, et l'empêcher d'être cruelle.

Je n'aime point le sang ; mais j'aime à renverser tous les trônes de la tyrannie.

Un peuple enfant, dans Ja douce ivresse de sa victoire, s'est écrié sur les ruines de la Bastille : « Ici Von danse. »

Il ne pensait plus au lendemain^ et déjà il ne danse plus.

sous LA BÉVOLUTION ÎS9

C'est donc à nous à parler à noire lour, à lui offrir la vérilé avec d'autant plus de sèle, qu'il est moins tsn état de la trouver par lui-même.

Nations, levez-vous, unissez-vous, soyez attentives au plus grand des spectacles. Je vais créer un acjtre moinde^

ET donner le mot D^ ORDRE A l'UNIVERS.

Le lecteur de {Esprit des Religions aurait grand tort de s'attendre à de beaux discours bien « peignés. » Ge n'est point un livre qu'a Touiu faire l'auteur. Bon but a été tout simplement de nous inviter à un repas frugal, à quelque brouet de la nature. L'ouvrage a trois parties, quoiqu'on apparence, l'auteur n'en publie que deux. ^ Mais la première, qui sera mieux comprise après avoir lu la seconde, aura besoin d'une autre lecture : ce sera la troisième partie. »

Au eomtnencement du livre^ il est question de grammaire et d'étymologies, ce qui l'amène par une de ces logiques dont Bonneville semble posséder le bizarre secret^ à l'explieatioki du prin* cipe fondamental de tout bon gouvernement. Le seul moyen possible d'y arriver, à cette eomntttm'on sociale tant rêvée, est de diviser les héHtages territoriaux en parts égales et déterminées pour les enfants du défunt, et d'appeler au partage du reste tous les autres parents. Puis vient à l'iitiprovistet sans transition, une longue tbéotie sur le péehÉ

originel, le Jubilé, le culte de la loi, où il s'inspire directement d'Helvétius. La religion universelle sera fondée sur le l)onheur des peuples. Les philosophes en seront les prêtres. Son égh'se sera les loges des francs-maçons ; son culte, la nature. L'instruction sera gratuite et obligatoire, la seule façon d'arriver à l'unité £Ociale, en passant par l'analyse des langues ; la racine des mots étant encore celle des préjugés.

Puis il revient à la grammaire. Il se demande pourquoi l'on n'écrirait pas comme on parle, et déplore que l'on imprime François quand on prononce Français, Il termine enfin par l'explication des Cercles Constitutionnels , ainsi qu'ils ont été imaginés par la haute maçonneiie.

Ce qu'il y a de vraiment curieux dans cet ouvrage, c'est qu'on y trouve l'embryon de la plupart des questions sociales, religieuses et politiques qui furent soulevées depuis, et cela dans un style, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le dire, que l'on croirait dater du commencement de l'époque du romantisme. Il eut sur l'avenir de la révolution une action décisive, bien qu'il ne s^adressât cependant qu'à un public fort restreint.

L'esprit des Religions fût suivi d'un Nouveau Code conjugal, établi sur les bases de la Constitution. On y demande l'exclusion des célibataires de tous emplois putlics. L'âge du mariage est fixé à quinze ans

sous LA RÉVOLUTION %9{

pour les garçons et treize pour les filles. Le divorce est établi. On sait si la première et la dernière de ces propositions ont donné lieu depuis à des discussions qui sont loin d'être closes.

Au milieu d'occupations si diverses, le poète semblait s'être éteint chez Bonneville, quand les massacres de Septembre vinrent ranimer sa verve, au point qu'il n'hésita pas à flageller d'importance les assassins de ces fameuses journées. Bonneville fit preuve de trop de courage en l'écrivant, pour que nous puissions passer sous silence*, le morceau que voici : *

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