LE SEIGNEUR
Nous autres grands, par tous pays, Oubliez-Yous ce que nous sommes ?
LE OCRÉ.
Vous aulres, pensez aux petits,
Et n^oubliez pas qu'ils sont hommes.
(( Le curé ne mâche pas la vérité même à son supérieur, à ce haut prélat mondain qui figure dans la suite de l'empereur, et qui ne s'occupe qu'à faire le métier de courtisan, sans souci de son diocèse. Yoilà dans quelle circonstance. Nicodème descend de la voiture aérienne, au grand ébahissement des
gens de la Lune, y compris l'astronome de Fempereur, dont la savante lunette est toujours braquée sur cette lointaine boule qu'on appelle la Terre. Le nouveau venu entend les plaintes de la population lunaire, et il raconte ce qui s'est passé dans son pays, où Tétat des choses était précisément pareil. Il conseille de procéder comme on a fait dans notre révolution, sauf toutefois quelques petits détails qui ne sont pas à imiter, et à Tégard desquels il se permet de voiler ou d'embellir l'histoire :
Oai, messieurs, tout Pmonde en France A tout d'suite été d'accord, Clergé, noblesse et finance Ont cédé leurs droits... d'abord.
Tout chacun, sans résistance, D'y r'noncer a pris grand soin...
(à part) A beau mentir qui vient de loin !
Tout l' monde a pensé de môme,
Gnia pas eu deux sentiments,
On n'a rien songé d'extrême:
Ni dispul' ni différends.
CTest tout simple quand on s'aime ; De s'dispuler gnia pas besoin...
(à part) A beau mentir qui vient de loin !
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« Admis auprès de Tempereur, Nicodème lui parle beaucoup plus sagement que messieurs ses conseillers d'Etat, et lui révèle ce qu'on dérobait soigneusement à sa connaissance. Désolé d'avoir été trompé de la sorte, le brave homme d'empereur se promet bien de voir désormais par ses propres yeux, et proclame toutes les réformes réclamées par l'intérêt public. Nicodème fait même quelque chose de plus fort que de mettre dans la bonne route un prince déjà si bien disposé : il y amène aussi un premier ministre, et les autres grands personnages qui ne sont pas, dit-il, si diables qu'il sont noirs. Il n'est pas jusqu'au prélat de cour, à F archevêque de la Lune, qu'il ne parvienne à gagner par ses bonnes raisons. Tout cela est mêlé de scènes plaisantes auxquelles donnent lieu les us et coutumes du pays, notamment en matière de mariage, et l'empressement de trois ou- quatre femmes qui se disputent la conquête du voyageur.
« Beffroy de Reigny composait avec facilité de jolis airs. Il est l'auteur de la plupart de ceux qui sont dans ses pièces, et qui en font des espèceâ d'opéras-comiques. Plusieurs ont été longtemps chantés, par exemple, dans Nicodème dans la Lune, les couplets : N'y a pas de mal à ça, Colinçtte. Le cadre était drôle; les allusions politiques étaient piquantes, d'autant que la Révolution, comme on l'a vu, y recevait aussi sa part de leçons, et cet assai^
sonnement distinguait Ntcodème dam la Lune de tous les ouvrages où elle était louée sans réserve.
a Avec ces éléments et quelque brillant de mise en scène, genre d'attrait sur lequel le public d'alors n'était pas blasé, vous comprendrez le succès inouï que cette pièce obtint. L'impulsion une fois donnée, elle se communiqua de proche en proche, et ce fut un véritable engouement. Ntcodème composait seul le spectacle, et c'était assez. Toutes les loges étaient louées l'avant- veille ; on renvoyait deux fois plus de monde que la salle n'en pouvait contenir. Bien des gens y revenaient à plusieurs reprises avant de pouvoir entrer, et Ton voyait un coin à l'orchestre ou dans les coulisses, à défaut d'autres places, payé quatre fois sa valeur. En treize mois, Ntcodème eut cent quatre-vingt-onze représentations. Il est vrai qu'une œuvre de cette nature, si grand que soit le succès, ne peut avoir qu'une existence temporaire. Celles dont le mérite ne doit rien à l' à-propos, sont dédommagées par l'avenir. »
L'année 1791 s'ouvrit avec une production du sieur Harny, l'ancien collaborateur de Favart, intitulée La liberté conquise et qui ne mérite pas que l'on s'y arrête. Le Mari- Directeur ^om le Déménagement du couvent^ de Carbon-Flins, n'eut pas un sort beaucoup plus heureux. C'est l'histoire d'un mari s'afiTublant d'un froc pour s'amuser à entendre des
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confessions, et recevant ainsi de sa femme des confidences peu agréables.
A cette époque éclatèrent les dissidences qui menaçaient depuis si longtemps la Comédie-Française. Les comédiens rompirent le faisceau séculaire ; une scission se fit. Talma, de Grandmenil, Dugazon, M™® Vestris, M"° Lange, M* ^' Desgarcins se séparèrent de la société pour entrer au Palais- Royal, sans compter Texcellent Monvel. L'origine de cette rupture avait encore été Charles IX ^({we les uns trouvaient trop avancé et que les autres voulaient jouer à tout prix.
C'étaient donc les partisans de Chénier qui fondaientleThéàtre-Françaisdelarue de Richelieu,nom que prit la salle du Palais-Royal. L'auteur de Charles yXeutles honneurs de rouverture,quise fit le 17avril, avec Henri VIII ^ tragédie remplie d'un pathétique déchirant. « Quant on la veut critiquer, dit Daunou, il faut commencer par essuyer ses larmes, veiller sans cesse à les retenir^ et résister non moins courageusement aux impressions qui résultent des mouvements et de la beauté du style » M. Tissot, en reconnaissant dans Henri VIII a un pathétique vrai qui fait couler de douces larmes, » ajoute : « On n'y respire ni la verve d'Eschyle, ni la majesté de Sophocle, ni la profonde éloquence d'Euripide. » La tragédie de Chénier n'en est pas moins digne de beaucoup d'estime. A l'encontre de bien des criti-
ques nous la préférons à CalaSy donné le 7 jaillet, et qui est plutôt « un monument préeieux de son talent qu'une heureuse production de son art. »
La Comédie-Française ayant à lutter avec de sérieux concurrents, rivalisa d'émulation. Dans l'espace de trois semaines nous la voyons représenter trois nouveautés en cinq actes et en vers : /7ntrigite Epistolaire^ comédie de Fabre d'Ëglantine, le 15 juin ; Jean-sam-Terre, tragédie de J)uci8, le 28 du même mois ; et enfin Calas^ dont la première eut lieu le 7 juillet.
Ducis s'était déjà fait connaître par Amélùe; une traduction d'Hamlet; une autre de Bornéo et Juliette dans laquelle il avait fait entrer l'épisode d'Ugolm, emprunté à Ytnfer du Dante ; Œdipe chez Admets^ composition bizarre résultant de la combinaison d'un ouvrage de Sophocle et d'un ouvrage d'Euripide, et les traductions du Roi Lear et de Macbeth.
JeansanS'Ierre ne fut pas heureux. Il fallait en ' attribuer l'insuccès à l'invariabilité de ses principes, plutôt qu'à la faiblesse de sa conception. Ducis,a dit un de ses apologistes,n'avait jamais partagé le délire dont la plupart des esprits étaient agités, et nes*en était attaché même que davantage, à défendre la royauté sur la scène.
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Le défaut contraire assurait à Fabre d*Eglanline les sympathies du public. L' intrigue Epùtolaire^ écrite dans un style d*un comique parfois douteux, passionna le parterre. Talma y jouait un rôle d'amoureux. Le 11 novembre suivant, dans une autre comédie de Fabre, V Héritière ou la Ville et les Champs, il allait représenter un marquis incroyable, avec une vivacité charmante. Ce fut, peut-être, ces deux tentatives du grand acteur tragique, qui aidèrent à la vogue de Fauteur.
Le Convalescent de qualité, toujours de Fabre,venait d'être donné au théâtre Italien, quand les affiches du théâtre de la Nation annoncèrent pour le 2 mars une tragédie en 5 actes et en vers de Laignelot : Rienzi, L'auteur iVAgis et Cléomène n'obtint qu'un médiocre succès, et céda bientôt la place à Arnaud dont on venait de recevoir un Marias à Mintumes qui passa inaperçu.
Signalons encore la Mélanie de Laharpe ; un Washington de Sauvigny, et une comédie en 5 actes de Dupuis : L'artiste Patriote,
Autour des pièces vraiment littéraires se groupaient une quantité incroyable de petites œuvres, la plupart destinées à consacrer l'actualité. Huit jours après la mort de Mirabeau, M^^ Degouges 4onne un Mirabeau aux Champs-Elysées, au théâtre
Italien. Le H mai c*est M. Dejaune qui vient avec VOmbre de Mirabeau, comédie en i acte et en vers. Le 21 mai, le théâtre de la rue Feydeau monte un Mirabeau à son lu de mort, de M. Pujoulx. Puis voici venir : La bienfaisance de Voltaire (on venait de promener son buste) ; La Veuve Calas à Paris, encore de M. Pujoulx ; r Hôtellerie de Warins, comédie en 1 acte (11 août) ; La prise de la Bastille, comédie en 3 actes de Barbaud (25 août) ; Le Mariage des prêtres. Le Régime des Prisons d*Etat par Thomas ; La Ligue des fanatiques et des tyrans de Ronsin ; La Beime des armées noires et blanches,pa.T Louvet ; La France régénérée, de GhaufTart ;Za Feuille des bénéfices, etc., etc.
Le succès de Nicodème dans la Lune n'était pas épuisé quand le Consin Jacques donna le Club des bonnes gens, pièce en 2 actes et en vers, avec des airs nouveaux, jouée au théâtre de Monsieur, le 24 septembre 1791. L'auteur* suppose un village, où les dissensions politiques ont semé la zizanie, où Ton bataille avec acharnement au lieu de se livrer au travail et de bien vivre ensemble, où les mariages projetés sont rompus parTopinion contraire des parents.
Gomme le dit Alain :
G'esl cette absurde manie
Dont l'aveugie fureur devient épidémie,
1 Nous en empruntons l'analyse à M. Th. Muret,
Qui troablant les esprits de nos cultivateurs. Au hameau, sous le chaume, a divisé les cœurs. Les gens dont la dispute aigrit les caractères, Qui forment des soupçons^ des partis pour des riens^ Se souYiendraieut assez qu'ils sont des citoyens S'ils n'oubliaient pas qu'ils sont frères.
Qui ramènera la concorde entre ces esprits irrités ? Ce sera le curé du village, naturellement un curé constitutionnel, d'après la date de la pièce, un prêtre qui prêchera par ses actions, frère de celui que nous avons vu dans Nîcodème ou plutôt le même personnage. Ce n*est pas qu'il désapprouve la libre discussion des droits communs, qu'il veuille voir les habitants des campagnes étrangers aux intérêts publics, qu'il croie incompatibles le travail de l'intelligence et celui des bras ; il a bien soin de le dire :
,...11 s'en faut que je blâme
L'usage de ces clubs introduits parmi vous ; Je sais qu'en s'assemblant on s'instruit, on s'éclaire, Qu'on peut même par là serrer ces nœuds si doux Par qui tout homme apprend à respecter son frère ; Mais mon cœur fait le vœu que vous en soyez tous, Qu'il n'existe entre vous ni rang, ni préférence,
Qu'on y voue à l'humanité Le respect le plus tendre, aux lois l'obéissance ; Que, par des jeux permis, au sein do la gaîlé. Des fatigues du jour sans gène on s'y délasse ;
Que toujours dans son coeur on y garde une place Pour la douce fralernilé :
Qu'entin, pour couronner l'o«ivrage,
On n'en sorte jamais s'en s'aimer dayantage.
Le seigneur de Tendroit a suivi le fâcheux courant de l'émigration, et un des paysans partant de là pour médire des dénigrants^ comme il dit, le bon curé prêche Tindulgence à cet égard comme en tout :
Mes amis, mes amis, point de plaisanterie ; Souvenons-nous qu'il faut, pour bion juger les gens,
Ëlre humains autant qu'indulgenls.
Pour un coupable, hélas ! «luo d'êtres innocents Qui réclament on pleurs le seiu de leur patrie ! Faut-il empoisonner le reste de leur vie ?
Ma bouche avec vous tous ne s'ouvrira jauiais Que pour solliciter le pardon et la paix.
Tous ces Français que loin de nous L'épouvante retient encore, Ils n'ont pas vu d'un jour si doux Briller la bienfaisante aurore.
Pareils à ceux que le ciel fit Habitants d'un autre hémisphère, Ils soûl au milieu de la nuit Quand le plein midi nous éclaire.
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MUS surtoat n'oublions jamais Que chacun d'eux est notre frère.
La voix du sang chez les Français Doit-elle un seul instant se taire?
Loin d'avoir un cruel plaisir A les voir se troubler et cj^aindre, Pour parvenir à les guérir, Il faut nous borner à les plaindre.
Tant il y a que, par les soins du digne curé, le bon accord est ramené dans le village, et au lieu des différents clubs où l'on passait le temps à se chamailler, il n'y en aura plus qu'un, celui dont il sera le président, et qui formera des patriotes dans le véritable et le meilleur sens du mot. « Embrassonsnous, faisons la paix, » tel est le refrain des couplets de la fin et il y en a môme un pour Louis X\ I :
Vivons désormais tous en frères, N'affligeons plus notre bon roi !
Sous les yeux du meilleur des pères, Obéissons tous à la loi.
De bon cœur comme il va sourire Quand il verra tous les Français, Eu vrais amis, entre eux se dire :
« Embrassons nous, faisons la paix! »
Le Club des bonnes gens n'eut que quarante^six re-
présentations. L*irritation du parti extrême en exigea la disparition.
A côté des productions dramatiques qui eurent l'iionneur d'être représentées, il faut en citer plusieurs autres qui ne virent jamais la scène, et ne furent que publiées.
Parmi celles-là, nous plaçons en première ligne Thér oigne et Populus, ou le Triomphe de la Démocratie, drame national, en vers civiques, qui parut à Londres en 1790.
<( Si le plus absolu despotisme, écrit Fauteur dans un avant-propos, a permis les licences poétiques, ce n'est point sous l'empire de la liberté qu'on doit les interdire ; elles doivent au contraire suivre le cours naturel des choses, croître en raison directe des licences patriotiques, proportionnellement à cette heureuse liberté, dont le salutaire effet nous comble de gloire et de prospérité.
a On verra, en lisant ma pièce (car elle sera lue, même par les aristocrates), que j'ai eu le courage national de m'alfranchir de l'aristocratie des règles: si j'ai parfois resté soumis à celles des rimes, c'est que je ne puis être seul une assemblée auguste, pour détruire à la fois tous les pouvoirs^ et j'attends que monseigneur Robespierre, qui a si glorieusement foulé aux pieds l'aristocratie de la recon-
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naissance, ait dicté un décret sur les pièces de théâtre, pour eu faire une en vers blancs, sans hémistiches, commençant par la catastrophe, et conforme en tous points au système que ce membre honorable, et si bien organisé, ne peut manquer d'adopter.
« Je n'indiquerai point les beaux endroits de ma pièce ; cette tâche trop pénible annoncerait une défiance injurieuse de la loyauté de mes lecteurs ; ils verront aisément que cet ouvrage est un composé d'inspirations subites de génie, comme les décrets de la diète auguste, et non le résultat d'un travail réfléchi. »
Il s'agit des amours de Théroigne. Les amants sont nombreux ; mais Mirabeau seul contrebalance les avantages du député Populus.
THÉROIGNE
Populus 1 au nom de ma civique ardeur Dissipe^ cher amant, le trouble de mon cœur.
De ton auguste front daigne écarter les ombres... Tu délournes de moi tes yeux tristes et sombres. Au nom de tant d'amour, el par ce nœud charmant, Qui nous unit longtemps avant le sacrement, Tire de sa cruelle et vague incertitude Un cœur qui de t'aimer fait son unique élude.
popuLus, à part Mirabeau 1 le perûde !
THÉROIGNE
Eh bieal...
POPULUS
Le croirais-lu ?
THÉROIGNE
Parle.
POPULUS
F^e traître aspire à me faire cocu.
THÉROIGNE
Oh I comble de T horreur I
POPULUS
Ou plutôt de ta gloire...
Il obtient sur tes sens une telle yictoire !
THÉROIGNE
Âh cruel ! ah fripon ! cesse de le penser :
Un bon ajournement saura le repousser.
Populus après quatre longs actes finit pourtant par l'emporter.
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POPULUS
Que j'aime celle noble el loucbanle candeur !
THEROIGNV
Tu me verras, malgré ce soupçon Irop injusle, Fidèle à mes sermenls comme la diète auguste.
P0PULU8
Dans cet heureux espoir, sans doute, il m'est bien doux, De mettre avec mon cœur, un trône à les genoux.
THEROIGNE
Protège ces nœuds saints, ô Dieu de la patrie 1 Et que les Populus qui nous devront la vie, De raristocratie ardents persécuteurs, Deviennent potentats et régénérateurs ; Puisse le tendre amour sur leur jeune visage, Imprimer d'un époux la séduisante image; Et que, régulateurs des destins dePÉtat, Chacun d'eux soit un jour président du Sénat.
En 1791, M. Pierre Vaqué, colonel de la garde nationale de G. (lisez : Galonges], faisait paraître un drame en cinq actes et en prose intitulé : Les Citoyens Français ou le Triomphe de la Révolution^ Le
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drame était dédié à tous les amis de la Constitalion, par un de ses plus zélés défenseurs.
Dans une longue préface, Tauteur a pris le soin d'expliquer le but qu'il s'est proposé. Il a voulu faire un grand travail sur la France régénérée. En composant sa pièce, il a cherché à entrer dans les desseins de l'Assemblée nationale, « et des bons esprits, qui secondant ses travaux régénérateurs dirigent cette puissance qui .commande à toutes les puissances : l'opinion publique. » Il veut que tous les citoyens donnent à leurs ouvrages l'auguste caractère de la liberté. « C'est surtout à la scène, image perfectionnée de la société, à donner ces salutaires impressions, qui réagissant dans le sein de toutes les familles, justifieront ces fastueuses devises.qui annonçaient si vainement l'école des mœurs. » Son souhait, c'est qu'elle expose sans cesse à notre émulation, toutes les vertus, embellies si c'est possible par les couleurs poétiques, mais qu'elle voue à l'opprobre et à l'exécration le crime couvert de toutes ses horreurs ; c'est qu'elle dépouille d'un prestige éblouissant ces superbes oppresseurs du genre humain ; que tourmentés par toutes les forces du remords et de la crainte, ils soient le jouet et les victimes des courtisans, des délateurs, des bourreaux, de tous ces instruments de tyrannie, et qu'en tombant sOus la hache suspendue sur la tète de leurs esclaves, ils satisfassent à la jus-
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tice divine et humaine. C'est encore qu'elle représente ces bons princes qui ont le noble orgueil de ne régner que par les lois, et qu'ils paraissent, dans toute leur gloire, entourés de l'amour et des bénédictions des peuples ; qu'elle n'emprunte plus à la mythologie ces demi-dieux qui viennent donner aux hommes l'exemple des plus funestes comme des plus viles passions ; que ces petits maîtres, ces marquis brillants, ce misérable persiflage, cet esprit de ceux qui n'en ont pas, restent à jamais ensevelis sous les ruines des gothiques institutions. Qu'elle fasse aussi disparaître ces « convulsives » pantomimes, qui tiennent si souvent la place des développements nécessaires du dialogue. Que les talents dramatiques dégagés des chaînes d'un goût pusillanime et routinier, en prenant un plus noble essor, n'aient d'autre maître que la nature, d'autre objet que la vocation de l'homme ; et que véritable successeurs des Corneille, des Racine, des Molière et des Voltaire, ils ajoutent à la gloire de tant de chefs-d'œuvre, celle de faire du premier théâtre, un théâtre digne du plus grand de tous les peuples libres.
Tels étaient les vœux de M. Pierre Vaqué, qui voulant voir tout concourir à la félicité nationale, crut devoir soumettre aux personnes éclairées, l'idée d'un drame représentant les principales circonstances de la révolution. Dans ce temps de crise, où ton-
tes les passions se déchaînaient, il tâcha de les mettre sur la scène, d'opposer la religion au fanatisme, la raison aux préjugés, la modestie à la vanité, la modération à l'ambition, la simplicité champêtre au faste des cours, et « Tamour de la patrie à cette violence allumée par la nature, et qui, souvent excitée par Tamour-propre, sacriBait à toutes ses fureurs. »
La difficulté était grande de rattacher des discussions religieuses, morales et politiques, à une action dramatique. M. Pierre Vaqué la vainquit en partie.
Ce sont les mêmes idées que poursuivait M. J. B. capitaine d'une Compagnie de G. N, et membre de la société des Amis de la Constitution, de Perpignan, en composant le Contre-Révolutionnaire ou les Amis de la Constitution ^ drame en 3 actes.
« Recevez, je vous prie, écrivait-il aux amis de la Constitution, ces hommages, non pas de mes talents, mais du sentiment qui m'anime. Assez et trop longtemps nos théâtres ont retenti de ces fades adulations prodiguées à nos anciens tyrans. Brutus et Guillaume Tell seront désormais les seuls héros dignes de paraître sur la scène. Le feu sacré du Patriotisme ne tardera pas à ' Tenrichir de tableaux propres aux circonstances, et qui serviront sans
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cesse à ranimer Tamour de la patrie et de la liberté.
« Dans un siècle ou to^t Citoyen doit s'enorgueillir d'être l'Ami de la Constitution, je n'ai pas hésité à faire imprimer le produit de mes délassements. Daignez Taccepter en faveur du sentiment qui l'a fait naître. Forcé de convenir de Tinsuffisance de l'auteur, vous ne pourrez cependant vous empêcher de louer les motifs qui m'ont fait mettre au jour cet essai, qui n'a d*autre mérite que la vérité des tableaux qu'il présente. Quels seraient ma joie et mon ravissement, si quelque ennemi de la Révolution, frappé de la vérité, se dépouillait en la voyant, de tous les faux préjugés qui l'aveuglent et ne peuvent que l'égarer I Plus heureux encore, si quelque esprit timide et chancelant y puise cette constance et cette fermeté qui caractérisent les vrais Amis de la Constitution, et qui leur ont fait prendre cette glorieuse et immortelle devise : yivrc libre, ou