‹ Histoire de la littérature révolutionnaireChapitre 6 sur 40 · LES TROIS FRÈRES · texte numérisé non relu

LES TROIS FRÈRES

Trois frères habitaient une même maison ; Leur bien, leur ijgilérêl, leifr ^èrcjîtail le même ; L'un logeait au premier, l'autre était au second, Et le cadet de touSy occupait le troisième.

L'aîné battait les gens^ buvait, chantait, chassait,

Tout le loQg du jour s^amusail ;

Le second disait ses prières,

Le dernier faisait les affaires Et payait. Le ménage allait d\iprès cela Tant bien que mal. Un jour la maison mal construite

« Les morceaux cités sont absolument inédits et provicu nent de coUections particulières.

Craqua, fléchit et tout de suite ' ' *"'

Du comble aux fondements le mal se décela.

Un architecte sage, et qui par ses lumières

Ses talents, ses vertus auslères, ' Se faisait en tout lieux, admirer et chérir^ Mandé dans la maison avait dit aux Irois frères :

• Je puis la réparer, mais il faut nous unir. » .

• — Moi, dit Tatné ; moi voir mon frère ! .

t II demeure là- haut, vous tous moquez, je crois,

« Non, vraiment, j'ai Tâme trop fîère

• Pour monter dans sa chambre,ou Tattendre chez moi. »

• — Moi, disait le second, je suis chez moi, j'y reste.

• Le dernier doit payer, l'aîné doit ordonner,

• Moi jouir et ne rien donner.

« — Mais, disait le troisième avec un ton modeste, ■ Au lieu de nous fâcher, tâchons do raisonner 1 »

Vains souhaits, parole inutile 1 Tous trois s'injuriaient, sans raison, sans égard Alors qu'au milieu d'eux parut certain bâtard De la maison, qui faisait l'homme habile.

Criait toujours, parlementait, ^

Sans qu'on l'interrogeât, descendait, remontait,

El ne restait jamais tranquille, Raisonnait sans principe et parlait sans objet, Le matin pour l'aîné, le soir pour le cadet.

Au lieu de l'apaiser, il augmentait le trouble. Mais tandis que l'on crie et que le bruit redouble, La maison tombe et les écrase tous.

Français, Français, qu'en pensez^vous ?

SODS LA RÉVOLUTION 83

Le tout pour deux sols I

L'inégalité des conditions y est représentée sous une forme allégorique et ingénieuse, et la fable toute entière semble une prédication des maux futurs, si les deux premier ordres refusaient de s'associer au Tiers-Etat.

La revendication *des droits de ce Tiers-Etat est quelquefois exprimée en de beaux vers. Le peuple, sans instruction» a des moments où son génie étouffé, brise ses entraves et libre, donne de l'aile jusqu'aux sublimités. Il y a des Corneilles dans la foule, comme il y a desTurennes et des Bonapartes. L'auteur de Phèdre ne s'est jamais élevé plus haut que ceci :

... Quel que soil le berceau d'un empire La majesté du peuple y fait celle des rois.

On cherche la signature de Victor Hugo, on ne trouve que celle de Gaillard, boulanger.

L'ouverture des Etats-Généraux et l'avenir des Tiers-Etats furent les sujets de plus de dix-mille poètes. On voulut célébrer la nouvelle victoire des Tiers sous toutes les formes. Voici la 3/wsei^a^rib//^we de Bézassier, chanoine régulier de l'abbaye royale

84 HISTOIRE l)B LA LimîlîATURE

de Saint-Loup, à Troyes, avec celle épigraphe : vox populi vox Dei\ et qui paraît le môme jour que ïOde sur les Etats-Généraux de Guinguené. Voici encore la Tempête et le Ca/me,dédié au Tiers, à Monsieur, aux ducs d'Orléans, d'Harcourt et de Nivernois, par d'Obeltour ; L'Ouverture des Etats- Généraux par M. Salmon de Nancy, inslituteur royal miiilaire ; J/a Motion^ ode aux Elats-Généraux par M. Labrujl; La Révolution ou les Ordres réuntSy poème suivi d'un plan d'adminislration économique pour le loyaume, par M. de Vixouze, citoyen, membre de plusieurs académies. Nous ne sommes pas au bout, et s'il fallait aller jusqu'à la fin !... C'est le Cahier d'un Seigneur de Normandie 'ou Projet de bien public à faire aux Etats- Généraux.

Tuul Icrrain en comniun, pour mieux se cultiver Doit en comniun se vendre, ou duil se parlnger.

El plus loin.

La liberté (J^éciire enfante lo génie.

Le Seigneur de Normandie fail apparemment allusion à l'arrcl du conseil qui le jour même de Touverturo des Etals-Généraux, condamnait le Journal des Etats-Gé7K'raux que Mirabeau publiait, en même

temps qu'un autre arrêt défendait qu'aucun écrit périodique parût sans permission. VAlleluia du Tiers-Etat eut cent éditions !

Un apôtre du Vatican < Enterra le Tiers tout vivant, Mais bientôt il ressuscita, Alléluia!

L'apôtre creusa le tombeau, Le chancelier y mit son sceau ; Ce fui en yain qu'il le scella, Alléluia !

Nous allions oublier les Observations importantes du Tiers-Etat à f égard des deux autres^ ordres y par M. G**\

Le Tiers-Etal 1 ce mot est-il bien h sa place? Consultons le boa sens, le Prince-Etal vaut mieux.

Et:

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