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Histoire de la littérature romaine

La littérature romaine est née de la littérature grecque. On peut même affirmer hardiment que, sans la littérature grecque, il n’y aurait point eu de littérature romaine. Nous en avons pour preuve cinq siècles entiers, les cinq premiers siècles de Rome, au travers desquels il est impossible de rien apercevoir qui mérite le titre d’œuvre littéraire, ni de relever un nom, un seul nom de poète ou de prosateur. L’éloquence elle-même, en dépit des institutions qui semblaient la provoquer à grandir, reste dans les langes, jusqu’au jour où les hommes d’État romains commencent à lire Eschine et Démosthène.

C’est vers le milieu du troisième siècle avant notre ère que Rome se mit aux leçons des Grecs. Il ne lui fallut que quelques années, je ne dis pas pour atteindre à la perfection, mais pour faire grand honneur à ses maîtres. Livius Andronicus et Névius achevaient à peftie son initiation aux mystères de la pensée, que déjà elle comptait parmi ses gloires un Plaute, un Ennius, un Caton. La poésie latine, après Ennius et Plaute, et jusqu’au grand siècle, n’est trop souvent qu’un écho bien affaibli de la poésie

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grecque : ce sont pourtant de beaux noms encore que ceux des comiques Cécilius et Térence, des tragiques Pàcuvius et Attius, du satirique Lucilius. Caton, le grand historien, n’eut, avant César et Salluste, que des successeurs indignes de lui. Caton, le grand orateur, fut suivi d’orateurs dignes de lui et dignes de Rome ; la cliaîne qui unit Caton à Cicéron passe par Scipion Émilien, par les Gracques, par Crassus, par Antoine, par llortensius. Le génie romain touche à son apogée avec Cicéron. Cicéron, à lui seul, est presque toute une bibliothèque de chefs-d’œuvre; et la génération de Cicéron nous fournit d’admirables historiens, César, Salluste; un poëteégal aux plus grands, Lucrèce; enün deux écrivains d’un vrai talent, chacun dans son genre, le poète Catulle et le biographe Cornélius Népos. La génération suivante n’a guère qu’un prosateur; mais ce prosateur est Tite Live. En revanche, les poètes abondent : Virgile, Horace, Properce, ïibulle, Ovide. Je ne cite que les plus fameux.

A la mort d’Auguste, .finit ce qu’on nomme improprement le siècle d’Auguste, ce qui est pour moitié le siècle de César, ou plutôt le siècle de Cicéron ; je veux dire l’âge d’or des lettres latines. La décadence se faisait déjà pressentir dans Ovide même. Phèdre le fabuliste en marque nettement le premier degré ; les Sénèque la précipitent. Avec Lucain et Perse, avec Pétrone et Pline l’Ancien, nous sommes loin déjà de Tite Live et de Salluste, d’Horace et de Virgile. C’esf pourtant un grand siècle encore, que celui qui suivit le siècle d’Auguste. Ces hommes, diversesement célèbres, ne sont pas les seuls dont la Rome des empereurs ait à s’enorgueillir. Il y. eut, an temps des Flaviens, des poètes d’infiniment d’esprit, Martial, Stace

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et d’autres; un poète de génie, le terrible Juvénal ; deux prosateurs d’un talent très-distingué, Quinlilien et Pline le Jeune ; deux prosateurs du premier ordre, l’écrivain de génie à qui nous devons le Dialogue des Orateurs, et surtout Tacite, le Juvénal de l’histoire, Tacite, le plus saisissant, le plus dramatique, sinon le plus complet des historiens.

Après l’âge d’argent, il n’y a pas môme un âge d’airain. Depuis le règne d’Adrien jusqu’à la dernière moitié du quatrième siècle, c’est à peines! l’on peut dire qu’il existe une littérature romaine. Des orateurs comme Fronton, des' philosophes comme Apulée , ou môme des poètes comme Némésien et Galpurnius, ne sont pas pour prouver précisément le contraire. Vers le temps de Julien, il y eut une sorte de renaissance, mais bien éphémère. Il fut donné, du moins, à la littérature romaine de finir d’une manière presque digne d’elle. Ammieh Marcellin, Symmaque, Macrobe même, ont laissé des œuvres qui ne sont pas méprisables; et il a revécu quelque chose de l’antique poésie dans les vers de Glaudien et de Rutilius.

La littérature de Rome païenne expire avec Rutilius, au temps même où brillait dans son plus vif éclat la littérature de Rome chrétienne. Depuis les premières représentations de Livius Andronicus jusqu’au voyage raconté par Rutilius dans son Itinéraire, il n’y a pas sept siècles entiers. La littérature grecque avait duré quinze siècles. Nonseulement la littérature grecque a duré plus longtemps que la littérature romaine, mais elle a été plus féconde : je veux dire qu’en un temps donné, elle a produit plus de belles œuvres, et légué à la postérité plus de grandes renommées. Gomparez, par exemple, le catalogue des au-

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teurs du siècle de Périclès avec le catalogue des auteurs du siècle d’Auguste, même en comprenant dans le siècle d’Auguste la génération de Cicéron, de César nt de Lucrèce. Comparez encore, si vous voulez, le siècle de Philippe et d’Alexandre au siècle qui s’ouvre ^ la mort d’Auguste. Nous avons donc à fournir ici une course moins longue et moins accidentée que celle où nous nous sommes engagés autrefois parmi les monuments du génie de la Grèce. Ayant moins de choses à dire, je puis les dire avec plus de détail. Ce sera là la seule différence qui distinguera le livre que je publie aujourd’hui, de celui que j’ai publié il y a deux ans, et dont celui-ci est comme la continuation naturelle et le corollaire. C’est le même plan, c’est la même méthode, c’est le môme esprit. Ici comme là, et plus encore peut-être, je ne me suis proposé qu’un but d’utilité pratique. Ici comme là, j’ai dépouillé, autant qu’il était en moi, toute prétention littéraire et toute pédanterie. Mes livres s’adressent ou à ceux qui savent peu, ou à ceux qui ont oublié et qui voudraient rapprendre. Est-ce donc à dire qu’en les écrivant, je n’aie pas eu mon ambition, et même une ambition qui n’a rien de très-vulgaire? J’ai voulu faire aimer ce que j’aimais; j’ai voulu communiquer à d’autres une part de mes émotions, et, si j’ose ainsi parler, une part de mon âme. Quelques-uns ne manqueront pas de trouver ridicule un tel langage, quand il s’agit, de quoi? de classiques, et de classiques anciens! Mais il y a longtemps que je ne suis plus homme à m’effaroucher pour si peu. Que m’importent les sarcasmes de quelques dédaigneux, si le simple lecteur m’est sympathique? Je ne lui demande pas de m’admirer, mais d’admirer avec moi ; mon triomphe, ce serait qu’il sentît,

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comme il me semble que je le sens, pourquoi les classiques anciens ont mérité d’être des classiques, c’est-à-dire, selon la force du mot, des auteurs qu’on étudie dans les classes, et qui servent à former l’esprit et le goût de la jeunesse. Qui sait si tels ou tels ne commenceront pas à croire, grâce à moi, qu’on n’a pas tout à fait tort d’entretenir les jeunes gens de Platon et d’Homère, de Sophocle et de Démosthène, de Tite Live et d’Horace, de Virgile et de Cicéron. Multi utinam! mais qu’un seul abdique ses préjugés, et ce me sera déjà une belle récompense d’un si long et si pénible labeur.

Je n’avais aucune raison sérieuse de modifier mon ancien plan ; j’avais môme une nouvelle raison de faire que ce livre fût en tout le pendant du premier. La vaste collection dont ils font partie aura un volume entier consacré à l’histoire de la littérature sacrée. Ceux qui ont regretté que je me fusse abstenu de parler des Pères de l’Église auront de quoi se consoler.

Plusieurs se sont étonnés de ne pas trouver, dans mon premier livre, ces indications bibliographiques dont les manuels de littérature sont ordinairement si prodigues. J’ai cru qu’il était un peu plus utile de faire connaître les ouvrages que de donner le catalogue de leurs éditions. La seule mention des éditions principales grossirait démesurément chacun de mes volumes. On me dit que j’aurais dû indiquer la meilleure édition de chaque écrivain. Mais quelle est l’édition la meilleure? J’avoue humblement que je n’en sais rien; et j’ai quelque soupçon que plus d’un, qui croit le savoir, ne le sait pas plus que moi. J’aurais pu, tout aussi bien qu’un autre, décider la question au hasard; mais je n’ai jamais songé à me donner

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pour un bibliographe. J’ai passé plus de temps à lire des livres qu’à conférer des textes et à peser des variantes. Il y a des livres que je n’ai jamais lus ni vus que dans des éditions médiocres, ou même assez mauvaises. J’ai eu l’occasion et aussi le devoir d’en lire quelques-uns, non pas seulement dans une édition, mais dans toutes les éditions, du moins dans toutes celles qui sont estimées des bibliographes. C’est là que je me suis aperçu que la bibliographie n’était guère qu’une affaire de mode et de caprice. La différence d’une édition médiocre à une bonne édition, ou à une édition réputée telle, n’est rien quelquefois, ou n’est que bien peu de chose; et souvent c’est la bonne prétendue qu’il faudrait appeler médiocre ou même mauvaise. La meilleure édition d’un texte n’est pas, selon moi, celle qui a le plus beau papier, ou le plus beau caractère, ou les notes les plus savantes : c’est celle qu’on lit, c’est surtoutcelle qu’onrelit. Une longue pratique m’a démontré l’excellence de ce principe. On avouera du moins qu’il n’entraîne pas de bien graves inconvénients, notamment pour la bourse. C’est là tout mon système, en fait de bibliographie ; et je m’en trouve trop bien pour ne le pas préconiser.

Quelques critiques, plus que bienveillants d’ailleurs, auraient voulu savoir de moi quelle est la meilleure traduction française de chaque ouvrage. Ce qu’ils demandent ne pourrait se faire qu’avec un certain détail, et entraînerait, par conséquent, les mêmes inconvénients que la multiplicité des mentions bibliographiques. Car je ne suppose pas qu’on me demande de dire, autrement qu’après une discussion sérieuse, pourquoi telle traduction vaut mieux que telle autre. Je ne suis qu’un simple mor-

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tel, et je n’ai pas le don des oracles. J’ajoute que ces dissertations seraient tout aussi bien placées dans un chapitre de l’histoire des lettres françaises que dans celle des lettres grecques ou des lettres latines. Je n’ai donc pas esquivé une obligation incombant spécialement à ma personne. H me semble, du reste, que j’aurais quelque plaisir à écrire le catalogue raisonné de nos traductions de l’antiquité classique. Je n’éprouverais aucune sorte d’embarras à caractériser celles que je connais, surtout les miennes, et à en dire tout le bien et tout le mal que j’en pense. Je crois, en général, que les traductions des auteurs anciens, surtout celles des poètes, ne sont pas bonnes, et que les meilleures ne valent pas grand’chose. Les plus modestes sont les plus utiles, par conséquent les meilleures. Les monuments de l’antiquité ont leurs détours, leurs difficultés, leurs ténèbres. Les traductions sont des guides plus ou moins fidèles, qui dirigent les pas du visiteur, qui l’empêchent de s’égarer. Mais ne les prenons que pour des guides. La meilleure traduction d’Homère ou de Virgile, c’est très-peu Virgile ou Homère. Si exacte qu’on la suppose, il y manquera toujours la plus grande part de ce qui fait qu’Homère est Homère, que Virgile est Virgile. Ne jugeons pas les anciens sur des traductions, surtout les poètes, surtout les poètes grecs. Ce n’est pas la première fois que j’ai l’occasion de dire à ce sujet ma pensée : je l’ai exprimée jadis en tête d’une traduction qui ne passe pas pour mauvaise. Oue si j’ai beaucoup cité, c’est-à-dire beaucoup traduit, dans mes deux livres sur la littérature classique, on remarquera, je l’espère, que j’al toujours eu grand soin d’indiquer la place exacte de chaque passage transcrit en

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français : c’est déclarer assez quel rôle j’assigne à ces traductions ; c’est inviter le lecteur à les prendre pour ce qu’elles sont en effet, et à s’en fier uniquement aux originaux.

Ces notations sont les seules, ou à peu près, que j’aie crues indispensables. On me rendra toutefois cette justice, que je ne raconte pas l’histoire des lettres anciennes comme si je l’avais inventée. Il y a infiniment de choses, dans ces livres, outre la partie de pure érudition, qui ne sont pas de moi. Dès qu’une idée en vaut la peine, je dis quel est l’écrivain, ancien ou moderne, qui me l’a fournie ; je fais plus encore : je donne, autant que je le puis, textuellement ses paroles. J’y gagne doublement, et le lecteur aussi ; inutile d’expliquer pourquoi. Je voudrais n’avoir jamais eu qu’à résumer, qu’à commenter, qu’à compiler, qu’à transcrire. Je serais un peu plus sûr de mes jugements, et j’offrirais mes travaux au public avec quelque confiance. Malheureusement c’est moi, et ce n’est que moi, qu’on entend presque sans cesse. Que de questions où il m’a fallu avoir un avis personnel! Que d’hommes il m’a fallu juger, qui n’avaient pas été, selon moi, bien jugés, ou même qui n’avaient jamais été jugés! Que d’œuvres à examiner! que d’opinions de toutes sortes à débattre! Je me suis aperçu trop souvent que j’avais entrepris une rude tâche. Je ne parle pas de ce qui n’est qu’érudition. Il y a des siècles que le premier venu, grâce aux Giraldi, aux Vossius, aux Fabricius, à vingt autres, n’a qu’à se baisser pour recueillir tout ce qu’on sait d’essentiel sur les auteurs grecs ou latins, sur les titres et la nature de leurs écrits. Le peu qu’on a ajouté à ce que disent ces savants hommes n’est pas difficile à trouver :

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cela traîne, si je puis dire, partout. Je fais cette remarque pour ceux qui auraient été d’avis que je fisse connaître, à chaque détail, la source et les autorités. Ces choses, je le répète, sont une sorte de domaine commun, et appartiennent de temps immémorial à tout le monde. A supposer d’ailleurs qu’il me prît fantaisie de satisfaire les amateurs de notes, et de transporter au bas de mes pages l'appareil prétendu critique que d’autres ont transporté au bas des leurs sans qu’il leur en ait infiniment coûté, sait-on ce qui arriverait? il y a telle de mes pages qui en ferait deux, ou plus peut-être. Mes livres ne seraient donc plus ce qu’ils sont : ce n’est pas dans cette collection historique qu’ils auraient leur place ; ce n’est pas au public des simples lecteurs qu’ils s’adresseraient; et la majesté de leur développement exigerait, j’imagine, et plus de volumes, et des volumes d’un format plus ample.

A propos de notes et de citations, il me revient à la mémoire que plusieurs sont allés disant que je n’avais pas assez souvent confessé, ni assez haut, dans mon Histoire de la Littérature grecque, tout ce que je devais à Y Histoire de la Littérature de l’ancienne Grèce par l’illustre Ottfried Müller. Cet on dit ne s’accorde pas très-parfaitement avec le mot de certain journaliste, qui m’a tancé d’importance sur ce qu’il appelle mon adoration et mon fétichisme pour l’auteur des Doriens. N’importe! il est reçu quelque part que mon livre n’est qu’une copie plus ou moins réduite du livre de Müller. Franchement, je ne me doutais pas que je fusse si peu moi-même. 11 me semblait pourtant que Müller était mort, il y a sept ou huit ans, avant d’avoir terminé son ouvrage, et que, même dans ce qu’on avait publié en allemand, il ne dépassait

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pas beaucoup la moitié de la carrière. Il me semblait aussi que je n’avais jamais su assez d’allemand pour être en état de lire dix lignes de Millier en allemand; que je n’avais jamais lu, de l’ouvrage de Muller, que le volume publié en anglais, à Londres, dans la Bibliothèque des Connaissances usuelles, et que les matières contenues dans ce volume correspondaient aux vingt et un premiers chapitres de mon ouvrage, qui a plus de cinquante cha* pitres. Il me semblait enfin, que, dans la partie qui m’est commune avec ce que je connais de Müller, mes opinions étaient loin d’être toujours d’accord avec celles de Müller. Évidemment, je me trompais : des gens qui savent si bien leur Müller, et qui ont si consciencieusement confronté l’original et la copie, ne peuvent pas avoir tort. Ainsi, mes trente derniers chapitres : Müller! Ainsi, mon étude sur les origines du théâtre grec et sur Eschyle, qui date de douze ans ; Müller 1 Ainsi, mes résumés des dissertations de Nitzsch, de celles de MM. Vincent et Havet et de tant d’autres critiques : Müller! Ainsi, mes discussions contre Müller, ou contre ceux dont Müller partage les idées : Müller, toujours Müller! O mon pauvre livre! tu n’es donc qu’une chose impersonnelle, qu’un travail quasi-mécanique, qu’une réduction à la Collas !

Je ne désespère pas que ces ingénieux et équitables estimateurs des livres ne donnent aussi la juste mesure à laquelle on devra toiser celui-ci. Ils vont donc révéler qu’il existe tel ou tel ouvrage, plus ou moins allemand, sur l’histoire de la littérature romaine, et que l’ouvrage que je publie aujourd’hui n’en est qu’une copie, qu’un abrégé, qu’un développement, qu’une contrefaçon, qu’une transformation peut-être. Parlons sérieusement. J’ai re-

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gretté plus d’une fois que l’histoire des lettres latines n’eût pas eu son Müller, et un Müller écrit ou traduit en quelque idiome à moi suffisamment connu. Bien des chapitres qu’on trouvera secs, dénués d’intérêt, tranchons le mot, ennuyeux, auraient une meilleure physionomie, si les sujets que j’y traite avaient été auparavant vivifiés et fécondés par le vigoureux esprit de Müller. Bien des points seraient mieux éclaircis ; bien des figures seraient plus exactement et plus complètement dessinées. J’ai dû me contenter de secours moins efficaces. Mais ce qui dédommagera, j’en suis sûr, amplement le lecteur, c’est le grand nombre de belles pages que j’ai pu recueillir, dans notre littérature, sur les héros de la littérature romaine. On n’aura pas des aperçus de Müller; mais on aura des jugements littéraires portés par des hommes qui s’y connaissaient, et aussi bien pour le moins que Müller. Bossuet et Buffon, par exemple, Diderot et Chénier, Thomas et Fontanes, sans compter ceux que je ne nomme pas ici, donneront au lecteur des plaisirs que Müller lui-même serait impuissant à leur donner. Je dirai aussi que les questions obscures de l’histoire littéraire de Borne ne sont pas des questions très-importantes, et que, même à les mal présenter, il n’y a pas grand dommage, sinon pour la vanité de celui qui n’a pas su s’en tirer. Ceci n’est pas tout à fait à mon avantage. Mais un point où pour moi tout est bénéfice, c’est qu’il n’y a pas, dans la littérature romaine, de ces questions qui sont tout à la fois et des problèmes difficiles à résoudre, et des problèmes qu’on ne peut résoudre, soit dans un sens soit dans un autre, sans mécontenter quelqu’un. Je suis presque enchanté que Rome n’ait ni Iliade ni Odyssée. Je n’aurai pas

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à m’armer de courage pour crier une seconde fois, au risque de passer pour un révolutionnaire, que nos pères n’étaient pas tout à fait stupides de croire qu’Homère avait existé, ou pour caractériser de nouveau l’étrange illusion des chorizontes.

Je manquerais à ce que je me dois à moi-même, si je ne, remerciais, en finissant, mon très-cher ami et collègue V. Duruy, de m’avoir associé, pour mon humble part, à sa grande et utile idée. Mes livres ont l’honneur insigne d’être les compléments des siens : puissent-ils seulement faire à peu près passable figure à la suite de cette Histoire grecque et de cette Histoire romaine, qui sont de si bons et de si beaux livres !

N. B. (1857) La deuxième édition est conforme à la première ; il y a très-peu d’additions, mais les corrections de détail sont très-nombreuses.

(1863) La troisième édition a été pareillement revue avec le plus grand soin.

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