CHAPITRE XVm. — VARRON
quatre-ringt-dix livres, c’est-à-dire qiiatre cent quatre-vingtdix volumes, tant ouvrages entiers que portions d’ouvrages. Comme il vécut encore plusieurs années, et qu’il ne cessa d’écrire qu’à sa mort , on peut porter à cinq cent cinquante environ le nombre des volumes qu’il avait laissés. Varron ne fut point un génie inventeur; mais il sut mettre à la portée de tous les découvertes du génie : il fut pour les Bomains une sorte de précepteur universel ; et son esprit aimable sut répandre des grâces sur les plus arides enseignements. Non-seulement il écrivit sur toutes choses, mais il écrivit avec talent ; il fit lire ses innombrables ouvrages r c’est là surtout ce qui explique sa gloire. Les Bomains reconnaissants le payèrent en estime des peines qu’il s’était données pour enx. Ils le placèrent, dans leur admiration, à côté des hommes les plus illustres ; et tous applaudirent quand Pollion, dérogeant à la loi qu’il s’était faite, admit le buste de VaiTon vivant parmi les images des morts célèbres qui ornaient la bibliothèque construite avec le butin de la guerre. La postérité n’infirma pas le jugement des contemporains. Alors même que presque tous les ouvrages de Varron avaient péri, et que Varron n’était plus guère qu’un nom, ce nom brillait encore à l’égal des plus éclatants. Pétrarque plaçait Varron entre Cicéron et Virgile ; Varron, comme il le dit en beaux vers, la troisième grande lumière de Rome, et qui luit d’autant plus que je la contemple davantage. Aujourd’hui encore, Varron nous apparaît, dana son lointain, sinon comme l’égal de Cicéron et de Virgile, au moins comme un des plus dignes après ceux qui ont seuLs^ droit à l’encens et aux hommages. Nous ne lui devons paa un buste, sans doute : nous ne sommes pas des Romains ; nous n’avons rien qui nous oblige ici à autre chose qu’une stricte justice ; mais nous serions impardonnables de ne pascrayonner une esquisse de cette docte et noble figure.
vie de Verren.
Marcus Térentius Varro était né en l’an 116, à Béate, dans le pays des Sabins. Sa famille, qui était riche et distinguée, ne négligea rien pour lui donner une excellente