‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 175 sur 397 · CHAPITRE XVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVm

éducation. Il eut les meilleurs maîtres de Rome, entre autres le grammairien Élius Stilon, et il alla se perfectionner dans les écoles de la Grèce. Il suivit la carrière des honneurs, et il s’éleva successivement par tous les degrés, jusqu’au consulat. Il servit sous Pompée dans la guerre des pirates, et il fut chargé de commander la flotte des auxiliaires grecs. Dévoué de cœur à Pompée et aux vieilles institutions romaines, il prit chaudement parti contre César ; il devint même un des trois lieutenants de Pompée en Espagne. César, après avoir battu les deux autres, marcha en personne contre Varron, qui défendait la Citérieure. Varron fut bientôt abandonné de presque tous ses soldats, et contraint de subir l’ascendant de sa mauvaise fortune. Il se rendit à discrétion; mais César n’abusa point de ses avantages ; il permit à Varron de partir, et de rejoindre Pompée. Varron se borna à aller raconter à Pompée sa déconvenue : il renonça désormais à la guerre et à la politique , et il s’enferma résolûment dans ses chères études, trop souvent interrompues jusque-là par des préoccupations de toute sorte. Elles avaient été sa récréation et le charme de sa vie; elles devinrent sa vie même. César tout-puissant favorisa les goûts de Varron. en le priant de ranger les livres qui appartenaient à l’État. Antoine, qui n’aimait guère les livres, commença par enlever successivement à Varron presque tous ses biens , puis il le mit lui-même au nombre des proscrits. Varron échappa aux recherches des meurtriers. Il retrouva ses propriétés, mais dévastées par les soldats : on avait pillé les objets précieux, dispersé les livres, gâté ou détruit des manuscrits qu’il n’avait pas encore publiés. Auguste reprit l’idée de bibliothèque qu’avait ébauchée César; et Varron organisa, sur de vastes proportions, une grande collection nationale. C’est à ces soins que l’illustre octogénaire employa ses dernières années, mais non sans prouver de temps en temps, par des œuvres nouvelles , que l’âge n’avait glacé ni son esprit ni sa main. Il mourut, écrivant encore, dans sa quatre-vingt-dixième année, en l’an 27 avant notre ère.

VARRON

OiiTraKCH de Varron.

Il reste deux ouvrages de Varrou, le traité de la Langue latine, qui est fort mutilé, et le traité de l'Agriculture, que nous possédons en entier. Le traité de la Langue latine avait originairement vingt-quatre livres. Nous n’en avons que six, qui encore ne sont pas sans lacunes, et dont le texte est sou- , vent fort corrompu. La partie où il s’agissait de la syntaxe, et qui remplissait les douze derniers livres, est entièrement perdue, sauf les phrases citées çà et là par les grammairiens postérieurs. Il ne faut pas chercher un grand écrivain dans le rédacteur d’un traité de grammaire : ou y trouve pourtant l’esprit de Varron; et des réflexions fines et piquantes, des mots heureux, une sorte de bonhomie enjouée, égayent quelquefois ces dissertations étymologiques et ces sèches nomenclatures. L’ouvrage ne manque pas d’une certaine importance philosophique. C’est le premier essai fait à Rome pour ramener en un corps de doctrine tout ce qui concernait la langue latine. Avant Varron, ceux qui prenaient le titre de grammairiens se bornaient à l’interprétation des anciens auteurs, et leurs écrits n’étaient que des annotations sur les mots ou les tournures de Névius, d’Ennius, de Plaute, etc. Les plus fameux d’entre eux, Volcatius Sédigitus, Élius Stilon et d’autres, furent plutôt des critiques et des commentateurs littéraires que des grammairiens proprement dits. Varron, dans les livres qui nous restent, traite de l’étymologie et de l’analogie. Ses étymologies sont souvent hasardées, et ses règles n’ont pas toujours une rigueur suffisante. Mais il abonde en observations judicieuses. Ses éludes ont fourni, en définitive, une base solide aux travaux de ses successeurs; et il y a assez de bon dans son ouvrage, pour qu’on lui pardonne volontiers de n’avoir pas toujours raison. Varron était déjà bien vieux quand il y mit la dernière main, il était plus que septuagénaire : il le dédia à Cicéron, ^qui venait de lui dédier la seconde rédaction des Académiques.

Nous n’aurions pas une idée complète du style de Varron, si nous ne possédions que le traité de la Langue latine. Nous saurions que l’esprit ne lui faisait pas défaut ; mais un tel

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