‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 182 sur 397 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

crois pas qu’il lui manque une seule des qualités de l’orateur.... César est peut-être celui de tous nos orateurs qui parle la langue latine avec le plus de pureté.... César, prenant la raison pour guide , corrige les vices et la corruption de l’usage , par un usage plus pur et un goût plus sévère. Aussi , lorsqu’à cette élégante latinité , nécessaire à tout Romain bien né , ne fût-il pas orateur, il ajoute les ornements de l’éloquence, ses pensées sont comme autant de tableaux peints avec art, qu’il place dans un jour favorable. Doué d’un si beau privilège, qu’il unit d’ailleurs aux autres parties de l’art , je ne vois pas à quel rival il pourrait le céder. Sa déclamation est brillante et pleine de franchise; sa voix, son geste , tout son extérieur a quelque chose de noble et de majestueux’. » Quintilien, dans son catalogue littéraire, s’exprime comme il suit : « Si César s’était adonné uniquement aux travaux du Forum , ce serait lui qu’on citerait , entre tous nos orateurs , comme le rival de Cicéron. Il y a en lui tant de force , tant d’esprit , tant de mouvement , qu’on voit bien qu’il mettàit le même cœur à parler qu’à faire la guerre. Et pourtant ses discours ont ce poli , cette merveilleuse élégance de style , dont César était particulièrement jaloux. » Suétone dit que César, dans sa jeunesse , s’appliqua à suivre les exemples oratoires de César Strabon. Il dit aussi que César ou égala ou surpassa, dans l’éloquence comme dans l’art militaire, la gloire des hommes les plus éminents. Les rhéteurs et les scoliastes reproduisent ou commentent tous ces éloges. Fronton appelle l’éloquence de César une éloquence impériale; il fait lire à ses élèves les discours de César. Cette lecture avait, ce semble, de bien vifs attraits ; car Marc Aurèle dit quelque part à son maître ; « Le discours de César me tient avec des ongles crochus. » Dans le concert des vok antiques, il n’y a guère qu’une discordance : c’est la voix de l’auteur quel qu’il soit du Dialogue des Orateurs. Encore le critique n’ose-t-il pas braver trop ouvertement l’opinion générale. Il se rabat nominativement sur le moins connu des discours de

Cicéron, Brutus, chapilre ijcxi, i.xxii, i.xxv.

CÉSAR

César, et il se moque, en passant, des poésies du dictateur : « Pardonnons à César, si , détourné par la grandeur de ses pensées et les mille embarras des affaires, il n’a point fait pour l’éloquence tout ce qu’on pouvait attendre de son divin génie. Car ses admirateurs eux-mêmes conviennent que, dans ses discours, il est inférieur à sa réputation. Nul presque ne lit les plaidoyers de César pour Décius le Samnite, de Brutus pour le roi Déjotarus, ni d’autres compositions de cette froideur et de cet ennui , si ce n’est ceux qui admirent aussi les vers de Brutus et de César. Car ils ont fait des poésies, et ils les ont déposées dans les bibliothèques ; et , sans être meilleurs poètes que Cicéron , ils ont été plus heureux, parce que moins de personnes savent qu’ils ont écrit des vers *. »

li'Anti-Caton.

Quand Cicéron eut résolu ce qu’il nommait son problème d’Archimède , c’est-à-dire quand il eut fait lire aux Bomains, sous la dictature de César, l’éloge de Caton d’Utique, ce dut être un curieux spectacle de voir l’homme tout-puissant descendre de sa hauteur, pour entrer dans la lice contre Cicéron, et pour exprimer à son tour ce qu’il pensait de cette apothéose, ou du moins ce qu’il voulait qu’en pensât l’opinion publique. Mais les excès où César s’emporta dans la lutte sont bien affligeants et bien inexcusables. On conçoit qu’il éprouvât le besoin de rabaisser à une plus juste mesure ce que Cicéron , suivant l’expression de Tacite , avait , élevé jusqu’au ciel. Etait-ce donc une raison pour quêter partout des calomnies , inventer des mensonges, gonfler un énorme pamphlet de toutes les haines et de tous les venins? 1,’Anli-Caton n’était pas un simple discours en quelques pages : c’était un gros ouvrage en deux livres, au témoignage de ceux qui ont pu le voir et le lire. On aura une idée de l’esprit dans lequel César avait composé sa réponse au panégyrique de Caton, d’après ce qu’en note Plutarque , à propos de la mort d’un frère que Caton aimait

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