CHAPITRE XIX
César n’avait qu’à vouloir, pour être compté parmi les favoris de la Muse. Il est même probable que, si nous avions le Voyage, ce poème qu’il composa en se rendant de Rome au fond de l’Espagne , nous y trouverions un peu plus à admirer que ne veut bien dire le malin interlocuteur qui persifle, dans le Dialogue des Orateurs, et les discours de César et ses poésies.
césar orateur.
César n’avait que vingt et un ans quand il débuta dans la carrière oratoire, en se portant pour accusateur contre un des deux hommes qui portaient les noms de Cnéius Dolabella. Dolabella échappa à la poursuite. Mais l’impression produite par les discours de César avait été profonde ' : « Depuis ce jour, dit Suétone, César fut placé, sans conteste, au premier rang des patrons, ou des orateurs judiciaires, s Dolabella , homme consulaire , et qui avait été honoré du triomphe , était assez puissant pour faire repentir le jeune audacieux qui lui avait reproché publiquement ses concassions. César sentit que le séjour de Rome, à côté d’un td ennemi , pourrait avoir ses désagréments; et que cet échec légal ajournait ses espérances. 11 se retira pour quelque temps à Rhodes ; mais il laissa le poignard dans le sein de Dolabella. 11 avait écrit ses discours. L’opinion publique était mise en demeure de se prononcer à son tour ; et plus d’un lecteur, j’imagine, réforma dans sa conscience l’arrêt des juges. Ce qui est certain, c’est que César, à son retour, l’année suivante , put braver impunément la colère de Dolabella. Nous le voyons reparmtre aussitôt devant le tribunal de Lucnllus , pour soutenir la cause des Grecs , dans leur procès contre Caïus Ântonius. U écrivit aussi son plaidoyer; mais il n’en reste, non plus que de l'accusation, que quelques mots insignifiants. Nous possédons un passage remarquable de l’oraison funèbre que César avait prononcée en l’honneur de sa tante Julie , la veuve de Marius. C’est là qu’on voit
<. Il y avail an moina trois discours dans l’accusation, telle que César Ta* vait publiée. Aulu-Gelle cite quelques mots de celui qui portail le chiffre RI.
CÉSAR
tuât ce que cet homme si populaire osait affecter d’orgueil aristocratique : « La race de ma tante Julie, du côté maternel, sort des rois; du côté paternel, elle a les dieux immortels pour alliés. Car c’est d’Âncus Marcius que descendent les Marcius Rex , dont la mère de Julie portait le nom ; et c’est de Vénus que descendent les Jules, famille dont la nôtre fait partie. 11 y a donc, dans notre race, et la sainteté des rois, qui ont la souveraine autorité parmi les hommes, et la majesté religieuse des dieux , dont le pouvoir s’étend sur les rois eux-mêmes. > Nous avons aussi l’exorde du discours pour les Bithyniens : « L’hospitalité que j’ai reçue du roi Nicomède, l’amitié qui m’attache à ceux dont on va juger la cause, ne me permettaient pas, Marcus Yinicius, de laisser à un autre le soin de les défendre. La mémoire des morts doit être soigneusement conservée dans le cœur de leurs proches ; et l’on ne peut abandonner les devoirs envers un client sans se couvrir d’infamie : nos obligations à l’égard d’un client sont si sacrées , qu’elles viennent immédiatement après nos devoirs envers des proches. > César était déjà grand pontife , quand il défendit les Bithyniens contre Vinicius.
Les autres discours de César mentionnés par les auteurs anciens, le discours pour la loi Plotia, les discours contre G. Memmius et L. Domitius, la défense du Sanmite Décius, l’oraison funèbre de Cornélie, etc., ne sont connus que par leurs titres. Mais , s’il ne nous est pas permis de juger César orateur par quelque morceau d’un peu longue haleine , nous avons d’abondantes ressources pour suppléer à ce défaut ; car, depuis Cicéron jusqu’aux scoliastes des bas siècles, plus d’un écrivain ancien a parlé de l'éloquence de César.
aragemeot« de« «ncleiia.
Cicéron y revient avec une sorte de complaisance, en plusieurs endroits du Brutus. « César a perfectionné chaque jour son talent par de continuels exercices ; aussi son style est-il plein d’expressions choisies ; l’éclat de sa voix , la dignité de son geste, donnent de la grâce et du lustre à ses paroles; et tout concourt si heureusement en lui, que je ne