CHAPITRE XIX
unes des lettres que César avait écrites. Celles qu’il adressa à Cicéron, lorsque celui-ci se disposait à quitter l’Italie et à rejoindre Pompée en Grèce, sont remarquables à plus d’un titre. César proteste de son amour pour la paix, de son désir de s’entendre avec Pompée, du désespoir où il serait de trouver dans Cicéron un ennemi déclaré. Il a pitié des tourments auxquels Cicéron était en proie : on voit qu’il ne peut se résoudre à le regarder sérieusement comme un des chefs du parti contraire. Je transcris au hasard un de ces billets. C’est quelque chose tout à la fois d’aimable, d’adroit et de vif, et qui n’était pas fait pour diminuer les perplexités d’un homme qui se sacrifiait sans enthousiasme à la fortune de Pompée :
« Tu ne te trompes point sur mon compte, car tu me connais à fond. Non, rien n’est plus loin de mon caractère que la cruauté. Je me complais délicieusement dans ces dispositions, et je suis heureux et fier de ton suffrage sur ce point. Je ne m’émeus pas même de ce que j’entends dire, que des prisonniers à qui j’avais rendu la liberté n’en veulent profiter que pour reprendre les armes contre moi ; car, s’il y a une chose à quoi je tienne, c’est de rester semblable à moi, tandis qu’ils le sont à eux-mêmes. Mais toi, fais en sorte, je te prie, que * je te trouve bientôt à Rome. Je veux, selon ma vieille habitude, recourir en toute chose à tes lumières et à tes conseils. Je n’aime rien tant que ton cherDolabella*, sois-en convaincu. Je lui devrai de t’avoir près de moi ; oui, je le lui devrai : j’en ai pour garant sa bonté, ses sentiments, la tendre affection qu’il me porte. » Il est difficile de Qalter avec plus de délicatesse, de mieux prendre par le cœur, et de se faire valoir soi-même plus habilement, c’est-à-dire plus naturellement et avec aussi peu de jactance. César est tout entier dans ces lignes , rapidement tracées , mais non sans réflexion ni sans calcul. J’y vois cette âme maîtresse d’elle-même , ce cœur bon et affectueux, cet esprit délicat et charmant, toutes ces qualités enfin par où César fut un si grand écrivain et un si grand homme.