CHAPITRE XIX
lant préparer des matériaux où puiseraient les historiens futurs, César a fait peut-être plaisir h des gens sans goût, qui seront tentés de parer ces récits d’ornements frivoles; du moins, quant aux gens sensés, il leur a ôté l’envie d’écrire. En effet, il n’y a rien, dans l’histoire, qui ait plus de charme qu’une brièveté correcte et lumineuse ^ »
Bossuet, dans sa lettre au pape Innocent XI sur les études du Dauphin, signale, avec un rare bonheur d’expressions, les mérites éminents du livre de César ; « Il (le Dauphin) admirait César comme un excellent maître pour faire de grandes choses, et pour les écrire. Il le regardait comme un homme de qui il fallait apprendre à faire la guerre. Nous suivions ce grand capitaine dans toutes ses marches; nous lui voyions faire ses campements, mettre ses troupes en bataille, former et exécuter ses desseins, louer et châtier à propos ses soldats, les exercer au travail, leur élever le cœur par l’espérance, les tenir toujours en haleine; conduire une puissante armée sans endommager le pays; retenir dans le devoirs ses troupes par la discipline, et ses alliés par la foi et la protection ; changer sa manière selon les lieux où il faisait la guerre, et selon les ennemis qu’il avait en tête ; aller quelquefois lentement, mais user le plus souvent d’une si grande diligence, que l’ennemi, surpris et serré de près, n’ait ni le temps de délibérer ni celui de fuir; pardonner aux vaincus, abattre les rebelles, gouverner avec adresse les peuples subjugués, et leur faire ainsi trouver la victoire douce pour la mieux assurer. »
L’histoire telle que César l’a traitée, n’est pas l’histoire complète, celle qui trace des caractères, qui met ses récits en tableaux, qui ne néglige rien pour faire saillir aux yeux les causes les plus secrètes des événements. César n’a songé qu’à dire simplement ce qu’il avait fait lui-même, et ce qu’avaient fait ses adversaires. Il eût pu comme un autre, et mieux certes qu’un autre, donner des portraits étudiés, à la façon de Salluste. ■ C’eût été, dit M. Nisard, un moyen de se faire valoir par comparaison : il l’a dédaigné ; ou une ten-