‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 188 sur 397 · I. Cicéron, Bratus, chapitre i.xxt · texte numérisé non relu

I. Cicéron, Bratus, chapitre i.xxt

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CÉSAR

talion d’être partial, et il tenait à ce qu’on le crût. 9 II est certain que cette absence d’art et d’apprêt n’a pas nui à la renommée politique et militaire de César. Comment suspecter la candeur et la véracité d’un homme qui ne parait pas un seul instant préoccupé de lui-même, et qui laisse parler ses actes, comme il laisse parler ceux des autres? César raconte César au monde, mais sans faire sentir jamais l’intérêt profond que l’historien porte à son héros. Ce n’est pas uniquement dans la forme qu’il a dépouillé le moi : la personnalité a si bien disparu, que, si l’authenticité des Commentaires n’était un fait hors de doute, César serait le dernier, ce me semble, à qui on pût les attribuer,^ d’après les règles de la critique vulgaire.

M. Nisard répond parfaitement à ceux qui seraient tentés de reprocher à César d’avoir écrit ce qu’il a écrit, et non pas un autre livre : « Si César, dit-il, n’a pas porté certaines qualités aussi loin que nous le voudrions, par comparaison avec l’idéal que nous nous sommes fait du genre historique, on sent que ce n’est point impuissance, mais dessein. Il n’a dit ni plus ni autre chose, parce qu’il ne l’a pas voulu. C’est de la force qu’il avait en réserve, et qu’il a gardée, aimant mieux laisser croire qu’elle lui manquait, que de l’employer hors de propos. A moins que je ne me fasse illusion, cette sorte de retenue et d’économie judicieuse est une beauté propre à César. Quoi d.e plus beau, en effet, que de voir celui qui pouvait tout, s’en tenir à une chose et la faire si exactement; celui qui excellait dans la raillerie, effleurer à peine d’un doigt moqueur les moins estimables de ses ennemis; celui qui, dans l’éloquence, savait, au rapport de Cicéron, faire de chaque preuve comme un tableau placé dans un beau jour, se borner à de courtes harangues, pour la plupart indirectes; celui qui, entendant la défense de Ligarius, laissait tomber l’acte d’accusation de ses mains, savoir être impartial jusqu’à paraître insensible; celui qui avait tous' les talents, les gouverner si bien,^ et tour à tour les réunir ou les séparer si à propos, que ses facultés semblaient comme des corps d’armée distincts qu’il conduisait devant lui, les poussant tous ensemble ou séparé -

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