‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 191 sur 397 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

8AJLLU8XE ET CORNEL1U8 NËP08.

Comparaison de Salluste et de César. — Vie de Salluste. — Jugements des anciens sur Salluste. — Ouvrages de Salluste. — Salluste et Tacite. — Style de Salluste. — Un tableau de Salluste. — Cornélius Nép<».

Comparaison de iMilinate et de Céaar.

Ce n’est pas comparaison, c’est contraste plutôt que j’aurais dû dire. Il n’y a presque rien de commun entre l’auteur du Catilina et du Jugurtha, et l’auteur des Commentaires. Les qualités de l’un sont l’antipode , si j’ose ainsi parler , des qualités de l’autre. Cette opposition éclate partout. Ainsi, tandis que César raconte ce qu’il a fait, et dès qu’il vient de le faire, sans autre dessein que d’être simple et vrai, Salluste écrit pour écrire : c’est un homme de loisir, qui

cherche à remplir utilemeat les heures inoccupées ; qiti porte ses réQexions et ses recherches, selon son caprice, sur divers points de l’histoire nationale; qui dispose artistement ses matériaux, et qui songe, avant tout, à l’intérêt de ses récits et à la perfection de son style. Salluste ne se borne pas, comme César, à laisser agir ses personnages : à peine un nom se présente-t-il à lui, vite ü trace le portrait, plus ou moins haut en couleur, suivant l’importance de la figure : il ne se tient pas même d’en esquisser quelquesunes qui ne font guère que passer devant nous comme des ombres ; et ces peintures de caractères sont comptées avec raison parmi les plus remarquables morceaux de ses œuvres. Un ornement non moins admiré, dans ces savantes compositions, ce sont ces harangues où Tbistorien reproduit à sa façon des discours qui ont été prononcés en effet, ou en invente qui auraient pu l’être, et qu’il rend vraisemblable . en se conformant aux données du sujet, et en ne faisant rien dire à ses personnages qui ne réponde au temps et au lieu, h leur situation, à leurs mœurs, aux passions qui les animent. Bien de pareil dans les récits de César. César se borne, en général, à rapporter, quand on a parlé, le sens des paroles prononcées. Les discours directs ne sont que des harangues militaires extrêmement courtes, telles que la circonstance les a fait jaillir, et qui, selon le mot d’un critique,

J au lieu de suspendre l’action, la continuent. Salluste arrange les faits dans cet ordre un peu arbitraire où les choses se font valoir l’une par l’autre ; où les premiers plans sont éclairés d’une plus vive lumière; où certains détails sont sacrifiés à l’effet; où les perspectives sont réglées de façon à charmer l’œil du lecteur. En un mot, SaUnste fait ce qu’on nomme des tableaux. César ignore cet art, ou plutôt il a voulu l’ignorer. Autre différence : César s’abstient de disserter ; il est même assez rare qu’il se permette en courant ces simples réflmûons que les événements suggèrent presque sans qu’on le veuille. Salluste, au contraire, met l’enseigne de moraliste, et non pas toujours à propos : il se plait aux sentences, aux grandes phrases de vertu, et il serait enchanté qu’on le prit pour un penseur profond et pour un philosophe

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