‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 210 sur 397 · CHAPITRE XXHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXHI

silence tous ces écrivains, aujourd’hui si peu connus; nonseulement Lupus, non-seulement Gornificius, mais Hygin, mais Verrius Flaccus même. Quant à Vitruve, il a un tel renom, que les moins instruits s’étonneraient, et à bon droit, si nous ne lui consacrions pas quelques mots. Ce n’est pas que Vitruve nous appartienne à beaucoup de litres. Son ouvrage est du ressort de la science ou des beaux-arts , plutôt que de la littérature. Mais enfin Vitruve a été im écrivain de quelque talent; et sa réputation, je le répète, ne nous permet pas d’oublier qu’il a vécu sous le règne d’Auguste.

L’ouvrage de Vitruve est un traité intitulé : de V Architecture. Ce traité avait originairement dix livres : il en reste sept entiers, les sept premiers ; les trois autres sont perdus, sauf quelques chapitres du neuvième. Les plans qui accompagnaient les expbcations de l’auteur ont complètement disparu. Sous le nom d’architecture, Vitruve entendait, outre l’architecture proprement dite, ce que nous nommerions les ponts et chaussées et le génie. Il traite non pas seulement des règles à suivre dans la construction des édifices, mais de tout ce qui concerne les aqueducs, les cadrans solaires et même les machines. Pour la composition de cet ■ouvrage, Vitruve s’était beaucoup servi des livres des Grecs sur les mêmes sujets; mais il avait aussi mis à profit sa propre expérience. Avec un pareil manuel , Auguste pouvait se mettre en état, comme il le désirait, de juger par lui-même et des édifices déjà construits par ses architectes et ses ingénieurs, et de ceux dont Vitruve dirigeait encore la construction. Je ne prétends pas qu’.Vuguste ait dû trouver un plaisir extrême à le lire. Vitruve manque trop souvent de méthode , d’ordre, de netteté. Son style est quelquefois obscur; et, quoique la diction ne soit pas précisément mauvaise, on y relève çà et là plus d’une expression ou triviale , ou impropre, ou même un peu barbare. Vitruve ne se faisait pas illusion sur ses défauts littéraires ; « J’ai entrepris, dit-ü dans son préambule , d’écrire ceci non point en rhéteur disert , ni en grammairien consommé, mais en architecte passablement instruit dans les lettres. » £n elfet , c’est bien là une œuvre

d’homme pratique, de théoricien aussi; c’est très-peu 'une œuvre d’écrivain. Mais ce style médiocre s’élève, s’épure et se colore , toutes les fois que l’auteur touche à quelque idée un peu grande et un peu féconde. Il atteint à une sorte de majesté, dans l’expression des choses qui touchent à la philosophie de l’art. Presque partout il est serré , nerveux et concis. Nous ne dirons rien de la valeur scientifique du traité de l’Architecture. Nous remarquerons pourtant qu'il a été traduit et commenté par Claude Perrault, l’illustre architecte de la colonnade du Louvre. L’influence de Yitruve sur ce que les uns nomment les progrès de l’art moderne et les autres sa décadence , est un fait qu’on ne saurait contester. En tout cas, son ouvrage , le seul de ce genre que nous aient laissé les Romains, est particulièrement précieux et indispensable pour l’étude des arts et des sciences chez les anciens.

Marcus Vitruvius Pollio était né , selon les uns à Vérone, selon d’autres à Formies. Il avait d’abord servi dans l’armée de César; il devint ensuite un des plus dévoués partisans d’Auguste. Auguste lui donna, pendant la guerre civile, l’inspection des armements et des machines de guerre , et , plus tard, le chargea de la surveillance des édifices publics. C’est sous la direction de Yitruve que Rome s’embellit de tant d’admirables monuments.

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