CHAPITRE XXIII
lions de ses devanciers, et il était digne de leurs illustres niaiseries.
Les rhéteurs étaient fort nombreux à Rome au temps d’Auguste. Il n’y en a pourtant que trois ou quatre qui aient laissé un nom ; ainsi Gornificius, l’auteur, selon quelquesuns, de la Rhétorique à Hérennius; ainsi Cestiüs Plus de Smyrne ; ainsi Rutilius Lupus. Nous avons un écrit en deux livres, sur les figures de pensées et sur les figures de mots, qu’on attribue à ce dernier. Ce qui donne une certaine importance à ce traité, ce sont les nombreuses citations qui l’émaillent, et qui sont tirées en grande partie d’auteurs aujourd’hui perdus.
Cramnialrteus.
Gaïus Julius Hyginus fut, après Varron, un des plus célèbres grammairiens du siècle. Il était né en Espagne, suivant les uns, et à Alexandrie, suivant d’autres. Il avait été esclave dans son enfance, et esclave d’Auguste même. Affranchi par son maître, il était devenu, grâce à ses talents, un des premiers hommes de la cour. Il enseigna longtemps avec un très-grand succès, et il fut nommé par Auguste conservateur de la bibliothèque Palatine,
Hygin avait composé un grand nombre d’ouvrages. Le plus regrettable de tous ceux qui sont perdus, c’est son commentaire critique sur les chants de Virgile. Nous possédons, sous le nom d’Hygin, un recueil mythologique, intitulé Livre de Fables. G’est une collection de deux cent soixantedix-sept petits récits, extraits soit des scholiastes grecs, soit des sommaires analytiques d’anciennes tragédies. Quelques critiques trouvent que le style de cet ouvrage est beaucoup trop incorrect, pour qu’on puisse l’attribuer sans scrupule à Hygin. Un autre ouvrage, plus mal écrit encore, et qui porte aussi le nom d’Hygin, c’est une Astronomie poétique, qui est en grande partie une traduction des Catastérismes d’Ératosthène, L’Astronomie poétique est précieuse et par les documents qu’eUe renferme sur l’astronomie ancienne, et par certaines données propres à faciliter l’intelligence des poètes.
La destinée du grammairien Verrius Flaccus ressemble singulièrement à celle d’Hygin. Il était affranchi du jurisconsulte Verrius Flaccus, un des amis de Cicéron. L’école qu’il tenait était fréquentée par les jeunes gens des premières familles de Rome. Auguste voulut qu’il donnât des leçons à ses petits-fils , Caïus et Lucius Agrippa, et il lui assigna, dans le palais même , un lieu où il pût recevoir les élèves qui suivaient ses cours. Auguste payait, dit-on, à Verrius cent mille sesterces par an , plus de vingt mille francs de notre monnaie. Le professeur avait en outre le revenu de sa classe : seulement, il était convenu qu’il se contenterait de ses anciens disciples, et qu’il n’en admettrait plus de nouveaux. C’est Verrius qui eut le premier l’idée de faire composer les élèves entre eux, et de décerner en prix aux vainqueurs quelques livres rares ou utiles. Il mourut fort âgé, sous le règne de Tibère. On lui éleva une statue, selon les uns, dans la ville de Préneste , et , selon quelques autres , à Rome même , devant le temple de Vesta.
L’ouvrage le plus précieux qu’eût rédigé Verrius est ce calendrier cité par Suétone et Macrobe , et dont quelques fragments ont été découverts dans le siècle dernier. Il en avait composé plusieurs autres de divers genres, dont on ne connaît que les titres : ainsi , des Livres des Choses dignes de mémoire, des Saturnales, un traité de V Orthographe , etc. Nous connaissons mieux celui qui était intitulé de la Signification des Mots. Festus en avait fait un extrait considérable , qui fut malheureusement réduit plus tard à des proportions assez maigres, mais que du moins nous possédons sous la forme que Paul le Diacre lui a donnée. Ce lexique, quelque mutilé qu’il soit, prouve que Verrius n’était pas un esprit vulgaire. C’est en effet , avec les livres de Varron , le meilleur écrit que les Romains nous aient laissé sur leur langue, et la base de tous les travaux philologiques dont cette langue a été l’objet dans les temps modernes.
Vltrave.
Nous aurions pu , sans inconvénient notable , du moins sans nous exposer à de bien graves reproches, passer sous