CHAPITRE XXVI. — VIRGILE
l’ongle on reconnaît le lion. Il serait superflu de rien citer d’un poème que savent à moitié par cœur ceux même qui n’ont suivi qu’incomplétement le cours des études classiques. Je demande pourtant au lecteur de fixer son attention sur quelqu’un des vers qui sont dans sa mémoire. Il comprendra ce que j’ai voulu dire, quand je remarquais que la poésie de Virgile n’est qu’imagés et tableaux, et que le poète est partout et toujours un peintre du premier ordre. Voyez, par exemple, l’ordre des idées dans le vers où Virgile décrit les suites du naufrage qui jette Énée et ses compagnons sur les côtes de l’Afrique. On suppose que vous jetez les yeux sur la mer : quelque chose apparaît; çà et là ce sont des objets en petit nombre; à leur mouvement, vous devinez des hommes qui nagent; ils nagent dans un gouffre immense, c’est-à-dire avec peu d’espoir d’échapper à la mort. Tout cela est exprimé en six mois, et avec une force dont ma paraphrase ne saurait donner une idée : Apparent, etc. Voilà l’art de Virgile ; et voilà le génie !