‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 246 sur 397 · CHAPITRE XXVII. — HORACE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII. — HORACE

ou cinquante ans plus tard, eût encore été Virgile. Rien n’empêchait un contemporain de Lucilius, ou un contemporain de Sénèque, de chanter les bergers, de rédiger les préceptes de l’économie rurale, de célébrer les hommes de l’antiquité héroïque. Il n’y a guère que le style du poète qui y eût perdu : nous aurions ou un Virgile un peu rude, un peu dénué d’art sans doute, ou un Virgile un peu plus artiste que de raison, un peu trop spirituel, et sentant déjà l’afféterie. Ce ne serait pas le grand Virgile; ce pourrait être un génie égal à celui de Virgile. Il n’en est pas ainsi d’Horace; et aucun caprice de l’imagination ne saurait le transporter hors de son siècle, le faire remonter à une époque moins lettrée et moins élégante, ni le ramener vers les temps de la décadence littéraire. Horace est, si je l’ose ainsi dire, le siècle d'Auguste en personne : il en est du moins l’image fidèle, et ses écrits en sont le complet miroir. Avant d'étudier le poète, il est donc nécessaire d’arrêter un instant nos yeu.x sur le monde où il a vécu.

La guerre civile, qui avait si longtemps déchiré la république, s’était calmée par la défaite de Brutus et de Gassius; elle s’éteignit par la défaite d’Antoine et de Cléopâtre. Les passions politiques s’endormirent peu à peu : les républicains les plus dévoués abdiquèrent, entre les mains d’Octave, les espérances de cette liberté qu’ils n’avaient jamais possédée que dans leurs rêves. L’Italie et les provinces respiraient enfin. Au trquble, à la crainte, aux éternelles incertitudes d’une existence agitée, succédait, dans tous les cœurs, le sentiment de la sécurité et du bien-être. Toutefois « plus d’une chose manquait à celte vie nouvelle où Rome semblait se prendre avec tant d’amour et d’énergie.

Il y avait bien longtemps que la religion, ce puissant lien des sociétés, n’était plus rien pour les hommes des classes supérieures, ou n’était qu’un instrument politique, un moyen de gouvernement. Le bas peuple n’avait que des superstitions, mélange d’idées disparates, de pratiques stupides ou . barbares, où presque tous les peuples soumis par Rome avaient fourni leur impur contingent. Mais ce qui avait longtemps soutenu les âmes fortes et généreuses, c’était l’a-

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