‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 247 sur 397 · CHAPITRE XXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVn

mour de la patrie et des vieilles institutions; c’était le respect profond des traditions nationales; c’était le vif sentiment de la grandeur romaine. Voilà pourquoi tant d’hommes s’étaient trouvés encore, jusque dans les plus mauvais jours, capables de nobles actions et de dévouements sublimes. Cette foi du patriotisme périt à son tour, ou ne produisit plus que des souhaits et des paroles. Le découragement et l’indifférence, tels forent, en général, les sentiments qui remplacèrent les passions, les convictions d’autrefois, presque tout patriotisme, presque toute religion. Quelques hommes énergiques n’avaient pas renoncé complètement à eux-mêmes. Le stoïcisme les consolait dans leur solitude ; et, si l’avenir n’avait pour eux ni beaucoup d’espérances ni beaucoup d’ü- Insions, le passé avait ses merveilles, et charmait leur souvenir. D’autres, en grand nombre, se faisaient gloire de n’être que des sceptiques, et professaient ouvertement les doctrines d’Êpicure. L’aristocratie était gâtée à fond. L’abus des richesses l’avait réduite au dernier degré de la corruption; mais cette corruption n’était pas encore l’avilissement complet : un certain vernis d’élégance lui donnait du moins un aspect supportable. L’instruction n’était pas méprisée : ces petits-maîtres, j’ai presque dit ces femmelettes, étaient nourris de littérature et de philosophie. Pauvre philosophie, et souvent non moins pauvre littérature! mais enfin c’était quelque chose de plus que rien. Quant au peuple, il était l’ignorance et la barbarie mêmes. Uniquement livré à ses appétits sensuels, heureux de n’avoir plus à s’occuper du gouvernement, il ne demandait déjà que ce qu’il eut toujours de ses maîtres ; du pain et les spectacles du cirque. Les vertus romaines n’étaient plus que de l’histoire. Rome n’était plus dans Rome; les Romains n’étaient plus des Romains. « Octave eut pour lui, dit M. H. Rigault, leur corruption, son nom, et surtout l’impuissance des derniers républicains. S’il n’avait point, pour lui frayer le chemin de l’empire, les victoires de César, il n’avait point non plus, dans son passé, ces aventures qui font accuser d’ambition, et qui excitent les soupçons des peuples défiants : il avait su dissimuler même ses qualités; et, quand il fut empe-

HORACE

reur, il prit soin de ménager les susceptibilités de l’opinion. Triumvir, il n'avait pris le pouvoir que sous le prétexte de continuer la république; empereur, il n’en prononçait le nom qu’avec respect. Le rapide affermissement d’Auguste après la bataille d’Actium, prouve combien peu de racines la république conservait encore dans la société romaine. Le parti pompéien fut inoffensif et se tint à l’écart ; les républicains, plus remuants, conspirèrent sans succès; Auguste régna, et Home pacifiée retrouva sa grandeur. *

l'ie d’ileraee.

Quintns Horatius Flaccus naquit à Vénuse en Apulie, sons le consulat de Lucius Aurélius Cotta et de Lucius Manlius Torquatus, le 6 des ides de décembre de l’an de Rome 689, c’est-à-dire le 8 décembre de l’an 65 avant notre ère. Son père était un affranchi, qui avait amassé quelque fortune dans le métier de receveur des criées, ou, selon quelques-uns, dans le commerce des salaisons. Quand le jeune Horace ent douze ans, le père alla se fixer à Rome, et se consacra tout entier à l’éducation de son fils. Il lui donna les maîtres les plus habiles, et il le préserva, par une active surveillance, des vices de la jeunesse déréglée des écoles. Après le cours ordinaire des études, Horace partit pour Athènes. Il y compléta son éducation littéraire; il y suivit les cours des philosophes qui enseignaient la doctrine d’Epicure, et de ceux qui perpétuaient, dans l’Académie, le savant scepticisme des Carnéade et des Arcésilas. Il y fit connaissance d’une foule de jeunes gens de familles distinguées : le fils de Cicéron était son condisciple. C’est à Athènes, dit-on, qu’il vit Brutus, et qu’il se prit pour loi d’une admiration enthousiaste.'Brutus n’eut pas de peine à l’enrôler sous ses drapeaux. Horace combattait à Philippes, avec le titre et les fonctions de tribun des soldats. Il s’accusa plus tard d’avoir jeté son bouclier, pour mieux fuir au moment de la déroute : nul doute qu’il se soit un peu calomnié, ne fût-ce que pour ressembler davantage à son poëte favori Alcée; ne fût-ce que pour flatter délicatement Auguste, en lui faisant en-> tendre qu’il n’y avait pas de courage qui pût tenir contre sa

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