‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 262 sur 397 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

tours et des digressions sans nombre. Il est toujours dans son sujet réel : il ne cesse pas un instant de faire œuvre, avec les Pisons, d’un conseiller plein de goût et d’un mentor littéraire. C’est Boileau, ce n’est pas Horace, qui a prétendu rédiger un code de poésie. Devant cette simple considération tombent tous les systèmes que certains critiques ont entrepris de bâtir à propos de cette esquisse légère. Le poëme n’est pas, comme le prétendent quelques-uns, l’amas confus des restes d’une œuvre savamment composée, mise en pièces jadis par les copistes, ou du moins défigurée par toute sorte de mutilations, d’interversions, de transpositions. Ce n’est point non plus une ébauche, à laquelle Horace n’aurait pas eu le temps de mettre la dernière main.

U Art poétique a toutes les qualités des autres épîtres, avec plus d’éclat dans certaines parties, avec des tableaux plus intéressants et plus achevés. Mais il faut dire aussi qu’on y trouve des défauts notables, et que les fanatiques d’Horace ont seuls le courage de méconnaître. Je ne reproche point à Horace de s’être beaucoup trop occupé du poëme dramatique, dans un temps et chez un peuple où il n’y avait plus guère ni tragédie ni comédie ; de s’être amusé à déduire les règles du drame satyrique, à l’usage de poètes qui n’avaient jamais peut-être vu de satyres sur la scène; je ne reviens pas non plus sur ce que j’ai déjà tant répété des criantes injustices de sa critique rétrospective. Il s’agit d’autre chose, de véritables fautes de goût et de style. Les images du début, par exemple, manquent de précision et de netteté. Il est assez difficile, ce me semble, de comprendre comment un peintre, en posant une tête d’homme sur un cou de cheval, et en rassemblant^des membres divers, qu’il recouvrira de plumes bigarrées, se trouve en même temps avoir fait une figure où un beau buste de femme se termine en un poisson hideux. Horace oppose quelque part les premiers vers de VOdyssée d’Homère au premier vers de je ne sais quelle épopée cyclique. Sa préférence pour le poète qui n'entreprend jamais rien sans raison n’a pas besoin d’être justifiée, bien qu’on puisse douter si c’est trop promettre, dans un poème sur la guerre de Troie, que de dire : « Je chanterai

HORACE

la fortune de Priam et cette illustre guerre. » Mais ce qu'on ne saurait justifier, c’est l’étrange expression par laquelle Horace s’imagine caractériser le dessein d’Homère : « U ne songe point à donner de la lumière après l’éclat du feu, mais à donner de la lumière après la fumée*. » Que dirons-nous de la détestable antithèse qu’a fournie à Horace la mort du grand poète Empédocle ; de cet homme froid qui saute dans l'Etna brûlant * ? rien, sinon que ce jeu de mots indigne d’Horace va trop bien avec les mauvaises plaisanteries sur le métromane, qu’il veut absolument laisser dans le fossé ou dans le puits où il est tombé par mégarde. Je pourrais signaler d’autres traits encore, que n’avoue point un goût sévère ; je pourrais même remarquer qu’Horace a manqué une fois à une des règles les plus impérieuses de la quantité latine*. Mais il y a tant à admirer dans VJrtpoétiquè, que je ne me sens pas le courage d’insister sur ces vétilles.

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