CHAPITRE XXVIII
dans ce chapitre. Horace, faisant à sa manière Fhistoire de l’élégie, dit que les vers de mesure inégale, accouplés ensemble, servirent d’abord à l’expression de la plainte, puis à celle du contentement. Rien de plus faux qu’une telle assertion. Gallinus et Tyrtée, les deux premiers élégiaqnes connus, n’écrivaient point, ou, si l’on vent, ne chantaient point pour exprimer leurs douleurs ou leurs joies, mais pour exciter ou ranimer le courage des guerriers, et j>our former les cœurs aux plus nobles vertus. Mimnerme, il est vrai, soupira ses amours dans des élégies ; mais Solon fit servir la poésie élégiaque à bien autre chose, et Théognis rédigea les leçons de la sagesse sous la forme même qui n’aurait été consacrée, suivant Horace, qu’à revêtir des sentiments, des émotions purement personnelles. Ce n’est qu’assez tard, et vers le temps des poêles alexandrins, que l’élégie prit réellement le caractère que lui attribue Horace, et qu’elle devint surtout l’organe des passions de l’amour. Ajoutons que, bien souvent encore, les plus fameux élégiaques d’alors, les Callimaque, les Philétas, désertaient les sentiers de Mimnerme, et essayaient de retrouver les larges routes de la primitive élégie, ou même de s’en ouvrir de nouvelles. Je ne juge point leur talent; je constate seulement leur pratique ordinaire. On se souvient de la Chevelure de Bérénice : on sait si celte élégie trop vantée a rien de commun avec ce qu’Horace semble regarder comme l’essence même de l’élégie. Catulle se servit du mètre élégiaque pour toute sorte de sujets ; mais je dois dire que ses élégies principales, celles qui sont autre chose que des épigrammes , rentrent assez bien dans la définition d’Horace. Les œuvres des poètes élégiaques successeurs de Catulle y rentrent plus complètement encore. Gallus, Properce, Tibulle, sont des poètes érotiques, sauf de rares circonstances où ils oublient leurs amours , et où il; restent purement et simpletnent des poètes ou des versificateurs. Ce n’est qu’au regard des élégiaques latins, . qu’on peut définir l’élégie un chant destiné à l’expression de la plainte ou du contentement.
POÈTES ÉLÉGIAQÜES.
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Cornélius Gallus, qui fut un des plus intimes amis de Virgile, et qui a inspiré au cygne de Mantoue un de ses plus beaux chants, n’était pas seulement un poète de talent et un homme de passions vives. Il était de l’ordre équestre, et il se mêla avec succès aux plus grandes affaires. Il rendit à Octave d’importants services, durant la guerre d’Alexandrie ; et Octave le nomma gouverneur de l’Égypte. Gomme tant d’autres gouverneurs romains, ü ne sut pas user modérément du pouvoir. Il fut rappelé, accusé même de trahison, et condamné -à l’exil ; mais il se donna la mort. C’était en l’an 26 avant Jésus-Christ, et il était âgé d’environ quarante ans. Il avait composé quatre livres d’élégies.
Les élégies de Gallus étaient plus remarquables par la passion et la verve, que par les qualités de la diction et les autres perfections extérieures. Du moins Quintilien accuse-t-il de dureté le style de Gallus. Les morceaux que nous possédons sous le nom de Gallus n’ont rien d’authentique. La seule élégie sur laquelle il ait pu y avoir quelque -doute, et que quelques-uns s’obstinent encore à attribuer au vrai Gallus, est elle-même une bien pauvre chose, et aussi peu digne, selon moi, du siècle d’Auguste que de Gallus même. C’est la première du recueil, celle qui est mutilée en plusieurs endroits. Un critique du seizième siècle remarque avec raison que rien, dans celte élégie, ne s’accorde ni avec les lieux ni avec les temps où on la suppose écrite, ni avec les mœurs des Romains de l’époque de Gallus, et que la latinité, loin d’être irréprochable, trahit çà et là la main d’un poète de la décadence, par des barbarismes, par des tours plus que bizarres. L’opinion la plus probable, c’est qu’il ne faut voir, dans ce poème, qu’une de ces contrefaçons comme en savaient faire les grammairiens des bas siècles, qui s’exerçaient soit à mettre en vers la vie, les actions, les amours, les paroles des hommes illustres, soit même à développer certains passages des œuvres des grands écrivains.