‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 281 sur 397 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

a pris les animaux, et il a forcé la mer à lui ouvrir un chemin. Seul il est debout sur ses pieds, il tient sa tête haute, comme une citadelle qui domine son corps; et, triomphant, il tourne vers les astres ses yeux qui ont l’éclat des astres, regarde de plus près l’Olympe, et cherche Jupiter *. »

Ciermanlcaat.

Germanicus lui-même, sans être un grand poète, faisait agréablement les vers. Il avait imité, avec assez de bonheur, les Phénomènes d’Aratus. II nous reste de son poème un fragment considérable. Le style de Germanicus est élégant, et sa versification harmonieuse. On se rappelle que nous n’avons pas fait un grand éloge d’une autre imitation des Phénomènes, bien qu’elle portât le nom de Cicéron. Nous avons aussi, sous le nom de Germanicus, quelques vers d’un autre poème, qui était intitulé Pronostics, ou -plutôt Signes de Jupiter. C’était une sorte de traité de météorologie, dont l’original appartenait pi'obablement aussi à la poésie grecque, et peut-être à Aratus.

Poî5iue de l'Ktna.

On nomme généralement comme l’auteur d’un poème de six cents et quelques vers, intitulé Etna, ce Cornélius Sévérus dont nous avons parlé ailleurs. Quelques-uns attribuent l’Etna h Lucilius, l’ami de Sénèque, qu’ils nomment Lucilius le Jeune, pour le distinguer du fameux satirique. Mais il ne nous importe guère que l’Etna soit de tel ou tel auteur, ou même de tel ou tel siècle. Ce poème n’est pas une merveille. Il y a une certaine facilité de versification, qui rappelle assez les bons modèles ; le style ne manque pas, çà et là, de quelque force et de quelque éclat : c’est, par endroits, à peu près ce qu’eût pu écrire Cornélius Sévérus. Mais la diction est souvent obscure ou affectée. Il y a déjà quelque chose de cela dans les beaux vers sur la mort de Cicéron, au moins dans quelquesuns : ici, c’est l’ordinaire. Ce sera donc encore, si l’on veut, le style de Cornélius Sévérus, mais porté à une haute puissance

<. ManilHus, j4strnnomiques , livre IV, vers 884 el suivants.

d’imperfection et de mauvais goût. Les quarante derniers vers sont peut-être les plus beaux de tout l’ouvrage. Je vais les traduire aussi littéralement qu’il m’est possible, afin de montrer quels défauts déparent encore l’œuvre, là même où le poète déploie le plus de qualités :

« L’Etna incandescent avait brisé ses cavernes, et renversé de fond en comble ses fournaises ; le feu, comme une onde, répandait au loin ses torrents embrasés. On dirait Jupiter en courroux, faisant jaillir les éclairs de la nue, et couvrant le ciel brillant d’obscures ténèbres. Tout brûlait, les moissons dans les plaines, mille domaines cultivés, les maisons qui s’y élèvent, les forêts, les collines verdoyantes. A peine tremblait-on que l’ennemi se fût mis en marche, et déjà il avait envahi les portes de la ville voisine. Chacun alors, selon son goût, selon ses forces, tâche de ravir ses richesses pour le sauver : l’un gémit sous l’or, l'autre ramasse ses armes et en charge son cou, l’insensé I Le voleur fléchit, retardé par le poids de ses larcins ; le pauvre hâte rapidement le pas, sous son léger fardeau. Tous fuient portant ce qu’ils ont de précieux ; mais le possesseur ne sauve pas toujours son butin. Le feu dévore ceux qui tardent trop, et brûle de tous côtés les avares ; il atteint ceux qui se croient hors de danger, les saisit, et consume avec eux leurs trésors. Leurs biens servent de pâture à l’incendie, qui n’épargnera personne, ou qui n’épargnera que les hommes pieux. Deux hommes excellents, Amphinomus et son frère, s’avancent courageusement sous un fardeau pareil. Au moment où l’incendie déjà bruissait dans les maisons voisines, ils avaient vu leur vieux père, leur vieille mère, accablés, hélas 1 par les ans, et qui s’étaient traînés jusqu’au seuil de leur porte. Cessez, troupe avare, d’emporter de riches butins! leur seule richesse, c’est leur mère, c’est leur père. Voilà le butin qu’ils enlèvent ; et ils se hâtent de sortir à travers le feu, avec l’assentiment du feu même. O piété filiale, la plus grande des choses, la vertu à bon droit notre meilleure sauvegarde! Les flammes rougirent de toucher les pieux jeunes gens : partout où ils portent leurs pas, elles se retirent. Heureux est ce jour, fortunée est cette terre ! A

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