CHAPITRE XXXI. — PHÈDRE
dans le premier exemplaire, et à nous donner Phèdre tel que nous le possédons. Mais ces divers manuscrits, qui n’avaient été vus et touchés que p^r un petit nombre de personnes, disparurent bientôt, on ne sait comment; et il ne resta plus aucune preuve matérielle de l’ancienneté des fables publiées sous le nom de Phèdre. Plusieurs critiques se mirent à douter de leur authenticité, et ne virent, dans le prétendu Phèdre, qu’une supercherie, sinon des Pithou, au moins de quelque faussaire de la Renaissance. C’était, suivant les uns, un certain Nicolas Perotti, archevêque de Manfredonia, mort vers la fin du quinzième siècle, qui s’était diverti à recommander d'un nom antique les élucubrations de sa muse. Il n’avait fait, disait-on, que mettre en vers ïambiques les fables jadis rédigées en prose par un certain Romulus, ou même refaire ce que l’archevêque Hildebert, au treizième siècle, avait fait en vers plus ou moins réguliers. D’autres se souvinrent d’un certain Phédrus, qui fut condamné par un concile, au commencement du seizième siècle ; et ils insinuèrent que ce Phédrus pourrait bien être le véritable auteur du recueil. Les preuves intrinsèques de l’antiquité de ces apologues ne manquaient pas ; et ceux qui les avaient lus pouvaient répondre, à tous les arguments des critiques, ce que dit le personnage de la comédie : « Tu ne me persuaderas pas; non, quand tu m’aurais persuadé. » Le public lettré tint le Phèdre des Pithou pour parfaitement authentique; et plus de quatre cents éditions prouvèrent qu’on y voyait autre chose que les essais d’un latiniste moderne. Néanmoins la discussion subsistait toujours entre les érudits, lorsqu’en 1830 les anti-phédristes éprouvèrent une déroute dont ils ne se relèveront pas. Le manuscrit des Pithou, celuilà même sur lequel avait été faite l’édition princeps, fut exhumé du fond d’une bibliotlièque, copié textuellement, et publié tout à la fois en lettres modernes et en fac-similé. Or, ce manuscrit est du dixième siècle, c’est-à-dire antérieur de cinq ou six cents ans et à Perotti et à Phédrus. 11 est établi aujourd’hui, d’une manière irréfragable, que les fables de Romulus ne sont que les fables mêmes de Phèdre, mises en prose par quelque barbare du moyen âge ; que Hildebert et