CHAPITRE VI
telle découverte valait son pesant d’or. Le grammairien qui la fit dut se trouver bien heureux d’avoir la toise exacte des compositions dramatiques; et la docilité des poètes à recevoir ses prescriptions dut lui être un agréable loyer de ses travaux. Mais qu’il se fût applaudi de tout cœur, s’il eût pu prévoir qu’un homme comme Horace donnerait un jour la formule de sa règle, et l’imposerait pour longtemps au monde !
Cntalogao de«i comédies de Plaute.
Je vais donner la liste alphabétique des vingt comédies de Plaute, d’après les titres latins, en indiquant sommairement le sujet de chacune et les diverses particularités qui peuvent mériter d’être notées.
Amphilruo. Un lecteur français n’a pas besoin qu’on lui dise ce que c’est que V Amphitryon. La pièce de Plaute est celle de Molière. Molière l’a seulement adaptée au goût de son temps, et en a compliqué l’intrigue par l’introduction du personnage de Gléanthis, femme de Sosie. Il est probable que Plaute avait emprunté cette comédie aux Doriens, poètes, comme on sait, très-médiocrement respectueux pour la majesté divine, et qui s’égayaient sur les aventures du dieu très-bon et très-grand, avec aussi peu de vergogne que s’il s’agissait de Vulcain ou de tout autre dieu quasi-ridicule. C’est cette comédie, sans nul doute, qui faisait dire aux enthousiastes que Plaute courait sur les traces d’Épicharme.
2. Asinaria. J’ai dit plus haut le sujet de cette comédie, et le nom du poète à qui Plaute l’a empruntée. Au lieu de Diphile, nommé dans le prologue, quelques-uns lisent Démophile. Ce Démophile est complètement inconnu. Le titre de la pièce vient de ce que la somme donnée par le vieux débauché est le prix de la vente d’un troupeau d’ânes. Molière a pris çà et là quelques traits heureux dans VAsinaire.
3. Aulularia, c’est-à-dire la pièce à la marmite. C’est l’original de l’Avare de Molière. Il n’y a pas de comparaisoa possible entre le chef-d’œuvre du poète français et la comédie du poète latin ; ce qui n’empêche pas VAululaire d’être une
PLAUTE
pièce fort remarquable, pleine de verve et d’entrain, et qui ne méritait pas les dédains dont l’accable M. de la Harpe. Je dois relever ici, dans l’intérêt des jeunes gens, deux petites erreurs du critique infaillible. La première est grosse comme une montagne. La Harpe a pris le supplément d’Urcéus Godrns pour un péché de Plaute, qui n’en peut mais. La seconde prouve ^que ce grand aristarque lisait quelquefois les auteurs français avec la même attention que les auteurs latins, et surtout que les grecs. Plaute n’est pour lui qu’un vil farceur, parce que l’avare Euclion, s’imaginant qu'on le vole, dit plaisamment, après avoir examiné les deux mains d’un esclave : « Montre la troisième. » L’Harpagon de Molière, selon la Harpe, après avoir vu une main, dit : L’autre; et, après avoir vu la seconde, il dit encore : L’autre. Le critique s’extasie à ce sujet; et il remarque que la passion a pu faire oublier au vieillard qu’il a déjà vu les deux mains. Il n’y a qu’un malheur, c’est qu’Harpagon ne dit ni une fois ni deux fois : L’autre. Il dit à la Flèche : Montre-moi tes mains; et, quand la Flèche les lui a montrées, il dit : Les autres. La Flèche, étonné, répond : Les autres? Le vieillard n’en a pas le démenti; et, comme il veut absolument les voir, la Flèche lui dit : Les voilà. Certes, ilV a de la charge dans le mot de Plaute; mais il y en a bien davantage encore dans le commentaire qu’en a fait Molière, sinon dans la scène rêvée par la Harpe.
4. Bacchides, les Bacchis. Les Bacchis sont deux sœurs jumelles qui font le métier de courtisanes. L’une a un amant; l’autre est aimée de l’ami de cet amant. L’amant de la première ne sait pas qu’il y a deux Bacchis. Il se croit trahi par son ami et par sa maîtresse. Quiproquos, incidents, intrigue enfin ; mais tout finit par s’éclaircir, et un esclave rusé tire les jeunes gens des embarras où les réduit la parcimonie de leurs pères.
5. Captivi, les Captifs. C’est un père qui retrouve ses deux fils, dont l’un avait été enlevé en bas âge, et dont l’autre avait été fait prisonnier dans un combat. Il n’y a, dans cette comédie, ni courtisanes, ni amours, ni valets fripons, ni pères imbéciles. Un parasite anime de ses bons mots la fable,
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