CHAPITRE VI
jours. Du reste, nulle allusion politique. Il est vrai que la pièce n’est qu’une imitation de Ménandre ; mais Plaute ne redoutait ni les confusions de lieux ni les anachronismes. C’est dans le Carthaginois que se trouve ce fameux passage en langue punique, sur lequel ont pâli tant d’orientalistes, et qui a enfin livré , ce semble , tous ses secrets aux persévérantes interrogations de nos contemporains.
16. Pseudolus, c’est-à-dire le Trompeur. C’est comme une répétition du Perse. On y voit une nouvelle guerre de, ruses et de friponneries entre im esclave et un prostitueur. Pseudolus l’emporte sur Ballion; et le prix du vainqueur est une jeune esclave , que Pseudolus a entrepris de conquérir pour Calidore , son maître. Cette comédie , au rapport de Cicéron , était une de celles qui plaisaient le plus à l’auteur. Ce n’est pourtant pas le chef-d’œuvre de Plaute. Il n’y a que le rôle du prostitueur qui soit vraiment remarquable. Ballion resta, chez les Romains, le type de l’espèce. Roscius excellait dans ce rôle , du moins au jugement de Cicéron.
n.Rudens, c’est-à-dire le Cable. Cette pièce est aussi touchante que les Captifs , aussi pure , aussi morale , mais bien plus vive et mieux conduite. Il n’y en a pas où Plaute se soit plus complètement dégagé de ses défauts habituels , et où ü se soit élevé à une plus grande hauteur de sentiment et de poésie. C’est encore un prostitueur puni; mais il est puni par les dieux. La jeune fille qu’il ne veut pas céder au Cyrénéen qui l’aime , et qu’il se dispose à aller mettre aux enchères sur les marchés de Sicile , revient à Cyrène , grâce à la tempête qui brise le navire : elle retrouve son père dans un vieillard athénien ; et le prostitueur, ruiné par son naufrage, perd ses droits sur son ancienne esclave. L’original du Câble était une comédie de Diphile.
18. Stichus. Il s’agit, dans cette pièce, de deux jeunes femmes , de deux sœurs , dont les époux sont absents , et que leur père veut forcer au divorce. Elles résistent à toutes ses instances, et elles demeurent fidèles à leurs premiers attachements. Les maris reviennent, après avoir fait fortune , et ils reprennent chacun leur femme. La comédie, qui n’est pas toujours très-gaie , s’anime beaucoup trop vers la fin ,
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PLAUTE. 101
quand on permet à Stichns l’esclave de fêter le retour de son maître.
19 Trinumii^, c’est-à-dire les Trois Écus , ou le Trésor, pièce traduite ou imitée de Pliilémon. Un jeune homme dissipe la fortune de son père absent , et vend la maison ’ paternelle. Un trésor est caché dans cette maison. Un ami du père , qui connaît la cachette , se rend acquéreur de la maison , afin de sauver le trésor , qu’il destine à servir de dot à la fille de son ami. Retour du vieillard absent; le dissipateur est pardonné, et il promet de se mieux conduire désormais. /
20. TruculenLus , c’est-à-dire le Brutal. Ce brutal est un esclave qui rudoie un peu trop son monde , et qui est surtout impitoyable aux courtisanes , dont il redoute les entreprises sur la bourse de son maître. Suivant Cicéron, le Brutal était une des deux pièces dont Piaule était le plus satisfait. Il est vrai que plusieurs caractères sont tracés de main de maître. Stratophane , militaire fanfaron, est excellent; la courtisane Phronésie est la ruse et la cupidité mêmes; mais Géta, l’esclave brutal , ne me paraît pas fort plaisant. Ajoutez que le sujet de la comédie n’est rien moins qu’irréprochable. Je ne comprends pas très-bien qu’un poète honnête homme se soit applaudi de mettre en scène un père prêtant son enfant nouveau-né à une prostituée, pour aider celle-ci à escroquer un de ses amants.
Originalité dramatique de Plaute.
Les vingt comédies dont je viens de donner le catalogue sont toutes , sans exception , des comédies à manteau , des comédies dont les personnages sont grecs , et dont les événements se passent en Grèce. Douze ont leur scène à' Athènes même ; et les villes de Thèbes , de Galydon , de Sicyone , d’Êpidaure , d’Éphèse , de Cyrène , où Plaute a mis la scène des autres , sont ou des villes de la Grèce proprement dite , ou des villes fondées et habitées par des Grecs. Plaute nous apprend , dans quelques-uns de ses prologues , la source où il a puisé plusieurs de ses pièces ; et , si nous avions tous les prologues qu’il avait écrits , nous saurions probablement